MORALITE ET DU BON ORDRE QUI REGNAIENT DANS CETTE COMMUNAUTE
(Bibl. univ. )
Tels sont, vus de pres par des hommes strangers a l'Eglise, mais honnetes et veridiques, ces memes Mormons que nos ennemis presentent comme une horde de miserables affames et livres a la plus honteuse immoralite.
Voici maintenant M. Pichot (p. 287) :
« Les Mormons ont des journaux politiques aussi bien que des journaux religieux, mais dans lesquels la politique se confond avec la religion, la presse periodique etant, plus qu'aucune autre forme de la litterature, « l'expression d'une societe. » Le sommaire d'un seul de ces journaux fait entrevoir que dans la theo-democratie mormone il y a place pour les prosa'iques interets de la vie habituelle. Ainsi le Ueserel-lSews du 16 avril 1853, feuille populaire, avec l'epitaphe Verile el Liberie, quoique n'etant pas d'un tresgrand format, contient un peu de tout, et, en attendant le romanfeuilleton (prevision hasardee de l'auteur), consacre une colonne aux anecdotes, aux bons mots, aux petits vers. Disons que les anecdotes et les bons mots sont tres-decents, et que la poesie, signee d'un nom de femme, miss E.-R. Snow, est inspiree par la piete la plus virginale. »
Le Journal des Debats termine ainsi un feuilleton consacre aux Mormons (Debats du 7 novembre 1850) :
« Quoi qu'on pense de la religion des Mormons, nous devons croire a leur moralite, au desir qu'a leur gouvernement de la developper, et a l'excellence de ses vues, si on l'estime par ses actes. Nous n'en citerons qu'un seul ; il est date du 4 juillet dernier, et se compose de trois articles :
» Art. ler. II est ordonne par l'assemblee generale que toutes les liqueurs spiritueuses mises en vente dans l'Etat de Deseret acquitteront une taxe de cinquanlc pour cent de leur prix tie vente.
■» Art. 2. En consequence, l'assesseurxet le collecteur des taxes auront a lever le dit impot dans la forme prescrite par l'ordonnance rendue le 10 Janvier 1850.
» Art. 3. Tous fers, aciers, fontes, verres, clous, quincaillerieSj
poteries, couleurs, huiles essentielles, teintures, thes, cafes, sucres, riz, melasses, fruits sees et autres epiceries, m6dicaments, bottes, cbaussures et toutes especes de cuirs et peaux , sont exempts de tous droits. »
II appartenait a un organe respectable comme les Debats de faire une appreciation aussi judicieuse, aussi eclairee. Un gouvernement qui , dans le meme acte , frappe d'un enorme impot les liqueurs spiritueuses et affranchit de tous droits les choses necessaires ou utiles , donne la mesure vraie de sa moralite. Qu'importent , apres d'aussi honorables attestations, les assertions des Avard, des Hulbert , des Caswall , des Ely , des Boggs , des Bennett , ple'iade de diffamateurs ehontes, d'histrions, d'oppresseurs, d'apostats, de gens sans religion ni moralite? Qu'importe si leurs calomnies sont rechauffees , parodiees et surcharges en Europe par les Guers et les Favez , quand elles sont dementies par les Pichot , les Kane , les Gunnison , la Presse, le Journal des Debats, M. Stansbury et le Moniteur universel lui-meme , par les hommes les plus recommandables, par les journaux qui occupent un rang eleve parmi les organes de la pens^e publique , et qui planent de toute leur hauteur sur les miserables tripotages , sur les tenebreuses infamies qu'engendre la jalousie des sectes? Oh! nous sommes bien venges !
