III
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visages. Dans la vie comme sur le théâtre, ils sont de grands acteurs : « C'est une nation comédienne par nature. Tu ris, le Grec éclate de rire; s'il voit couler les larmes d'un ami, il pleure, sans avoir le moindre chagrin. Si tu demandes du feu par un temps un peu froid, vite il endosse un lourd manteau. J'ai chaud, dis-tu, aussitôt il sue*. » Cet art de flatter était en Grèce une véritable profession, une sorte de métier reconnu, auquel bien des gens étaient forcés de demander leur subsistance. Comme dans l'antiquité, presque tout le travail était concentré entre les mains des esclaves , les pauvres ne pouvant lutter contre la concurrence écrasante des bras serviles, durent se faire parasites, complaisants, boufî'ons, colportant dans les maisons riches leurs bons mots et leurs compliments, et cherchant leur vie dans la seule industrie qui leur fût accessible. Une ample provision de mots piquants rassemblés de toutes parts, appris par cœur, tel était le capital roulant de ce singulier commerce qui ne laissait pas de rapporter des intérêts. Lucien, dans un charmant dialogue, a prouvé avec une docte ironie que ce vil métier est un art. Athénée cite, les noms et les saillies de ces artistes quelquefois renommés. A la longue, cette profession devint nécessaire, et l'on eut son flatteur à Athènes comme on avai' son singe. De la Grèce elle passa à Rome, où des mœurs plus rudes et grossières rendirent d'abord le métier fort pénible. La jovialité romaine avait fait du parasite un souffre-douleur, et au milieu de la joie brutale des festins, c'était plaisir pour les convives de casser la vaisselle sur la tête du malheureux, de lui jeter de la cendre dans les yeux, de lui lancer des débris de meubles. Pour deb Romains, c'étaient là de bons tours et de spirituelles
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espiègleries. A Rome, la force d'âme, une bonne humeur intrépide étaient plus nécessaires au parasite que l'esprit, et, de plus, pour bien faire son métier, comme le dit Plante, il fallait être de la famille des duricrdnes. Mais à mesure que les mœurs s'adoucissent et deviennent plus élégantes, la profession se transforme et s'ennoblit. Il ne s'agit plus de faire le bouffon ni d'endurer les coups. Dans Térence, Gnathon le parasite fait la théorie de cet art plus raffiné qui consiste, non pas à plaisanter, mais à caresser la vanité des riches : « Quoi qu'ils disent, je l'approuve ; s'ils disent le contraire, j'approuve encore. On dit non, je dis non; on dit oui, je dis oui. C'est le métier qui rapporte le plus aujourd'hui*. » Le parasite s*est fait adulateur, et dans cette profession rendue plus difficile, naturellement les Grecs réussissent mieux que les Romains. Ce n'est pas que ceux-ci fussent plus fiers et plus dignes ; eux aussi se faisaient les commensaux des grands, sollicitaient la confiance et la libéralité des riches, et, selon l'usage, cherchaient à faire coucher leur nom sur un testament ; mais dans leurs ménages, ils manquaient de dextérité, comme le reconnaît Juvénal : 0 La partie n'est pas égale ; il doit l'emporter sur nous celui qui peut nuit et jour changer de visage, envoyer des baisers et des louanges^. » Cette inégalité dépite les Romains, tous ces clients besoigneux qui sont évincés au profit des Grecs. Je crois entendre leurs plaintes dans les vers de Juvénal : « Il n'y a point de place pour un Romain là où règne un Protogène, un Érimarque, un Diphile. La jalousie, qui est le vice de leur nation, ne leur permet pas de partager un ami ; ils veulent l'avoir tout seuls. Car, aussitôt qu'ils ont versé dans l'oreille