‹ Les Mormons (Saints de Derniers-Jours) et leurs ennemis response by T.B.H. Stenhouse, Mormons and their enemies FrenchChapitre 23 sur 33 · C. Rhodes Cette lettre a ete publiee dans le Bath · texte numérisé non relu

C. Rhodes Cette lettre a ete publiee dans le Bath

Advocate, des Etats-Unis, le 23 juin 1853.

« Cher Monsieur, le matin du lundi 6 courant, je visitai Son Excellence le gouverneur Young, pour lui presenter ma nomination, et il me recut et m'installa comme premier juge d'Utah. Ma reception fut faite avec politesse et respect de la part du gouverneur Young, qui avait pris des mesures pour que ma residence ici fut aussi agreable que possible. Le gouverneur est un homme tres-distingue dans ses manieres et dans sa conversation; je le crois un homme d'un talent remarquable, doue de bonnes qualites intellectuelles Je l'ai entendu une fois s'adresser au public au sujet du libre arbitre. C'est un excellent orateur. -Ses gestes ont une grace particuliere ; son elocution est distincte, son style agreable...... Je fus extremement edifie

par son allocution et ses manieres.

» C'est un horame d'affaires du premier ordre. Comme il est gouverneur civil du territoire et surintendant des affaires indiennes, on le supposerait naturellement aussi occupe qu'il soit possible de l'etre. Mais, a ces emplois, il reunit encore celui de President de l'Eglise, place qui ne ressemble nullement a une sinecure. Ses propres affaires sont etendues; il possede des moulins et des scieries, et est engage dans un grand nombre d'exploitations agricoles qu'il dirige lui-meme.

» Je suis convaincu qu'aucun homme n'a ete plus grossiirement calomnie que le gouverneur Young, ce qui ne l'empeche pas d'etre aussi bienveillant et liberal qu'aucun autre ; mais s'il est attaque ou taquine, on le trouve de difficile composition.

» La ville du Lac-Sale est une merveille. II n'y a pas six ans que les premiers pionniers penetrerent dans la Vallee. II n'y avait pas alors un seul habitant civilise, pas la moindre trace deprogres ou de civilisation a cinq cents milles a la ronde. Les Mormons ne possedaient rien au monde, sauf ce qu'ils apportaient avec eux sur des voitures.

» Le sol est naturellement dur et sec; il produit peu de chose sans irrigation. Durant les premieres annees , les nouveaux habitants souffrirent cruellement du manque de subsistance et d'abri convenable. lis vivaient principalement de racines, etfurent souvent forces de manger les chevaux et les chiens. Maintenant le peuple a en abondance toute espece de legumes , et de plus beaucoup de grain, de ble, et de la meilleure viande de boeuf que j'aie jamais vue.

< La cite est divisee en squares, et le nombre d'acres contenus dans ses limites ne monte pas a moins de deux mille ; chaque lot contient environ un acre. Toute personne d'un caractere honorable et d'habitudes industrieuses peut obtenirun lot moyennant une tresfaible somme, pourvu qu'elle y demeure et y batisse une maison. Chaque lot peut etre arrose sans beaucoup de depense ni de peine. La ville meme contient pres de 7000 habitants. J'ai remarque un grand nombre de maisons tres-bien construites et confortables , ainsi que quelques jardins admirablement cultives. Les batiments publics deja termines sont convenables, bien construits, et presentent un exterieur tres-agreable. La ville et le pays sont bien pourvus d'ouvriers habiles pour chaque branche d'industrie.

» Le peuple entier semble bienveillant. lis sont tres-industrieux,

•ISO REBELLION EiWERS LE POUVOIR CENTRA!

ont beaucoup d'ordre, et je ne vois pas de raison pour qu'ils ne soient pas aussi heureux que leurs concitoyens des autres parties de rUnion.

» J'ai assiste deux fois a Toffice divin. Le rite du culte ressemble tout-a-fait a celui des autres cultes. Les sermons que j'ai entendus etaient convenables et tres-bien debites. La musique vocale et instrumentale est excellente. L'edifice affecte au culte est tres-commode, et les assemblies sont ordinairement de plus de mille assistants.

» La population de la ville du Lac-Sale et du territoire d'Utah est a peu pres entierement composee de Mormons; je doute que les etrangers y soient plus de deux cents. Les moeurs sont differentes de toutes celles auxquelles nous sommes habitues. Presque toutes les affaires, civiles ou religieuses, sont jugees par l'Eglise; les differends de toute espece sont tranches par les conseils ecclesiastiques.

» Le systeme de plural tie, comme ils l'appellent (la polygamie), domine; mais ceux qui supposent que la licence et la dissolution des mceurs et de la morale y regnent, se trcpapent fort. Les femmes sont tres-modestes et circonspectes dans leur conduite. J'ai eu le plaisir d'etre introduit aupres d'un certain nombre , toutes intelligentes et agreables, et qui, je pense, peuvent etre comparees aux dames les mieux elevees des Etats de l'Union. Elles sont originates de New-York et de la Nouvelle-Angleterre (celles dont je parle), et ne different en rien de leurs soeurs des Etats de l'Est. D'apres tout ce que j'ai pu apprendre ou voir, il y a moins de licence et de grossierete dans cette cite et ce territoire qu'en aucun autre lieu de meme population dans les Etats-Unis. Les hommes sont jaloux de toute intervention dans leurs affaires domestiques; la seduction et l'adultere, s'ils etaient decouverts, courent le risque d'etre punis de mort. Quelques cas de cette nature sont arrives ici.