Nous avons nomme le capitaine Stansbury et le Moniteur universel; nous terminerons par des extraits de l'un et de l'autre. Ges documents fourniront au lecteur les details necessaires pour se former une id^e assez exacte de nos principes et de notre maniere d'etre en Amerique, en dehors de nos doctrines religieuses, pour l'etude desquelles nous renvoyons aux livres de l'Eglise. Laissons parler in Moniteur (N° du 1er avril 1853) :
« ....La construction du temple avancait rapidement. La propagande aux Etats-Unis et en Angleterre amenait sans cesse de nouveaux proselytes dans la ville sainte, car ce n'est point par quelques meurtres qu'on arrete les progress d'une secte ; il faut un grand massacre , line Saint- Barthelemy pour l'etouffer. Un si grand crime est heureusement impossible au dix-neuvieme siecle ; mais la haine des Gentils ne demeura pas inactive. Dans l'automne de 1845, les hostilites contre les Mormons recommencerent plus violentes que jamais. On brulait leurs meules et leurs fermes, on assassinait des fermiers. De la part des sectaires il y eut des represailles sanglantes. On manque de renseignements precis sur les motifs qui pousserent les habitants de l'lllinois a une espece de confederation generale contre la cite de Nauvoo. Les reproches adresses aux Mormons sont trop vagues pour qu'il soit possible de leur donner creance. Quelques journaux denoncent leur ville comme un repaire de faux monnayeurs et de brigands ligues contre la society. De leur cote, les Mormons defient leurs adversaires de citer un fait de leur dCsobeissance aux lois. « Si » des hommes perdus de crimes , disent-ils , ont trouve » momentanement un asile a Nauvoo, jamais ils n'ont fait » partie de notre Eglise ; jamais nos magistrats n'ont hesite » a preter main-forte aux ministres de la justice pour » poursuivre ces ennemis de la societe. »
» Tels sont les crimes reproches aux Mormons; telle est leur justification. Discerner la verite de si loin n'est pas chose facile, et cependant, il faut le dire, toutes les apparences sont en faveur des sectaires. Mais le prejuge etait contre eux. Ils se disaient , ils etaient etrangers au milieu de leurs compatriotes. Ils etaient plus riches, plus habiles, plus heureux dans leurs speculations que leurs voisins.
lis sentaient leur superiority et s'en montraient orgueilleux. G'en etait assez pour qu'on les chargeat de tous les crimes.
» Apres de longues negotiations , pendant lesquelles la guerre civile fut plusieurs fois sur le point d'eclater dans l'Etat d'lllinois , les Mormons , toujours abandonnes par le gouvernement federal , delibererent , l'inspiration aidant , de quitter encore une fois leurs foyers, et d'aller par-dela les Montagnes-Rocheuses chercher une patrie tellement eloignee des Gentils, qu'ils n'eussent plus de longtemps a craindre leur malice. Alors une espece de capitulation eut lieu entre les chefs de Nauvoo et le gouvernement de l'lllinois 7 par laquelle les premiers s'engagerent a evacuer le pays, le second a les garantir contre toute molestation pendant le temps n6cessaire pour leurs preparatifs. On verra comment cet engagement solennel fut observe.
» Le pays, au-dela desMontagnes-Rocheuses, etait alors aussi peu connu que l'interieur de l'Afrique Test encore aujourd'hui ; ce qu'on en savait, on le tenait du rapport de quelques Indiens et de ces hardis chasseurs qui vivent a la limite de la civilisation , et dont Fenimore Cooper a poetise le caractere. Pour parvenir aux montagnes , on savait qu'il fallait traverser d'immenses prairies infestees par des bandes nombreuses d'Indiens belliqueux, les Sioux, les Grows et les Schoschones. La, le bois est rare, le fourrage mil pendant l'hiver et pendant une partie de I'ete. De larges rivieres, des ravins profonds opposent a la marche des cara vanes des obstacles infranchissables. Pour trouver des gues ou des passages , il est necessaire de se detourner continuellement de la ligne directe qui conduit aux montagnes. Au pied de cette chaine toujours couverte de neiges, de nouveaux dangers, de nouvelles fatigues
attendent le voyageur. Fondrieres, glaciers, precipices bordent les passages des Montagnes-Rocheuses. Au-dela, on connaissait vagueraent Fexistence d'un grand lac sale , espece de Mer-Morte, dont les rivages etaient ou un desert, ou une Terre promise : pcrsonne ne le savait encore. C'est vers ces lieux que les Mormons resolurent de se diriger pour y fonder leur quatrieme ville sainte.
» Au commencement de l'hiver de 1846, leurs premieres colonnes se mirent en marche, precedees d'eclaireurs charges de reconnaltre le pays et de signaler les passages les moins difficiles. D'immenses convois de chariots les suivaient , tralnes par des mules et des bceufs , et charges de meubles, d'ustensiles aratoires, de tentes et de provisions. La marche etait lente. On campait souvent plusieurs semaines dans le meme lieu, tandis que des detachements de travailleurs tracaient une route pour franchir une crevasse ou jetaient un pont sur une riviere. Des laboureurs, cependant, defrichaient en avant de vastes espaces et les ensemencaient , afin de preparer des provisions a leurs freres qui viendraient apres eux.
