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CHAPITRE IX

Construction de la ville Belle et du temple saint.

Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis l'expulsion des saints des derniers jours de la terre promise du JMissouri , et le nombre des Mormons réfugiés dans l'Dlinois, joint à celui des nouveaux convertis , s'élevait déjà à quinze mille , hommes, femmes, enfants. Beaucoup d'entre eux n'avaient jamais résidé dans le Missouri ; ils accoururent dans le nouvel établissement de toutes les parties de l'Union, et même d'Angleterre, pour tenir tête à l'oppression et soutenir leur prophète contre ses ennemis.

L'organisation matérielle de la secte se développait admirablement. Les Mormons, dès cette époque, se montrent un peuple actif, industrieux, frugal. Ils comprennent les avantages de Passociation, ou plutôt de la corporation. Dans toutes les circonstances, il y atout à gagner pour les hommes à s'entr'aider ; c'est le vieil apologue du faisceau de flèches. Mais c'est le malheur qui nous révèle surtout la nécessité de l'union. Si indigne-

ment spoliés et pillés , les Mormons ne perdirent pas leur temps en lamentations vaines, mais ils se mirent à réparer ^es calamités souffertes, les pins aisés aidant les plus nécessiteux dans Tachât des terres et des instruments d'exploitation. En invitant les ouvriers habiles à se joindre à eux , non-seulement par un appât religieux et spirituel, mais par des considérations plus positives et plus mondaines , les Mormons sanctifiaient et rémunéraient le travail. Ils se disciplinaient dans l'union en pratiquant la maxime : aide-toi, le ciel f aidera. Aussi bientôt ils se multiplièrent tellement dans les environs du village de Commerce, que leurs chefs conçurent le projet de faire de ce village un bourg d'abord, et ensuite une cité municipale. Ils lui donnèrent le nom de NauvoOy ou la Belle, mot que l'on rencontre dans le livre de Mormon. Dans le cours d'une année et demie, ils bâtirent environ deux mille maisons, sans compter les écoles et les autres édifices publics. Nauvoo s'appelait aussi la Cité sainte. Joseph Smith en fut nommé maire et, pendant une courte période de sa carrière agitée , il put croire qu'il avait réalisé le rêve favori de son ambition. Sa parole faisait loi ; il se voyait à la fois le chef temporel et spirituel, des Mormons ; il portait enfin , outre les titres de Prophète, de Président et de Maire, le titre non moins sonore de Général, en vertu du

commandement qu'il exerçait sur un corps de milice organisé par lui, sous le nom de légion de Nauvoo. On sait combien les Anglo-Américains aiment à se parer de ce grade.

On n'avait guère , avant l'époque dont nous parlons, entendu parler des Mormons en Angleterre. En 1837 fut entreprise la première mission dans ce royaume, sous la direction des Anciens 0. Hyde, devenu plus tard un des délateurs de ses frères, et de H. C. Kimball. Ces deux missionnaires baptisèrent environ deux mille personnes, principalement à Manchester, à Birmingham, à Leeds, à Liverpool, à Glascow et dans le pays de Galles. En 1843, le nombre des sectaires mormons en Angleterre s'élevait à plus de dix mille. En 1844, l'Ancien Lorenzo Snow , se trouvant alors à Londres , fil parvenir, par le désir exprès du prophète, un exemplaire du livre de Mormon à la reine Victoria, et un autre à Son Altesse royale le prince Albert , circonstance qui parut grandement réjouir les saints de Nauvoo. Un poëte mormon publia même à ce sujet des vers dont voici l'humble traduction en prose : « A la reine Victoria. Oh! si elle voulait prêter son influence, l'influence de la royauté pour étendre le royaume du Messie, si elle voulait être la mère nourrice de Sion , son nom serait inscrit avec gloire sur les hautes tours de la Cité sainte, et elle conquerrait une cou-

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