» Votre ami devoue,

» (Signe :) Laz. H. Rkad. »

Cette lettre doit etre connue de nos ennemis, car elle a ete publiee comme celle des trois juges dont ils font tant de bruit ; mais elle contredit leurs accusations , et elle emane d'un magistrat recommandable qui a le tort de n'etre pas

hostile aux Mormons et de lour rendre justice : c'est plus qu'il n'en fallait pour empecher MM. Favez et autres d'en dire un scul mot. Yoila leur impartiality.

Le rapport des juges fugitifs est done loin de prouver que les Mormons soient dans un etat permanent dinsubordination envers l'autorittf '. Ces magistrate, d'ailleurs, etaient temoins dans leur propre cause. Nous dirons plus loin, en retracant a grands traits les persecutions que les Saints ont souffertes, combien cut ete legitime la vengeance qu'ils auraient pu en tirer.

Loin d'obeir a leur ressentiment si violemment provoque, ils firent prcuve d'une soumission admirable aux ordres du gouvernement federal, dans des circonstances que va nous raconter un tfcrivain loyal et consciencieux :

« Dans leur marche a l'occident, au travers du nord du comte

de Missouri, repousses des frontieres de l'lowa par la menace de nouvelles violences, ce n'est que dans le cours de l'ete, et apres beaucoup de miseres et de souffrances, que les Mormons parvinrent sur les rives du Missouri, en dehors des limites des Etats. La, ils s'arreterent, labourerent la terre, l'entourerent de cl6tures et y semerent du ble pour la nourriture des troupes qui devaient suivre la premiere expedition. Ils s'appretaient a passer le fleuve et a continuer leur route, quand ils furent atteints par un officier charge par le gouvernement federal de lever paimi eux un bataillon de 500 hommes destine a servir dans la guerre du Mexique. Quelque soudaine et extraordinaire que dut leur paraitre une semblable requisition, les emigrants n'hesitent pas ; pour y obeir, ils interrompent leur voyage, et ceux qui restent, c'est-a-dire presque uniquement les femmes et les enfants, s'appretent courageusement a passer l'hiver au milieu des solitudes de ce payssauvage. Ils recoltent le fourrage, se construisent des huttes de terre et de bois, et creusent aulant de silos que le temps et leurs forces affaiblies le leur permet-

1 Voir, a cet egard, l'article du MonUeur universe! que nous publions a la fin de cet opuscule.

tent. « Vous aurez votre bataillon complet, lors meme qu'il devrait etre compose de tous nos Anciens, » -dit le president Young; et en trois jours cette force, recrutee tout entiere parmi des peres de famille, fut rassemblee et prete a partir. Je ne pense pas qu'il soit possible de trouver dans tous les Etats de l'Union un peuple plus loyalement et veritablement patriote. » (Stansbury, Extrait de la ttOUoilieque unio. de Geneve, juin 1853, p. 208 et 209.)

Ge trait, d'un bataillon recrute pendant un voyage aussi malheureux, et immediatement organise, est tout-a-fait caracteristique.

Nous n'avons pas encore indique un motif particulier de rhostilite que le mormonisme a eveillee chez les sectaires, et specialement chez les partisans du protestantisme, lequel, suivant l'expression de M. Pichot, se trouve « reduit en poussiere par la multiplicity des sectes en Amerique. » Ce motif, le voici :

« L'Eglise mormone compte plusieurs ex-ministres des autres cultes cbretiens dans les rangs de ses plus eminents defenseuxs et prelats. » (Presse du 26 aout 1853.)

« lis entretenaient une violente polemique avec les Gentils, c'esta-dire les cbretiens, surtout avec les metbodistes, justement alarmes des progres d'une secte qui leur enlevait leurs sujets d'elite. » {Monileur du25 mars 1852.)

Telle est 1'origine de cette animosite. Une religion qui recrute ses defenseurs les plus Cminents parmi les ministres des autres cultes Chretiens , des hommes tels que MM. Guers et Favez appellent cela un pidge grossier destine a tromper les hommes simples, crMules et ignorants !

Pour en finir avec cette malveillante accusation de rebellion envers l'autorite centrale, nous dirons a nos adversaires : J. Smith a ete traine devant la justice des hommes pres de cinquante fois; il a e"te mis en jugement devant des tribunaux composes d'hommes acharnes a le perdre ;

on a entenclu comme temoins ses ennemis declares ; d'autres Mormons ont et6 poursuivis avec lui. Eh bien, apprenez-nous quelle condamnation les a frappes. Mais surtout n'alleguez pas vaguement que Joseph a ete mis hors la lot, declarS banqueroutier, etc. ; pr^cisez les faits, les actes. Nous vous mettons au defi de le faire. II est bien facile d'inventer des imputations en l'air, mais il Test un peu moins de citer la date d'un jugement, d'un arret. Si vous restez muets quand vous etes sommes de justifier de telles allegations, quelle espece de celebrite aurez-vous acquise par vos libelles? Vous avez jete la calomnie au front d'un peuple loyal et genereux ; vous avez fletri d'une accusation infame des hommes devoues a leur foi jusqu'au martyre; et voila que l'imposture retombe sur vos tetes! N'est-ce pas justice ?

Le lecteur a du remarquer, non pas seulement dans cette partie de la discussion, mais dans toute son etendue, la difference qui existe entre la polemique de nos adversaires et la notre. En meme temps qu'ils appuient leurs injures sur les temoignages de nos ennemis les plus ardents, les plus aveugles par la haine religieuse, ce qui exclut toute idee d'impartialite et imprime a leurs ceuvres un cachet de d&iigrement systematique qui saute aux yeux, de notre cote, nous n'empruntons pas une ligne, pas un mot aux nombreux ouvrages des membres de notre Eglise. Tel est l'avantage de notre position en face de nos adversaires, que la reponse a toutes leurs attaques a 6te prise dans leurs propres ecrits. Ceci est significatif.

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