‹ Les moralistes sous l'empire romain [microform]: philosophes et po ètesChapitre 132 sur 139 · Le Sovy. o · texte numérisé non relu

Le Sovy. o

3'iO

LE SCEPTICISME RELIGIEUX

elïrayer d'avance les auditeurs par les difficultés que l'erateur s'en^'aj^eait à surmonter. Il ne dédaigna pas nou plus ces tours de force de l'éloge et du panégyrique où les sophistes aimaient à se signaler, où ils célébraient, par exemple, les mérites du perruquot, de la souris, du hanneton et d'autres bêtes plus petites encore et plus difficiles à chanter. Il faut lire son éloge de la mouche, pour se figurer les merveilles microscopiques de cette éloquence : « Son vol n'est pas, comme celui des chauves-souris, un battement d'ailes continu, ni un bond comme celui des sauterelles; il n'a pas non plus la roideur stridente des guêpes. C'est avec une molle aisance qu'elle se dirige à son gré dans les airs. Elle a encore cet avantage qu'elle fait entendre en volant une espèce de chant, mais qui ne ressemble ni au bruit agaçant des cousins et des moustiques, ni au lourd bourdonnement des abeilles, ni aux terribles menaces des guêpes. On dirait le chant mélodieux et doux de la flûte comparé à la trompette et aux cymbales*. » Après avoir consacré plusieurs pages à celte description minutieuse et quelquefois spirituelle, après avoir fait intervenir Homère , il termine par ces mots : « J'aurais beaucoup à dire encore, mais je m'arrête pour n'avoir pas l'air, selon le proverbe, de faire d'une mouche uu éléphant. » C'était se tirer d'afl'aire en homme d'esprit et prouver du moins qu'on se moquait soi-même de son sujet. Tels étaient les discours que souvent tout un peuple attendait, on sait avec quelle impatience, pour lescpiels toute une ville se rassemblait sur les places, dac^ les théâtres, qui faisaient déserter même les aielier s, et qui rapportaient aux orateurs, non-seulement d'immenses profits, mais encore tous les honneurs que

Page 1