Satires V, ;iO-37- Ibid., 37-i
,UN POÈTE STOÏCIEN. 111
pour témoigner toute sa reconnaissance, pour trouver . des expressions rares capables de rendre des sentiments rares aussi, ses vers coulent de source avec une simplicité lucide. La pureté ingénue des sentiments y rayonne et leur donne une sorte de transparence, et, comme il arrive souvent en poésie, les pensées qui font l
le plus honneur à l'âme honnête de Perse sont de celles ]
aussi qui font le plus honneur à son talent.
Gornutus a dû contribuer à faire un satirique de cet innocent jeune homme, que son ignorance de la vie, son éloignement du monde , semblaient destiner à d'autres occupations poétiques. Ce maître si grave et^ ^^ si doux dans l'intimité paraît avoir eu la parole mor- X>3Aaj i^^ dante, et on peut le soupçonner d'avoir fait lui-même, .
sous une forme ou une autre, des satires *.
A la fois stoïcien et philosophe prêcheur, c'est plus T qu'il n'en fallait à Gornutus pour avoir le goût et le talent de la satire. On ne prêche pas sur la morale sans peindre les mœurs, sans trouver un certain jlaisir àpiquerleviceoulasottise,etplusd'unprédicateurclirélien même a eu besoin de toute sa vertu pour ne pas céder à k tentation de mépriser trop ouvertement les ( hommes; mais le stoïcien, qui n'était pas retenu par la charité, qui faisait profession d'être libre et rude dans son langage, pouvait se livrer sans scrupule à ce dé- , dain, et assaisonnait' volontiers ses sermons de railleries. Bien plus, une certaine impertinence était le ton convenu de l'école et comme la prérogative de la phi- -} losophie. On ne paraissait pas assez vertueux, si on s .n'était un peu insolent. C'est ce que prouva Gornutus le jour où il fit gratuitement une injure à Néron. Le prince
1. Un grammairien du sixième siècle , Fulgentius ( Vocum antiq. iiUerprct.), cite même un vers d'une satire de Corautus-. Son témoignage, il est vrai, n'a pas grande val.mr.
UN POÈTE stoïcien.
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mëtromane, ayant formé le projet d'écrire en vers toute Thistoire de Rome, crut sans doute faire honneur au savant Cornutus en Tappelant à une sorte de conseil privé où on discuta sur le nombre de liyres qu'il convenait de consacrer à un si grand sujet. Quelques familiers du prince ayant prétendu que quatre cents livres n'étaient pas de trop, Cornutus se récria, disant avec raison que personne ne lirait une œuvre de cette étendue. « Mais, lui fut-il objecté, votre Chrysippe en a composé bien plus. — Cela est vrai , répliqua Cornutus; mais les livres de Chrysippe sont utiles à l'humanité *. î» Néron offensé l'exila. Voilà un trait qui fait connaître Cornutus et la plupart des stoïciens. Ce n'était pas assez pour eux de braver le siècle parleur air, par leur costume, par la liberté morale de leur langage ; ils tenaient encore à iDlesser les hommes et les puissants. La vertu leur semblait molle, si elle ne faisait sentir ses aspérités : ridicule véritable de la secte, que Tacite lui-même a blâmé, qu'il ne faut pas condamner trop sévèrement, parce qu'elle l'a payé assez cher sous les empereurs, ridicule éternel d'ailleurs dans toutes les sectes austères, dont de pieuses âmes aujourd'hui encore ne savent pas toujours se défendre, par cette fausse idée que la foi n'agit pas si elle ne heurte, que l'orgueil sied à la vérité, que l'insolence est le grand air de la vertu, la modestie un lâche abandon des principes, et la coudescendance persuasive une faiblesse mondaine.
Autour de ce savant homme, qui fut un grand homme peut-être ou qui parut tel à ses contemporains, se groupaient UD certain nombre de jeunes gens distingués, de bonne heure arrivés à la renommée ou à la gloire, qui étaient unis à leur maître et entre eux par une sorte