ÉPOUSE D'UN EXILÉ (DEVOIRS DE L
Que je suis malheureux si, lorsqu'on dit de toi : « C'est la femme d'un exilé, » tu détournes ton visage, devenu rouge de honte ! que je suis malheureux si tu regardes notre union comme ton déshonneur ! que je suis malheureux si tu es humiliée d'être à moi ! Où est le temps où tu étais si fière de ton époux et ne cherchais pas à cacher ton nom? où est le temps (si ce souvenir ne te répugne pas) où tu te plaisais, il m'en souvient, a t'entendre appeler et à être mon épouse ; où, comme il est digne d'une femme estimable, tu aimais à reconnaître en moi mille qualités diverses, auxquelles ton amour partial en ajoutait mille autres ; où enfin mon mérite te paraissait si grand, qu'il n'était personne que tu me préférasses, personne à qui tu eusses mieux aime appartenir"? Maintenant encore, ne rougis pas de notre
union ; c'est ta douleur qu'elle doit éveiller et non pas la honte.
Quand le téméraire Capanée tomba frappé d'un coup inattendu, as-tu lu quelque part qu'Évadné ait rougi de son époux? Si le maître du monde étouffa le feu, tu ne devais pas pour cela, Phaéton, être désavoué de tes proches; Sémélé ne fut point traitée en étrangère par Cadmus son père, parce qu'elle périt victime de ses vœux ambitieux. Si donc j'ai été frappé de la foudre de Jupiter, que tes joues délicates n'en rougissent pas, mais aie plutôt le courage et l'audace de prendre ma défense ; sois pour moi le modèle d'une épouse accomplie et soutiens, par tes vertus, ton pénible rôle. (Ovide, Tristes, vi, 3)