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prompts à réprimer le crime, ils pouvaient être moins sévères poar la démence.
Ainsi, grâce à Lucien, nous connaissons l'état de la société antique au deuxième siècle de Tère chrétienne. Le paganisme, envahi de tous côtés, est transformé par des superstitions étrangères, déshonoré par des pratiques occultes et surtout miné, ici par l'incrédulité, là par la religion nouvelle. U a perdu son autorité, et jusqu'à son prestige poétique. Le peuple demeure attaché à son culte, par habitude, par grossièreté brutale. Mais les beaux esprits, les hommes cuhivés ne se donnent plus la peine de déguiser leur impiété et leur athéisme. La philosophie elle-même est avilie depuis que, renonçant aux fortes spéculations, elle se borne à répéter ce qu'elle ne comprend plus. Les sectes se sont mêlées et confondues, ne savent plus au juste quels sont leurs principes, et ne se distinguent entre elles que parle costume et la bizarrerie de leur appareil théâtral. Un nombre infini de déckmateurs parasites ont pris le manteau de philosophes^ s'asseoient à la table des grands, promènent dans les rues leur vanité importune, et proclament à tout venant les préceptes usés de leur sagesse vénale. L'enseignement de la morale, autrefois sacré^ est devenu un métier de bas étage, livré à l'ignorance ou à l'imposture. Cependant le christianisme, toujours incompns, méconnu, méprisé, continue à recruter dans l'ombre les paisibles ennemis de ce vieil établissement qui semble tomber de lui-même. Quel eût été le rire de Lucien, si un de ces visionnaires, qu'il a si bien raillés, lui avait annoncé que bientôt le monde appartiendrait à ces dupes charitables de Pérégrinus, à ces disciples du sophiste crucifié ? Et pourtant c'est lui, le satirique mal a\asé, qui les servait sans le vouloir, et mieux que personne^ en détruisant dans les esprits la foi et le respect
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da passée qot est la dernière force des sociétés. Car il ne faut pas se tromper snr les iiitenticms de Lucien« Il ne 86 contente p^ de railler les mœurs contemporaines, de signaler les hontes et les misères de la décadence. Sa critique embrasse tous les siècles précédents, et se fait le juge irrévérencieux de toute l'antiquité. Religion, systèmes, méthodes, doctrines morales, depuis Homère, tout est analysé avec une sûreté de bon sens qui donne do Tautorité au scepticisme et le rend contagieux. Gomme si radmiraticm pour les grands hommes était encore une forme de la superstition, il se fait un jeu d'attaquer la science, la sagesse, l'héroïsme des anciens, et Socrate mourant n'est pas mieux traité que Jupiter. Si, pour lui, la religion est une machine de rebut et hors d*usage, la philosophie dogmatique est un obj^t de peu de valeur dont on peut se dé&ire à vil prix. N'est-il pas permis d'employer ce langage, quand nous voyons que, dans une de ses plus ingénieuses fictions, il met k l'encan et vend à la criée les sages les plus illustriBS, les fondateurs des anciennes doctrines ? Combien donnez-vous de Py* thagore, de Socrate, de Ghryaippe, d'Épicure? Celui-ci vaut quelques mines, celui-là quelques oholes. Il semble que la succession de la défunte antiquité soit ouverte. Lucien n'a pas mal réalisé, pour son temps, le vœu que formait, pour le nôtre, un célèbre pamphlétaire de nos jours, qui demandait la liquidation générale de la société.
Le monde antique, on le voit, se détruisait, pour ainsi dise, de ses propres mains, rejetant avec mépris tout ^ce qui l'avait jusque-là soutenu et charmé, répudiant mkû» fia gloire. H prend en dégoût la poésie et la science dont il s'était enivré, et renverse étourdiment ses plus belles doctrines, à peu près comme le convive fatigué trouve son dernier plaisir à briser le vase qui
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lui versa là joie. La société grecque et romaine n'attend plus rien de sa religion, ni de sa phiiosopliie. Longtemps elle avait essayé de combattre l'indifférence ou la corruption et avait fait de généreux efforts pour se retirer de là nuit où elle descendait chaque jour davantage., lies Sénèque, les Épictète, les Dion et leurs pareils réveillaient les cœurs, et s'ils ne pouvaient remplacer la religion, ils tentaient du moins de donner un prestige religieux à la sagesse humaine. Mais peu à peu la philosophie se décourage et perd, avec sa vaillance, son autorité. Quelques grandes âmes égarées dans ce monde frivole et dépravé cultivent encore la vertu pour ellesmêmes, mais n'ont plus Tespoir de la répandre. Elles en £ont l'objet d'un culte solitaire. Il vient un moment oà Maro-Âurèle, qmpent juger le monde de haut, désespère et demande à mourir pour n'avoir point à rester plus longtemps c dans ces ténèbres et ces ordures. > La société antique n'a plus confiance dans ses doctrines qui lui paraissent épuisées. La foule ne tient pas à les connaître et souvent les beaux esprits ne les connaissent que pour les profaner. Tandis que la multitude grossière tourne le dos aux anciens sages et, entraînée par un secret instinct^ court en aveugle au-devant de toutes les nouveautés venues de la Perse, de la Chaldée, de l'Egypte, les hommes cultivés, sans souci de l'avenir, s'amusent à railler le passé. En vain l'honnête Plutarque, retiré en province, attardé dans le siècle, garde une sorte de piété patriotique aux héros et aux sages de l'antiquité et se propose de ranimer l'admiration. Dans les compagnies élégantes, au contraire, dans les écoles de philosophie et d'éloquence, on se fait un jeu savant de déclamer contre les grands hommes, et les jeunes orateurs s'exercent à déchirer Socrate ou Zenon. Pendant quelque temps on aura encore de l'esprit et de la science