‹ Les moralistes sous l'empire romain; philosophes et poètesChapitre 116 sur 143 · IV, 5; Vil, 180; XIV, 91; IV · texte numérisé non relu

IV, 5; Vil, 180; XIV, 91; IV

Là SOGIËTË romaine. 301

avec OB accent d'indignation véritable qne certains critiques refusent de reconnaître. Toutes les anciennes idées romaines sur la distinction des classes étaient confondues, et le poète citoyen n'avait pas besoin d'exciter sa verve pour protester contre ce renversement des mœurs et des institutions consacrées par le temps. Il faut d'ailleurs se rappeler qu'un grand nombre de ces affranchis se sont élevés par le crime, par des complaisances infâmes ou meurtrières, qu'ils étaient redoutés autant que méprisés, et que les grotesques extravagances de ces parvenus et leur ostentation provoquante semblaient vouloir appeler la satire. Mais nous ne devons pas oublier non plus que cette transformation de la société romaine fut un bienfait pour le monde ; que , les empereurs, favorables à cette émancipation des affranchis, tout en agissant dans l'intérêt de leur despotisme ou en obéissant à des caprices, étaient les instruments aveugles d'un progrès moral ; qu'en admettant la race servile aux honneurs, en lui ouvrant l'ordre équestre et le sénat, ils effaçaient la distinction des classes et préparaientl'avenir. Quand on vit partout dans les honneurs, dans les magistratures, d'anciens esclaves remarquables quelquefois par leur talent ou leur mérite, on s'accoutuma à ridée qu'ils étaient des hommes, qu'ils pouvaient être des citoyens, et l'on comprit mieux, une fois qu'elle fut réalisée dans les mœurs, cette égalité humaine proclamée depuis longtemps par les philosophes. Enfin des préjugés funestes tombèrent, ces injustes et trop aristocratiques préventions contre le travail, le commerce, Tindustrie ; et comme une barrière rompue en entraîne toujours une autre, il devait arriver que l'avénement des affranchis amenât peu à peu l'abolition de l'esclavage. Aussi^ tout en admirant le grand poète et les ressources de son talent satirique, faut-il signaler,

sans le lui reprocher toutefois, la courte vue du philosophe.

Les étnmgers, les Ctareotti

En parcourant les tableaux historiques de Juvënal, on assiste à un double mouvement qui s'opère dans la société romaine, à deux sortes de révolutions pacifiques également irrésistibles et salutaires qui transformèrent le monde en établissant peu à peu l'égalité sociale et l'unité politique. Pendant que les hommes de race sérvile, émancipés par le travail et la richesse, se glissent dans les honneurs et marchent de pair avec les hommes libres, les provinces, jusque-là traitées en pays conquis, obtiennent Tune après l'autre le droit de cité. Les provinciaux, à leur tour, deviennent des Romains, et, comme les afi&anchis, vont s'asseoir au sénat. On ne reconnaît plus la Rome d'autrefois depuis qu'elle a été défigurée par les mœurs nouvelles de ces étrangers qui accourent de toutes parts, non-fieulement pour se disputer les honneurs maintenant accessibles à tous, mais avec l'espérance de faire fortune, n'importe comment, dans la capitale de l'empire, au centre de la richesse, 6ur. le plus grand marché du monde, dans la ville des faveurs et des plaisirs. Rome devient le rendez-vous de tous les aventuriers, et, comme disait Tacite', c'est là que tous les crimes et toutes les infamies affluent de

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LA SOCIÉTÉ HOMAINE. 303

tons les points dn monde. Du fond de TAsiei de r£g3rpte, de la Ganle, de la Grèce, accouraient une foule de gens excerçant des métiers suspectSyfaux témoins, cabaretiers, , proslitueurs, trafiquant de toutes choses et apportant deSivices inconnus. « C'est l'argent, dit Jurénid, .rinfàme argent qui introduisit d'abord dans Home les mœurs étrangères. >

Prima peregrinos obscena pecunia mores Intulit'.

Ge changement dans les mœurs et la physionomie ex* térieure de la ville humiliait et révoltait tous ceux qui vivaient more majoruniy et surtout les écrivains dont l'imagination était restée fidèle aux anciennes coutumes, et qui se faisaient à la fois un honneur et un devoir de célébrer la discipline romaine. Qu'on entende cet ami que Juvénal fait parler dans la troisième satire et qui s'expatrie parce que le séjour de Rome loi est insupportable : « Romains, je ne puis souffrir une ville devenue grecque. Que'dis-je? de la foule d'étrangers qui nous infestent, cette lie achéenne né forme que la moindre partie. Depuis longtemps, en effet, TOronte syrien parait avoir mêlé ses ondes à celles du Tibre, et nous a porté la langue, les mœurs de l'Asie, les lyres triangu* laires de ses musiciens, les tambours du pays et les courtisanes qui se vendent aux ^ivirons dû cirque. Gourez à elles, vous à qui peut plaire une fille barbare coiffée d'une mitre brodée^ » Parmi ces étrangers sortis de tous les coins de l'univers, il en est que Jtïvénal s'est amusé à peindre avec autant d'esprit que de mauvaise humeur : ce sont ceux oui ont le [dus de crédit à Romet

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