» Lorsque le soleil a dess6che les hautes herbes des prairies, les troupeaux ne peuvent plus y trouver leur nourriture, abondante au printemps et apres les premieres pluies d'automne. II fallait pre voir ces dangers du climat, se tenir en garde contre ces changements de saison , et se preparer des camps sur les bords des rivieres , dans les pays boises, ou bien sur des collines ou la vegetation n'est pas brulee par la secheresse.
» Pour la marche, point de route tracee ; on s'avancait la boussole a la main. Tantot les convois d' emigres sillonnaient peniblement de vastes marecages, ou, plusieurs fois dans la meme journee , il leur fallait decharger et re-
charger leurs chariots ; tantot ils entraient dans des plaines arides qui leur faisaient endurer tous les tourments de la soif et decimaient leurs troupeaux. Plus loin, exposes a des rafales de neige et de pluie, ils etaient obliges de bivouaquer sans feu sur une terre nue, humide et glacee. Quelquefois la lueur d'un incendie devorant les hautes herbes jetait l'effroi dans la caravane, et il fallait des prodiges d'energie pour ecarter le fleau.
» Aux approches de l'hiver de 4 847, les Mormons fonderent une ville provisoire de baraques et de huttes baties de boue et de branchages , en attendant que la neige eut cesse de couvrir les prairies. Ils avaient amene de Nauvoo une musique militaire qui se faisait entendre dans toutes leurs haltes. Qui le croirait? en butte aux tourments de la soif, de la faim; exposes a toutes les miseres de la vie errante, ces hommes de fer ne perdirent jamais leur gaite. Lorsqu'ils s' etaient entour^s d'un retranchement de chariots, lorsqu'ils avaient parque" leurs troupeaux , rentre" le fourrage ; lorsque les detachements envoyes pour faire du bois et de l'eau avaient assure a la troupe un jour d' existence , les predicateurs commencaient une priere , une exhortation ; les pelerins entonnaient un hymne d' actions de graces , puis la musique faisait entendre dans le desert cles valses et des contreclanses ; et, sauf la rarete des habits noirs et des gants jaunes , sauf des costumes un peu sauvages , des mines un peu etranges , on aurait pu se croire dans un bal champetre aux environs d'une grande ville. » L'ordre que les chefs avaient introduit dans les colonnes d' emigres 6tait admirable ; jamais troupe disciplined ne se garda mieux, ne campa, ne bivouaqua avec plus de r6gularite\ Ni la marche ni la fatigue n'interrompaient le travail. Les femmes filaient assises sur les chariots. A chaque
halte on entendait le bruit des marteaux et des metiers. En route on faisait du drap et de la toile ; on forgeait des essieux de voitures , des instruments de labourage ; on tannait avec du goudron et a la fumee les cuirs des animaux dont la caravane se nourrissait. Jamais , quelle que fut sa situation , elle ne manqua a celebrer le dimanche par un repos complet pour les hommes et les animaux , et peut-etre n'est-il pas inutile de dire ici, comme un fait qui permet d'apprecier le caractere des Mormons, que pendant toute la duree de leur pelerinage, on ne vit personne maltraiter les boeufs et les mules qui trainaient les chariots. C'est a cette douceur et aux soins constants qu'ils apportaient a menager leurs attelages, qu'ils durent en grande partie de surmonter heureusement tant d'obstacles.
» Au milieu de leurs campements, lescorbut et le typhus les atteignirent , et en peu de jours firent de nombreuses victimes. Des families d'^migrants furent enlevees tout entieres, et il n'y eut guere de detachement qui ne perdit un tiers de son effectif. lis avaient fait provision de medicaments aussi bien que d'armes et de meubles de toute espece ; mais personne n'avait songe a emporter des cercueils. Pour des hommes de race anglaise, etre porte dans la terre a demi-nu, sans une biere bien close, c'est une aggravation a la mort. Dans notre vieille Europe, au sein de nos grandes villes , on a vu plus d'une fois , dans les epidemies, les cadavres abandonnes sans sepulture. Les Mormons imaginerent de creuser peniblement des troncs d'arbres qu'ils allaient chercher fort loin, et d'y renfermer leurs morts. lis ne manquerent jamais a ce pieux devoir, et Ton peut aujourd'hui calculer leurs pertes et suivre leurs traces aux amas de pierres soigneusement entassees le long de la voie qu'ils ont suivie.
