‹ Les mormonsChapitre 74 sur 126 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le major -général Bennet.

Revenons un moment au major-général Bennet, que nous venons de voir figurer à la revue. C'est un type tout américain. Ce major Bennet, homme ambitieux , sans scrupule et sans principes , dit un historien gén^alement impartial des Mormons , avait conçu l'idée de devenir un homme important en Amérique en se servant du nouveau Mahomet Sans employer beaucoup de circonlocutions, il écrivit au prophète pour lui proposer d'être son bras droit. « Vous savez , lui disait-il , que Mahomet avait son bras droit. Pourquoi le nouveau Mahomet ou le nouveau Moïse n'aurait-il pas le sien ^ » Cette curieuse lettre était datée du 24 octobre 1843.

« Je puis être un ami inébranlable , disait encore le général Bennet, sans être gouverné par la moindre influence religieuse. Vous vous êtes montré un théologien trop philosophe pour ne pas m'excuser si je vous dis qu'il faut laisser ces influences-là aux

170 LES M0RM0I9S.

masses. La hardiesse de vos plans et de vos mesures m'a séduit. Leur succès, jusqu'ici sans parallèle, est bien fait pour répandre un prestige sur toute votre personne, et vous signale comme l'homme le plus extraordinaire de notre époque; mais mon esprit a été jeté dans un moule si mathématique et si philosophique, que la divinité de Moïse ne fait aucune impression sur moi. Vous ne vous offenserez pas de m'entendre dire que je vous place comme législateur fort au-dessus de Moïse , parce que vous vivez sous nos yeux, soiunis à notre examen, tandis que Moïse tire sa principale autorité de la prescription el de tant de siècles écoulés. Je suis cependant forcé de vous donner raison à tous les deux, puis- (ju'il est hors du pouvoir de l'homme de prouver que vous ayez. tort. Ce n'est pas là un problème mathématique ; il n'est donc pas susceptible d'une solution mathématique. Je me borne à vous crier: En avant! Tous mes vœux vous accompagnent; mais, encore une fois, vous savez que Mahomet avait son bras droit.

• Le célèbre Thomas Brown , de New- York , est occupé en ce moment à graver votre tête sur une belle cornaline qui pourra vous servir de. sceau privé, et qu'il se propose de vous envoyer après l'avoir montée en or. Ce sera un véritable bijou, el juste ce qu'il vous faut. La sœur de Thomas Brown est membre de votre Église. La monture du cachet

CffAPITRE X. in

coûtera environ quarante dollars. M. Brown m'assure que, s'il n'était pas un si pauvre homme, il vous en ferait présent. Vous pourrez cependant la prendre ou ne pas la prendre, à votre gré, vu qu'il peut l'appliquer à un autre usage. Je suis moimême fort à court d'argent, quoique j'aie reçu récemment des Harpers , mçs éditeurs, deux mille dollars, comme premier à-compte sur l'achat de mon manuscrit. Je m'étais mis tellement en arrière durant les mauvais temps que tout a passé en anciennes dettes. J'ai toutefois à toucher encore trente-huit mille dollars en payements semestriels, de ces mêmes messieurs, dans l'espace de dix ans , et mon intention est d'en employer une grande partie à acheter des terres dans l'État d'Illinois et à les mettre en valeur. Si j'étais forcé d'annoncer dans cet État-ci que je n'ai aucune espèce de relation avec la légion de Nauvoo , vous garderiez naturellement ïe silence, vu que je le ferai de manière à ce que tout aille pour le mieux.

« Je puis encore aspirer à une fonction élevée dans votre État, et vous pourriez compter sur mes meilleurs services. Une liaison connue entre nous serait contraire à votre intérêt et au mien. Il me sera aisé de faire voir que mon grade dans la légion n'était qu'un canard du journal le Herald^ une pure ^rtaisanterie. Le puWic même n'y croit

178 LES HORMOKS.

déjà plus. En un mot, j'espère encore deïenir par

voire influence gouverneur de l'État d'Illinois.

« Mes respects aux frères Young , Richards , à mistress Emma et à tous les amis.

• Jas. Abungton Bbnîsbt.

■ P. S. Comme l'emploi d'inspecteur général ne me conr6re aucun commandement et n'est qu'un litre honoraire , si quelque pei'sonne à Nauvoo veut l'exercer effectîvemeni, je me résignerai de grand cœur, quand j'aurai reçu de vous un avis à ce sujet. C'est un emploi, du reste, qui demande à lar un officier instruit. "

le voit , les rapports du prophète cf !nnet étaient antérieurs à la date de a réplique de Joseph, curieuse à plus t malheureusement trop longue pour être citée en entier. Trop habile homme pour écouler cette espèce d 'in vital ion' à mettre de côté un masque religieux bon pour tromper le vulgaire , il gourmanda la vanité et la présomption de M. Bennet, sans renoncer aux services que le général pouvait lui rendre et au concours politique qu'il pourrait lui prêter, après s'être servi de l'influence croissante des Mormons pour arriver aux fonctions de gouverneur de riUinois. > Jusqu'à quel point vous êtes capable, lui dit Joseph Smith, d'être un ami inébranlable, sans être gouverné par aucune infhience reli-

Page 1