‹ Les moralistes latinsChapitre 16 sur 253 · AMOURS (PREMIÈRES · texte numérisé non relu

AMOURS (PREMIÈRES

Epris pour toi, Aquilina, j'étais en proie au délire ; oui, j'étais pale et triste, épris d'amour pour Aquilina. Je ne connaissais encore ni l'amour ni les feux de Vénus ; mais j'étais plutôt tourmenté de ma candide innocence. Elle aussi, percée de la même flèche, errait dans sa demeure, trop étroite pour contenir sa passion brûlante. Elle rejetait loin d'elle et les tissus et l'ouvrage qu'elle aimait jadis ; elle n'avait dans le cœur qu'amour et que soucis. Elle ne savait trouver ni le secret de nourrir une flamme cachée, ni celui d'échanger des tablettes fidèles ; j'étais seulement pour elle l'objet d'une

(1) Ils occupaient, en vertu d'une loi, les bancs les plus rapprochés de la scène.

ardente et vaine poursuite, et de muets regards étaient le seul aliment de sa flamme inquiète.

Près de moi veillait un gouverneur, près d'elle la plus fâcheuse des mères, autre supplice au milieu de tous nos maux. Ils saisissaient à charpie instant le moindre regard, le moindre signe, et cette rougeur qui trahit toujours la pensée. Tant qu'il nous fut possible, nous refoulions nos désirs au fond du cœur, et nous tramions avec un art infini mille ruses charmantes. Mais, lorsque la pudeur éclata sur notre jeune front, impuissants désormais à cacher notre flamme secrète, il nous fallut épier de concert le lieu et le moment favorables, faire parler et nos regards et jusqu'à nos sourcils, tromper une inquiète vigilance, effleurer à peine la terre de la plante du pied, et courir sans bruit pendant la nuit entière.

Notre bonheur fut de courte durée; cette mère découvrit nos furtives amours... (Maximien, Élégies, 3)

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