» Pendant que les premieres colonnes des Mormons traversaient peniblement la prairie et frayaient parmi les plus rudes fatigues une route aux freres qui allaient les suivre, le reste des citoyens de Nauvoo travaillait avec un redoublement de zele et d'activite a l'achevement du temple. lis s'etaient fait un point d'honneur, un devoir religieux de n'abandonner leur patrie qu'apres avoir consacre ce monument mysterieux de leur culte. Au jour fixe , un grand nombre d'etrangers arriverent a Nauvoo de toutes les parties de 1'Union. Quelques-uns avaient abandonne leurs campements de la prairie pour assister a cette solehnite douloureuse ; car ce temple , eleve de leurs mains , decore des offrandes du riche et du pauvre , allait bientot etre abandonne aux Gentils. Un instant cette ville, vouee a la destruction, reprit une apparence de vie et se para pour sa derniere fete. Les ceremonies sacrees s'accomplirent , et quelques heures apres tous les mysterieux ornements du temple disparurent, la foule des pelerins se dispersa, et le plus grand nombre reprirent tristement le chemin du desert.
» Les derniers travaux pour l'achevement du temple avaient cependant ranime la haine des Gentils de l'lllinois. lis savaient que les Mormons avaient rendu les armes qu'ils avaient recues du gouvernement ; ils avaient vu la fleur de leur jeunesse partir pour les Montagnes-Rocheuses , et ils espererent avoir bon marche du reste. Au mepris de la convention juree, un corps d' environ deux mille hommes, avec du canon, se presenta devant Nauvoo, esperantsurprendre la ville. Ils furent chaudement repousses par une petite troupe de trois cents hommes de la legion de Nauvoo, commandee par un general Wells. Ce fut seulement lorsque le dernier detachement des exiles se fut mis en
inarche que la horde assiegeante penetra dans la ville. Elle y celebra sa facile victoire par des orgies , et bientot par l'incendie du temple, qui n'offre plus aujourd'hui que l'aspect d'une ruine ancienne.
» En meme temps que Immigration apprenait , dans le desert, la perfidie cle ses ennemis et recevait cette nouvelle preuve de l'indifference ou de l'impuissance du gouvernement a faire respecter les promesses les plus sacrees, un message du president des Etats-Unis venait sommer les exiles, comme citoyens de l'Union, de fournir leur contingent a Tarmee federate , qui se disposait alors a attaquer la republique du Mexique. II n'y eut pas un moment d'hesitation. La loi commande, il faut obeir. Le lendemain de la reception de cet ordre , un bataillon de cinq cent vingt hommes partait pour la Nouvelle-Californie, pret a verser son sang sous ce drapeau dont l'ombre ne les avait jamais proteges. En ce moment , bien qu'ils se trouvassent sur le territoire d'Indiens nombreux et assez mal disposes a leur livrer passage , les exiles se separerent , sans murmurer, de la fleur de leurs soldats. On vit alors les femmes remplacer les hommes dans une partie de leurs travaux. Elles guidaient les attelages, et parfois conduisaient les charrues. Le malheur et le sentiment religieux avaient uni les sectaires qui semblaient ne plus faire cm' une famille. Dans les marches , chacun abandonnait son chariot pour relever ou reparer celui d'un camarade. Le riche partageait son pain avec le pauvre ; et si de tels actes ont valu aux Mormons le reproche de communisme , souhaitons a toute l'Europe de n'en voir jamais que de semblables !
