CHAPITRE VI
M. Guers se montre peu scrupuleux. — Les miracles avortes. — Guerisons operees par les Mormons. — Analogie entre nos ennemis et les Pharisiens. — Opinion de M. O. Pratt sur les miracles.
« Orson Pratt (dit M. Guers, page 98) a publie une liste de pr£tendues guerisons miraculeuses operees par les Mormons ; parcourez les listes de guerisons merveilleuses qui accompagnent d'ordinaire l'annonce des nouvelles methodes curatives, et vous en avez esactement le type. Mais voici des faits plus graves qu'Orson Pratt se gardera Men dHnserer dans son catalogue. »
Ici M. Guers raconte trois faits dont l'un s'est passe a Cardiff, le second a Glasgow, le troisieme a New-Port. Puis il continue :
« Demandez-vous aux Mormons d'accomplir devant vous quelque osuvre miraculeuse, les prodiges ont toujours lieu la ou Ton ne se trouve pas. Etes-vous, par exemple, en Angleterre, on vous dit que les grands miracles se font en Amerique; etes-vous en Amerique, on vous dit qu'ils se font en Angleterre. » (p. 99. )
Cet auteur nous presente au public comme de vrais en-
trepreneurs de miracles. II cite la Voix de Joseph; eh bien, lisons le passage cite (p. 80) :
« Dans tous les endroits ou ilssont alles, la parole a ete etablie en puissance, PAR LE SAINT-ESPRIT , et en grande assurance; et PAR LA FOI ET LA PRIERE, les maladea et les affliges ont ete gueris, les boiteux ont commence a marcher, les sourds a entendre, les muets a parler et les aveugles a yoir. »
M. Guers ne reproduit pas ce passage, il se contente de l'indiquer. C'est consequent avec sa maniere habituelle ; car, en le lisant, on voit a qui les Mormons font hommage des benedictions obtenues : le Saint-Esprit , la foi et la priere. C'est toujours la meme tactique.
Quand on s'est accoutume" a peu d'exactitude , on ne fait plus attention a la contradiction. Ainsi, page 99, il oublie completement que la liste dont il parle a la page 98 indique, pour chaque guerison , le lieu , le jour, le nom et Vadresse de la personne guerie, les noms des Umoins, membres de l'Eglise ou strangers. Tous ces faits, sans exception , ont eu lieu dans la Grande-Bretagne. Et en presence d'une designation aussi nette, l'honnete 6crivain ose dire : « Etes-vous , par exemple , en Angleterre , on » vous dit que les grands miracles se font en Amerique ! »
Des trois miracles avortes qu'il raconte , le premier est une pure invention ; nous defions M. Guers d'en donner la moindre preuve.
Le second, bien que l'auteur dise que M. Pratt se gardera Men de I'insdrer dans son catalogue, a cependant ete publie, malgre" cette assertion, par ce meme Orson Pratt, dans le Millennial Star (vol. XI, p. 61 ). II s'agissait de deux personnes atteintes du cholera a Glasgow. Des milliers d'individus avaient ete moissonnes par le terrible fleau. Dans le nombre d'environ cent malades qui recurent
de nos Elders l'imposition des mains et Phuile sainte , accompagne'es de la foi et de la priere, quatre seulement moururent. Les medecins, pousses sans doute par un mobile qui nous echappe , voulurent denoncer nos Elders a la justice ; un jugement fut rendu , par lequel les prevenus furent acquittes. G'est a la suite de ces debats , reproduits avec mauvaise foi par les journaux de Pepoque , que M. Pratt publia les documents et temoignages relatifs a cette affaire, ou la justice, nous le rep6tons, reconnut la faussete de la plainte et proclama l'innocence de nos Elders.
Le troisieme est le fameux miracle avorte" de New-Port, que tous nos ennemis n'ont pas craint de copier dans le roman du capitaine Marryat dont nous avons deja parle ; nous les defions d'indiquer une autre origine. M. Guers cite Mormonism, page 28 ; mais ouvrez cet ouvrage , regardez la date de P edition, et vous verrez que l'auteur Pa puise dans le roman. Allez a New-Port , on vous dira que le fait a eu lieu dans une autre contree. Attendez que nos ennemis aient publie quelques nouvelles brochures, et bientot le fait se sera passe en Suisse. Ce miracle avorte fera le tour du monde.
Revenons aux guerisons miraculeuses rapportees par M. Pratt. Ce n'est pas par une vaine ostentation qu'il a entrepris ce recit. Dans le Millennial Star: (vol. XI, p. 151 ) , il engage les Elders a tenir un registre exact et vendique des manifestations de la bonte divine, afin d'en temoigner aux incredules , de rendre au Seigneur la gloire qui lui est due , et de confondre les ministres des fausses religions , ou l'on reconnait effectivement la puissance de Dieu, mais seulement dans les temps passes.
Sur cette invitation, plusieurs Elders de PEglise, en
mission dans diverses contrees, ont envoye le compte rendu des guerisons operees sous leurs yeux par la puissance de Dieu, avec tous les details propres a en constater l'authenticite. Toutes ces guerisons , comme nous l'avons deja dit, ont eu lieu en Angleterre, pas une en Amerique. El les ont ele" portees a la connaissance du public dans le pays meme ou elles ont et6 effectu6es, et nous n'avons pas connaissance qu'elles aient jamais donne lieu a aucune reclamation ; cependant , en Angleterre comme en Suisse , I 'esprit de coterie religieuse est a nos trousses et n'eut pas manque de relever la moindre exageration , s'il s'en etait glisse dans ce r£cit.
