‹ Les moralistes sous l'empire romain; philosophes et poètesChapitre 58 sur 143 · II · texte numérisé non relu

II

UN POÈTE stoïcien, 133.

bétail, donne des petits aux mères! — Eh! comment le peut-il, imbécile ! quand tu immoles toutes tes jeunes bêtes? — Qu'importe? il égorge, il égorgé toujours; la prospérité va venir, le domaine s'étendre, le troupeau grossir. Gela vient, dit-il, cela vient.... Gela vient si bien que, déconfit, désespéré, il s'écrie un jour en soupirant : Je n'ai plus qu'un écu dans ma bourse .* » Perse va plus loin encore et ose condamner certaines dépenses inutiles du culte public. On sait, par exemple, que l'or pris sur les ennemis était porté au Gapitole, consacré aux dieux et souvent destiné à embellir leurs images. Par cela que les hommes sont cupides, ils s'imaginent que les dieux le sont aussi; ils prêtent à la majesté di> vine leurs propres convoitises. Dans un beau mouvement d'éloquence qui rappelle certaines apostrophes de Bossuet, il s'écrie : « âmes courbées vers la teïre, étrangères aux choses du ciel! pourquoi porter ainsi dans les temples la bassesse de vos pensées et croire que les dieux seront flattés par ce qui flatte la corruption de la chair! »

G curvas in terras animaa, et cœlestium inanes! Quid juvat hos templis nostros immittere mores, Et bona dis ex hac scelerata ducere pulpa '.

Quel langage nouveau I quel singulier choix d'expressions qui seront chrétiennes ! Combien ces .vers concis renferment de substance religieuse et morale! S'ils

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