» Le 21 juillet \ 847, apres dix-huit mois passes dans le desert, Favant-garde des Mormons arriva sur les bords du Grand Lac-Sale. Quelques jours apres un terrain avait ete
consacre pour l'emplacement d'une ville , et tout autour on voyait des bceufs labourer la terre , des hommes ensemencer , planter, arroser. Les colons s'occupaient activeraent a distribuer, dans des canaux d'irrigation, les sources d'eau vive qui tombent des montagnes pour se perdre dans le Lac-Sale. D'autres profitaient de ces ruisseaux pour 6tablir des moulins et des scieries. En Janvier 1848 ils avaient bati un fort capable de repousser toutes les tribus indiennes du Nouveau-Monde. Six mille acres avaient 6te enclos de palissades, selon l'usage americain, et une population de plus de cinq mille personnes etait fixee dans la ville nouvelle, qui porte le nom de De'seret, mot mysterieux qui, dans la langue des anges, signifie la cite de I'abeille. Les Mormons ressemblent, en effet, a I'abeille par leur activite incessante et leur faculte de changer de demeure sans changer de caractere. Pour eux, le travail est une loi divine. « Nous sommes. disent-ils, les fermiers du Tres- » Haut ; notre devoir est d'ameliorer son champ , pour » qu'il en nourrisse ses Saints. » On ne voit pas un individu inoccupe dans leurs pays. Le president-prophete , M. Brigham Young, est charpentier, et, a ce qu'il paraij, charpentier fort habile. Joseph Smith , en raison de ses inspirations continuelles qui lui prenaient beaucoup de temps, est le seul Mormon qui ait ete dispense de travailler de ses dix doigts.
» Aussi, pas un pauvre parmi eux. Je me trompe : apres avoir construit des 6coles , un hotel-de-ville , un caravanserail pour les etrangers, ils penserent a batir un hospice pour les pauvres. En gens prudents qu'ils sont , ils voulurent savoir combien de leurs freres avaient besoin des secours de la communaute : il y en avait deux, qui se sont peut-etre enrichis depuis lors. »
Nous avons nomme aussi le colonel Kane. L'auteur des Mormons illustrds lui a emprunte le rapport qu'il a fait a la Socidtt historique de Pensylvanie , le 26 mars 1850, ( Historical Society of Pennsylvania , March 26 , \ 850 ) , sauf la partie qui lui a sans doute paru trop favorable a notre Eglise, et qu'il a tout simplement laissee1. C'est une lacune que nous allons combler.
« Je viens d'accomplir la tache que m'avait imposee I'invita-
tion de votre comite. Je l'ai fait aussi completement que possible, sans abuser de votre bienveillante patience. Mais je ne dois pas terminer sans exprimer en quelques mots precis Fopinion que j'ai congue et que je conserve des Mormons; les libelles diriges contre eux m'en font un devoir de conscience. Peut-etre aussi mon opinion sera mieux comprise apres l'expose que je viens de faire.
» Je vous ai parle d'un peuple que son industrie a enrichi, autour duqual elle a rassemble tout ce qui constitue l'abondance, le confort, le luxe d'une vie raffinee. Je vous les ai montres repousses jusque dans les lieux sauvages par la brutalite et contre toute justice ; cherchant sur un sol vierge un foyer bien loin des lieux qui leur etaient chers ; s'avangant prives du necessaire, endurant la faim et decimes par la maladie; emmenant peniblement avec eux leurs femmes et leurs enfants, les vieillards, les pauvres, lesinfirmes; remplissant chaque jour, durant leur marche. les devoirs du Chretien; resserrant les liens de la famille, de l'amitie, de la charite; partageant le necessaire et bravant le danger; joyeux au milieu des privations, et perseverants jusqu'au triomphe. Je vous ai parle d'hommes qui, menaces par la famine, atteints par la contagion, mais toujours doues de l'energie qu'exigeait la necessite du moment, construisaient des routes et des ponts, traqaient des villages
1 M. Pichot, moins scrupuleux encore, s'approprie, dans le commencement de son ouvrage, environ trente-cinq pages du rapport de M. Kane; puis, sans indiquer qu'il cesse de transcrire cet ecrivain, il l'abandonne neanmoins et se met a reproduire les calomnies des methodistes americains , laissant croire au lecteur que ces choses sont empruntees au colonel Kane, qui s'est bien garde de les reproduire, car il en connaissait la faussete. Nous devions signaler cette petite trabison de M. Pichot.
et preparaient des champs de ble pour ceux qui viendraient apres eux, pour des hommes auxquels ils tenaient par une nature commune, peut-etre par une souffrance commune; d'hommes qui ont ramene la prosperity dans leurs maisons fondees au desert, et qui, dans leur cite a peine batie, etendent leur pieuse hospitalite sur les emigrants en detresse; d'hommes qui, loin du frein des lois, y obeissent par pure volonte, ou trouvent au fond de leur religion quelque chose qui n'est pas en contradiction avec les lois humaines, qui en est meme la consecration, et qui sollicitent actuellement du gouvernement des Etats-Unis,non une indemnite, car leur appel serait sans espoir, et ils le savent, — non une protection, car aujourd'hui ils n'en ont pas besoin, — mais cette identite destitutions politiques, cette communaute de lois avec nous, qui etait sans contredit leur droit de naissance quand ils furent pousses au-dela de nos limites.