Les Mormons croient aux promesses de Dieu , et quand ils eprouvent les effets de sa bont£, il lui en rendent l'honneur et en temoignent aux hommes, afin que ceux-ci obeissent a Dieu et recoivent a leur tour ses benedictions, selon leur fox. Et voila M. Guers qui s'ecrie (p. 100) :
« "Vous done, messieurs, vous qui avez regu ces dons, ces diamines, prouvez-le en les exenjant sous nos yeux. Vous avez en mains I'un des moyens de nous convaincre : reduisez au silence notre incredulite, et sauvez-nous, s'il le faut, malgre nous-memes. »
Malgre tout le soin que Ton peut mettre a dissimuler, il est des moments ou le caractere se revele tel qu'il est. Si nous avions jamais eu le moindre doute sur l'influence qui a pousse M. Guers a son opposition au mormonisme, nous serions eclaires par ses observations au sujet des miracles. « G'est de l'abondance du cceur que la bouche parle. » (Math, xii, 34.)
Un certain personnage vint aupres de Jesus et lui dit : « Si tu es le fils de Dieu, ordonne a ces pierres de se » changer en pains. » Le premier qui a demande un mi-
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racle n'etait pas un personnage obscur. Quel etait-il done? Le Diable lui-meme. (Luc iv, 3.) Sa majeste satanique excrcait une bien triste influence sur les gens pieux d'alors; ecoutez : « Alors des Pharisiens et des Sadducdens vinrcnt » a lui (Jesus), et pour Leprouver, ils lui demanderent » qu'il leur fit voir quelque miracle dans le ciel. » II est a regretter que nous n'ayons pas leurs propres paroles ; elles doivent ressembler a celles-ci : « Vous avez en mains » bien des moyens de nous convaincre ; reduisez au silence » notre incredulite , et sauvez-nous, s'il le faut, malgre » nous-memes. »
Mais quelle fut la reponse de Jesus? «Xa nation mechanic » et adultere demande un miracle ; mais il ne lui sera point » donnd d'autre miracle que celui de Jonas le Prophete. » Et les laissant, il s'en alia. (Math, xvi, 1, 4.)
' « Les Juifs demandent des miracles, » ecrivait l'apotre Paul (I Cor. I, 22). Probablement ils disaient comme M. Guers : « Sommons-les de faire devarit nous quelqu'un « de ces miracles dont ils sont si prodigues ailleurs. Ils y » sont obliges d'apres leurs propres ecrits. » Quelle fut la reponse de Paul? « Nous pre*chons Christ erucifie, qui est » un scandals pour les Juifs. »
C'est une chose curieuse que de voir l'inconsequenee dans laquelle tombent ces chercheurs de miracles. Jesus et les Apotres refuserent a leurs sommations ces manifestations de la puissance celeste; mais quand iis entendirent raconter les miracles operes, ils furent tres-mal a l'aise. (Jean ix.) Forces de reconnaitre que Jesus avait rendu la vue a l'aveugle , ils crierent : « Rends gloire a Dieu ; nous » savons que cet homme est un meehant. »
M. Guers (page 98) dit : « Orson Pratt a publie une liste » de pretendues guerisons miraculeuses operees par des
» Mormons. » Et deux pages plus loin il ajoute : « Mais encore » une fois , fussent-ils vrais , les miracles du mormonisme » ne nous convaincraient pourtant pas. » Les raisons qu'il donne de son increclulite sont les memes que donna ient les Juifs lorsqu'ils repoussaient Christ et les Apotres.
Pour terminer, disons que les chercheurs de miracles ont poursuivi Christ jusque sur la croix, ou ils virent pour lui une bonne occasion d'exercer son pouvoir. M. Guers dit aujourd'hui : « Reduisez au silence notre incredulite, » et sauvez-nous , s'il le faut , malgre nous-memes. » Les hommes reputes pieux , passant pres du gibet ou etait attache le Saint et le Juste , « lui disaient des outrages , » branlant la tete et disant : Toi qui detruis le temple et » qui le rebatis en trois jours , sauve-toi toi-meme ; si tu » es le Fils de Dieu, descends de la croix. De meme aussi, » les principaux sacrificateurs , avec les scribes et les se- » nateurs , disaient en se moquant : II a sauve les autres, » et il ne peut se sauver lui-meme. S'il est le roi d'Israel, » qu'il descende maintenant de la croix , et nous croirons » en lui. II se confie en Dieu ; que Dieu le delivre main- » tenant , s'il lui est agreable ; car il a dit : Je suis le Fils » de Dieu. » (Math, xxvn, 39 et suiv.)
Nous devons, en terminant, exprimer notre pensee sur les miracles. Elle est formulee dans les lignes suivantes , que nous extrayons d'une brochure de M. 0. Pratt, intitulee Autorite divine, ou response a cette question : Joseph Smith etait-il envoy e de Dieu? (p. 33) :
« Les Saints des Derniers-jours ne croient pas a l'infaillibilite des miracles. Nous croyons fermement que les dons miraculeux du Saint-Esprit sont absolument necessaires dans l'Eglise du Christ, sans lesquels elle ne peut exister sur la terre. Les miracles, joints a une doctrine pure, sainte et parfaite, a une doctrine raisonnabie et
scripturaire, sont unc forte preuve collateral. en faveur de cette doctrine et de l'autorite divine de ceux qui la prechcnt. Mais des miracles seuls, pris separement, et sans etre lies a d'autres temoignages, au lieu d'etre des preuves infailliblcs, ne prouvent absolument rien. »