I. III
LA SOCIÉTÉ ROMAINE
cris patriotiques de citoyen prolestant contre le succès de ces habiles étrangers ne ressemblent pas mal aux plaintes de rimpuissance jalouse : « Quoi ! ce Grec signerait avant moi I II sera couché sur le meilleur lit à table, un aveclurier que le vent a poussé à Rome avec des fi^'ues et des pruneaux ! N'est-ce donc rien que notre enfance ait respiré l'air de l'Aventin et se soit nourrie des fruits du Latium*? » Mais il ne s'agissait pas d'être né dans le voisinage du Capitole et d'avoir mangé des légumes sabins pour marcher lestement sur le chemin de la fortune. Les Grecs out un secret que les Romains n'ont pas, bien que ceux-ci ne manquent pas de bonne volonté, l'aride flatter. S'il faut en croire Juvénal, ils sont capables de tout sans se mettre en peine de donner à leurs louanges quelque vraisemblance. Ici le poêle exagère et nous semble calomnier l'esprit des Grecs, qui devaient être plus habiles que cela et tourner mieux leurs compliments: « Ajoutez que cette race, qui connaît les secrets de l'adulation, vantera la conversation d'un sot, la beauté de quelque laide figure, dira à un malade efflanqué qu'il a les épaules d'Hercule, d'Hercule élevant dans ses bras, pour l'étoufler, le terrible Antée*. » Ces sortes de contre-vérités sont trop grossières pour qu'on puisse les attribuer aux Grecs, qui ne mériteraient plus assurément d'être appelés par le poète lui-même adulandi gens pmdentissiJïia. La flatterie, quelque effrontée qu'on la suppose, y va plus doucement; elle exagère les qualités réelles, et ne s'avise guère d'attirer l'attention sur des défauts visibles et choquants. Nous préférons les vers où Juvénal met en scène la complaisance des Grecs et la facilité avec laquelle ils prennent tous les rôles et tous les