» J'ai dit que je voulais vous exprimer 1'opinion que je me suis creee des Mormons ; vous pouvez en tirer une pour vous-meme de ces faits. J'ajouterai que je u'ui pas encore enleudu une seule accusation diriciee contre evx comme peuple, contre la purete habituelle de leur vie, leur probite dans le commerce, leur tolerance pour les divergences d'opinion religieuse, leur respect pour les lois et leur devouement au gouvernement constitutionnel sous lequel nous vivons, que je ne sache parfaitement, par mes propres observations ou le temoignaye des aulres, etre denuee de tout fondement. »
Quand ce rapport fut publie , nos ennemis d' Amerique eurent recours a diverses manoeuvres pour tacher de decider l'honorable colonel Kane a retracter ou attenuer les eloges qu'il accorde aux Mormons. Ces indiscretes sollicitations lui inspirerent le post-scriptum suivant , public avec la seconde edition de son rapport :
'< J'ai ete peine des commentaires que ce discours, ecrit a la hate, a fait surgir. De bienveillants amis sont alles jusqu'a m'inviter a attenuer les remarques qu'il renferme en faveur des Mormons, et cela dans le but de les faire accepter plus volontiers. Je ne puis que les repeter en termes plus formels. La verite doit etre respectee. Non seulement je n'entends pas revoquer en doute que les Mormons ne
tombent en aucune fac,on au-dessous de notre propre niveau sous le rapport de la moralite, mais je veux qu'il soit clairement compris * que j'assigne a ceux de leurs membres avec lesquels j'ai ete en relation dans 1'Est, une rectitude de conduite et une purete de caractere au-dessus du commun des societes ordinaires.
» Tout ce que je puis faire pour temperer mon temoignage, sera d'indiquer les causes auxquelles, moi qui crois aux compensations dans la nature, j'ai attribue cette moralite remarquable.
» Les Mormons ont ete, en realite, broyes et passes au crible par le malheur. Ceux d'entre leurs chefs dont le mobile elait l'intrigue les ontlaisses pour chercher ailleurs de plus brillantes perspectives. Ceux qui restent de la vieille souche sont les masses, toujours honnetes, prises en general, et sinceres meme dans l'erreur; et leurs guides sont un petit nombre d'hommes choisis etloyaux, peu verses dans les intrigues des synagogues, et plus connus par les services qu'ils rendent que par les cadeaux qu'ils regoivent. Voila les hommes que j'ai rencontres dans la prairie, prenant leur part d'affliction avec l'afflige, de pauvrete avec le pauvre. Leur chef a tous, homme d'un rare devouement, a la sage direction duquel ils doivent surtout leur prosperity presente, conduisait lui-meme son attelage de boeufs et portait sur ses bras son enfant malade.
» Le fait s'explique de lui-meme : c'est que ceux-la seulement voulurent entreprendre leur terrible pelerinage de penitence, que le sentiment religieux d'un devoir entraina a sacrifier le monde a leur religion. Les Mormons que j'ai connus prenaient tous, autant que j'en peux juger, part au sacrement, etaient des personnes de priereet de foi, et leur resignation, leur temperance, leur hero'isme, leurs efforts a poursuivre cet age d'or de la fraternite chretienne, ne f urent que la manifestation de leur sentiment religieux , toujours present et se fortifiant sans cesse.
» Ce fut M. Brigham Young que les Mormons choisirent pour gouverneur du Deseret. Cet homme, ainsi que MM. Heber C. Kimball et Willard Richards, nommes par le meme peuple aux fonctions de lieutenant-gouverneur et de secretaire, ayant ete le point de mire de divers libelles, il est de toute justice que je constate que je les ai intimement connus. J'ai trouve dans . M. Kimball un homme d'une generosite et d'une purete de caractere remarquables , et dans M. Richards un gentleman sans affectation, un savant agreable, doue des connaissances les plus variees. La probite de ces trois hommes ne peut nullement etre mise en question. »
Le colonel Kane termine ce post-scriptum en expliquant les calomnies qui ont precede 1' expulsion des Mormons de l'lllinois et du Missouri. Les biens dont ils ont ete depouilles sont generalement lvalues a plus de vingt millions de dollars , et les auteurs et propagateurs de ces calomnies sont, comme on le suppose bien , ceux qui ont profile de la spoliation, et qui n'aimeraient pas a rendre les biens dont ils sont detenteurs. Geux-la sont effrayes des progres des Mormons, de leur prochain espoir d'etre admis comme Etat de 1' Union , parce qu'ils redoutent l'epoque ou ils pourront obtenir justice ou se la rendre par eux-memes, et cette crainte est la source des calomnies permanentes qu'ils dirigent contre eux, dans l'espoir de reculer indefiment le moment ou il faudra restituer ce qui leur a ete violemment enleve.
