Eunape, Vie de Prohœresius
Haa LA PRÉDICATION MOBALE POPULAIRE*
jiiojtiL de s'estichir éudt Ae lémsir autour de st chiiie une foule de disciples qui recueiUaient avidenaeiit les paroles du maître pecir se rendre dignes à leur tour de si grands bonneurs, et qm payaient largement ce nonciai 4e l'éloqueiiee. C'était à la fois le profit et la marque de la supériorité. Aussi les plus grands orateurs étaient-ils fiers de ce nombreux cortège qui les accompagnait en pviblic et les cuirait même quelquefois dans leurs broyages. II n'est sorte de ruses qu'ils n'aient inventées, afin ^e se procurer des disciples, et, pour grossir leur auditoire, ils ne se faisaient pas scrupule de déhancher celui d'un rival par des flatteries, des cadeaux et d'autres moyens encore plus ingénieux* On raconte l'histoire d'un sophiste débitant, sans talent, mais non pas sans esprit, qui, désirant à tout prix se faire un nom, s'avisa de prêter de l'argent sans intérêt à tous ceux qui voulaient b%n lui en emprunter, à la seule condition qu'ils seraient assidus à ses déclamations; l'absence était considérée comme une banqueroute, et le débiteur insolvable livré à la rigueur des lois. Mais les plus illustres de ces cmphistes n^avaient besoin que de leur réputation pour attirer un concours incroyable de jeuues gens de tcms les pays ; et Scopélien,» par exemple, qui déclamait & Smyme, voyait aulour de lui tout un peuple de disciples accourus de la Grèce, de l'Assyrie, de la P&énicie, de rÉgypte. Malheureusement ils ne pouvaient pas toujours, dans leurs courses vagabondes, traîner à leur soile tous ces satellites dévoués; mais leur esprit inventif leur fournissait, dans une occasion solennelle, le moyen de se faire un cortège honorable : témoin ce sophiste voyageur, qui, débarquant à Rhodes pour donner une grande fête oratoire» pensa qu'il était de sa dignité de se montrer avec son escorte ordinaire, et, trouvant sur le port des rameurs et des matelote de loisir, il lee euràh.
" J ' . V*. • -(• "^^^^^i^«W*^BVlBiV9V^9l
LA PHÉïttCiLTION MORALE POPULAIRE. 231
aclieia des oostiuBes^ et «près les aroir habillés comme des amateurs de la belle éloquence, il fit dans rassemblée ujie entrée magnifique à la tête de cette armée ncfale^
Bien que le bruit qui se faisait autour de leur nom ffel TottYrage de cette habileté dans la mise en scène asiant que de leur éloquence, ils ne laissaient pas de preadre kar gloire au sérieux, et se plaçaient naturellement au-dessus de tous les hommes. Un jour, un empereur proposait à l'un d'eux de l'élever aux plus bautes dignités; celui-ci répondit avec un orgueil candide qu'il n^'asprait pas à descendre et qu'il resterait sophiste^. Un autre, envoyé en ambassade auprès d'Autonin, et mortifié de ce qu'on ne Tavait pas encore remiarqué au milieu des courtisans, s'écria : « César, fais donc attention à moi. » Le prince, irrité de cette inso-^ lence, lui répartit : « Je te connais; tu es cet homme qui saigne si bien sa chevelure, ses dents et ses ongles'. » Même devant leur auditoire qu'ils ménageaient, nous l'aYOïis vu, avec la délicatesse la plus raffinée, il leur arrivait parfois d'étaler une jactance qui passe les limites de l'audace et du ridicule ; on peut s'en faire une idée par cet exorde de Polémon : « Athéniens, on dit que vous êtes de bons juges en éloquence; je saurai tout à l'heure si vous méritez votre réputation*. » Enfin leur vanité était si susceptible, si connue, si facilement pardonnée, qu'un de ces orateurs aimés du public, apercevant dans l'assemblée un auditeur endormi, osa descendre <de son estrade, pompeusement, à pas comptés, et, avec la dignité qui convient à un grand homme outragé, il