‹ Les moralistes latinsChapitre 58 sur 253 · DECADENCE · texte numérisé non relu

DECADENCE

On ne peut pas toujours occuper le premier rang. Lorsque tu seras parvenu au dernier degré de l'illustration , tu t'arrêteras avec douleur , et tu tomberas avant d'avoir songé à descendre. Je suis tombé ; celui qui me succède tombera aussi : la gloire n'est pas un domaine réservé. (Labérius, poète comique, cité par Macrobe, Saturnales, n, 7)

Le siècle d'Auguste et le nôtre ont été fertiles en beaux génies que les mêmes avantages animaient d'une même émulation. Pourquoi donc une si grande différence entre ces deux siècles"? J'en ai souvent recherché les causes, et j'en ai découvert quelques-unes qui, sans avoir le mérite de la vérité, ont peut-être celui de la vraisemblance. L'émulation nourrit les esprits; l'admiration et l'envie les excitent et les enflamment tour à tour ; les grands efforts les élèvent au plus haut degré de la perfection. Mais il leur est difficile de s'y maintenir. Or, ne plus avancer, c'est reculer. D'abord, on est impatient d'atteindre ceux qui sont en avant ; mais, dès qu'il faut renoncer à l'espoir de les dépasser et même de les égaler, le zèle languit et s'éteint. Nous cessons de poursuivre ce qui ne se laisse pas approcher, et, quittant une matière envahie pour ainsi dire par le génie, et où nous désespérons d'exceller, nous en cherchons une autre moins rebelle à nos efforts. Cette mobi-

liié perpétuelle est un obstacle à la perfection d'un ouvj;i.:c. (Yelléius Paterculus, i, 17)

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