Le Moniteur et le colonel Kane nous ont presente les Mormons sortant des Etats-Unis et cberchant une patrie dans le desert : M. Stansbury va nous les depeindre dans leur nouvel etablissement, ou il a sejourne assez longtemps au milieu d'eux :
« La capitale est construite sur la plus vaste echelle ; elle a a peu pres quatre milles de longueur et trois de largeur. Les rues, qui se coupent a angles droits, auront une largeur de huit verges, soit cent trente-deux pieds anglais, avec des contre-allees de vingt pieds. Les ditlerents quartiers , chacun de quatre cents verges carrees ( six cent soixante pieds de cote), sont divises en huit lots, et d'apres une ordonnance municipale, les maisons doivent etre alignees a vingt pieds en arriere de la limite du lot , de facon a laisser un large espace plante d'arbres et de bosquets.
» La position de la ville est magiiifique. Batie au pied des monts Wahsatch qui l'environnent de leurs derniers mamelons, elle est baignee au nord par le cours du Jourdain, tandis qu'au midi s'etend une vaste plaine arros^e par de nombreux ruisseaux qui descendent des collines , apportant , avec la fralcheur de leurs eaux , la fertilite et la richesse. Dans la ville meme , un cours d'eau limpide , dirige par une canalisation ingenieuse aux deux cdt6s de la rue , se repand ensuite dans les jardins , ou il couvre d'une belle verdure ce qui n'etait que desert et aridite il y a bien peu d'annees. Au nord et au midi, les pontes adoucies des montagnes forment de spacieuses terrasses d'ou l'on peut contempler toute la vallee du Jourdain jusqu'aux sommets abruptes qui la terminent, en enfermant dans leurs rochers le gracieux lac d'Utah.
» A peu de distance au nord Ton voit sourdre du pied de la colline une source d'eau chaude , que des conduits amenent j usque dans un etablissement de bains aussi vaste que confortable ; non loin, une autre source d'une temperature si elevee qu'il est impossible d'y tenir la main, sort a gros bouillons d'un rocher perpendiculaire pour former un petit lac, ou viennent s'abattre en hiver et en et6 d'innombrables poules d'eau attirees par la tiedeur de ses ondes. Au-dela du Jourdain, enfin, de nombreux troupeaux trouvent d'excellents paturages dans de vastes steppes couvertes d'une herbe tres-dure , mais tres-nourrissante, particuliere a ces regions, tandis que les terrains bas qu'arrose la riviere donnent chaque annee une ample moisson de fourrages.
» La constitution nouvellement adoptee est maintenant en pleine vigueur , ainsi que les pouvoirs executif , legislatif et judiciaire qu'elle a crees. Dans les frontieres
du Deseret , la justice est equitablement rendue a tous , Elus ou Gentils, et j'ai pu moi-meme en faire l'experience personnelle en trouvant un beau matin une vingtaine de nos mules mises en fourriere pour quelques injures qu'elles s'etaient permises envers le ble d'un elu. Pour en recouvrer la possession , il me fallut payer une amende fixee par le juge et un ample dedommagement au proprietaire pour le tort cause a sa recolte. Les troupes d'emigrants en passage soumettent continuellement leurs differends a ces tribunaux, tant ils sont certains d'en obtenir bonne et valable justice, car toute la colonie se leverait au besoin pour appuyer le pouvoir meconnu de ses magistrats , et jamais on n'a recours en vain a leur intervention. Je me souviens , en particulier , d'une expedition de deux cents hommes envoyes a la recherche de brigands qui avaient depouille .des emigrants en Galifornie. Les malfaiteurs furent poursuivis dans le desert et amenes prisonniers avec tout leur butin, qui fut rendu a ses proprietaires legitimes.
