III
140 UN POETE stoïcien.
nouvelés dans les satires de Perse par une foi énergique et une sincérité vivante. Veut-on savoir jusqu'à quel point le poëte les aime, voyez comme il les défend quand on les attaque. Il ne manquait pas de gens à Rome qui riaient de cette haute et sévère morale. Le stoïcisme était souvent forcé de se défendre contre les railleries des mondains et se plaignait de ces épigrammes ou légères ou brutales, comme chez nous les sermonnaires se plaignent des sarcasmes du monde contre la religion et ses ministres. « Moquez-vous, disaient les voluptueux et les incrédules, moquez-vous de ces philosophes austères et arrogants qui censurent la vie des autres, tourmentent la leur et morigènent le public. » ^els étaient les discours des élégants frivoles, des gens du bel air que Sénèque fait parler. Perse, à son tour, nous fait entendre les propos stupides des centurions et des soudards qui n'estiment que la force du corps, gros rieurs d'autant plus odieux au poëte qu'ils étaient les soutiens de la tyrannie : « Un vieux bouc, une bête velue de centurion me dira : Je me trouve assez sage comme cela. Je me soucie bien de devenir un Arcésilas ou un de ces Solons chagrins qui, la tête penchée, le regard fiché en terre, marmottent je ne sais quoi, ont l'air de frénétiques qui mâchent du silence, qui pèsent des mots sur leur lèvre allongée et s'en vont méditant les rêves de quelque vieux cerveau malade, des rêves comme celui-ci : que de rien ne vient rien, que rien ne peut se réduire à rien; et c'est pour cela que tu maigris, philosophe, et que tu te prives de dîner! cela en vaut bien la peine I — Là-dessus, le peuple d'applaudir et la grosse soldatesque de pousser de longs éclats de rire^ » Le langage de Perse est toujours d'une singulière violence quand il répond aux lourdes facéties