Dion Cassius, LXII
d'amitié philosophique. On cite deux étrangers, deux Grecs, Pelronius Aristocrates et Glaudius Agathémère, dont on ne sait rien, si ce n'est que ce dernier était médecin, que tous deux étaient aussi remarquables par leur science que par leur vertu, doctissimos et sanctissimos viroSj jeunes hommes du même âge que Perse, que le poëte admirait, dit-on, en lâchant de leur ressembler. Sans être des philosophes de profession, peut-être étaientils des gens du monde, comme on en voyait beaucoup alors, qui prêchaient la morale, avec enthousiasme et avec toute l'âpreté stoïque, acriter philosophantium^ . Ils paraissent avoir été de ces hommes de bonne volonté qui se faisaient un devoir et une gloire d'attaquer les mœurs en tous lieux, dans les conversations du monde, de ces sermonneurs officieux et obstinés, comme les voulait Sénèque, et qu'il encourageait en leur disant : « Ne laissez pas de trêve aux passions d'autrui, revenez sans cesse à la charge, et si l'on vous dit : « Jusques à quand déclamerez-vous ? » répondez : « Jusques à quand resterez- vous dans le mal^? » On croit entendre Bossuet s'éc riant : « Que tout le monde prêche dans sa famille parmi ses amis, dans les conversations. » Sermonner était devenu une véritable manie à cette époque, l'éloquence ne trouvant plus guère d'autre carrière que la morale. Le devoir philosophique commandait de passer même par-dessus les règles de la discrétion et de la civilité dans cette propagande morale dont certains livres de Sénèque nous donnent à la fois la théorie et la pratique. On est tenté de comparer à une société de puritains ce groupe de philosophes, de prêcheurs, de mécontents qui condamnent le siècle, et dont Gornutus, l'auteur d'un livre sur
1, Vie de Perse.