‹ Les moralistes latinsChapitre 41 sur 253 · COLÈRE · texte numérisé non relu

COLÈRE

Si l'on voulait se rappeler combien de fois on a soimême été victime de soupçons mal fondés, combien de fois le hasard a donné l'air d'un outrage aux bons offices que l'on voulait rendre, combien de gens on a fini par aimer après les avoir détestés, on y regarderait à deux fois avant de s'irriter contre les autres ; on se dirait tout bas, à chaque offense dont on se plaint : « J'en ai fait autant. » Mais où trouver un homme assez juste pour se juger ainsi? Tel qui désire toutes les femmes et n'a d'autre motif pour aimer une femme que de savoir qu'elle est celle d'un autre, ne veut pas qu'on regarde la sienne ; tel se montre rigoureux pour la bonne foi

d' autrui et s'irrite contre le mensonge, qui se permet la perfidie et le parjure, etc. Les vices d'autrui sont sous nos yeux ; les nôtres sont derrière nous. (Sénèque, de la Colère)

Il y a un vieux proverbe qui dit : i Les gens fatigués sont querelleurs. » (Le même)

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