Entretiens d'Épictè(e, liv. lil, ch. xxii
si j'étais cygne, celui d'un cygne. Je suis un être raisonnable, il me faut chanter Dieu. Voilà mon métier eî je le fais. C'est mon rôle à moi, que je remplirai tan! que je pourrai, et je vous engage tous à chanter avec moi*. » Singuher changement qui s'est opéré dans les âmes ! le monde en détresse se tourne vers le ciel; l'insensible stoïcisme a déjà des élans divms, et Técole est tout près de se transformer en temple de la prière.
Cette piété philosophique et cet abandon aux lois souveraines de la nature et de Dieu nous paraît la plus grande originalité des EntreAiens, Le progrès moral est évident, et l'âme d'Épictète, dans ces belles méditations sur la Providence, est soulevée par un souffle nouveau répandu dans le monde. Nous ne dirons pas pourtant que ce livre est le dernier mot du stoïcisme. Cette belle et fière doctrine saura prendre bientôt un langage plus modeste et plus touchant. Dans le livre de Marc-Aurèle, la résignation est encore plus humble et plus pleine d'abandon. Il semble que la philosophie païenne, moins altière , se rapproche de plus en plus du christianisme qu'elle ignore ou qu'elle méconnaît, et soit prête à se jeter entre les bras du Dieu inconnu. Marc-Aurèle n'a plus rien de cette âpreté sloïque qui choque parfois dans les discours de ses devanciers. Il est doux, simple, aimable autant qu'un stoïcien peut l'être. Quelle délicatesse morale et quelle mansuétude dans cet examen de conscience d'un souverain philosophe I Ses pensées sur la résignation, sur la tranquiUité qu'il faut conserver dans la contemplation de notre faiblesse et de notre fragilité, sont d'une mélancolie virile qui vous pénètre et vous charme tout en vous troublant. Il garde dans ces