» Quoique le gouvernement supreme ait tous les caracteres exterieurs d'une organisation civile, on ne peut cependant se dissimuler qu'il est intimement lie a l'administration spirituelle de l'Eglise. Le premier gouverneur civil de l'Etat , elu en vertu de la constitution , a ete Brigham Young, le chef de l'Eglise ; le lieutenant-gouverneur est son premier vicaire , le secretaire d'Etat le second, et a eux trois ils composent la prdsidence. Les ev&ques des differents quartiers , jouissant deja par leurs charges d'une juridiction temporelle et spirituelle , ont ete revetus des fonctions de juges de paix. Et ce double caractere , cette union intime de l'Eglise et de l'Etat , tendent a envahir toute la sphere de la vie publique : il est de
jour en jour plus difficile de determiner les limites respectives des deux pouvoirs.
« L'institution d'un gouvernement civil a ete, ainsi que nous l'avons deja dit , une necessite qu'il a fallu subir en raison de la population mixte que recevait la colonie dans son developpement ; mais il etait naturel aussi que la majority de ce peuple choisit pour le diriger les hommes en qui il avait foi , qui l'avaient guide dans le desert , qui avaient preside a ses premiers progres. C'est ainsi que peu a peu les deux autorites ont tendu a se confondre, et que Yev6que, pretre pour les uns, n'est qu'un magistrat pour les autres ; mais reconnu et choisi par tous , il etaie sa juridiction tantot sur la loi religieuse, tantot sur la loi civile, selon que ses justiciables sont ou non ses ouailles.
» Le president est un homme d'un esprit clair , d'un jugement aussi sain que profond ; il sent la responsabilite qui pese sur lui , et s'est devoue tout entier a la bonne renommee et a la prosperite de la nation singuliere qu'il dirige. Ressentant vivement tout ce qui pourrait tendre a la rabaisser ou a en denaturer le caractere, sans cesse il poursuit le progres de la moralite, de 1' intelligence, de la richesse de son peuple. II en possede la confiance illimitee dans toutes les affaires publiques ou privees , et pour y repondre , lui et ses conseillers sont consacres tout entiers a son bonheur. Le choix qu'on a fait de cet homme, comme gouverneur du nouveau territoire , est un acte de haute convenance et de bonne politique. Resolu dans le danger, ferme et sage dans le conseil, prompt et energique dans l'occasion, il connait parfaitement le caractere, les besoins , les faiblesses de ceux dont il a ete le Mo'ise dans le desert , dont il est actuellement le magistrat et le Pruphete. Pouvant disposer de la richesse de toute la colonie,
jamais son integrite personnelle n'a suscite le moindre soupcon '. Tout autre choix par le pouvoir central eut ete suspect ou odieux aux Mormons.
» La conduite des Mormons en vers la foule de ceux qui traversent leur territoire a toujours ete droite et equitable; jamais ils n'ont profite de la situation de ces malheureux pour leur vendre les vivres plus chers qu'ils ne les achetent eux-memes ; les accusations contraires sont, je l'af— firme, erronees ou calomnieuses.... En un mot, tout, au milieu de ce peuple, offre l'aspect d'une societe tranquille, industrieuse et aussi bien reglee qu'aucun des Etats de l'Union. Ils respectent la propriete et la liberte religieuse, et rien n'est aussi loin de leur foi et de leur pratique que cette doctrine du communisme dont on les accuse , avec tant d'injustice, d'adopter les errements.
» II est certain que la polygamic existe ouvertement
1 L'Jvenir, journal methodiste religieux de Geneve, a reproduit, dans son numero du mercredi 18 fevrier 1852, une lettre originairement publiee par le Christian Times de Londres. Cette lettre, due a la plume de quelque ministre methodiste dont on n'ose pas donner le nom, repetee et commentee par les feuilles emanant de cette meme secte, renferme un long tissu d'impostures auxquelles nous n'avons pas juge a propos de repondre autrement que par un profond mepris pour la mauvaise foi de ses auteurs et editeurs. Nos ennemis, en effet, n'ignorent pas que Brigham Young est a la fois le chef de l'Eglise et le gouverneur civil du territoire d'Utah. Cela dit, qu'on nous permette de citer une seule phrase de cette lettre, et que Ton juge si 1'auteur, le Christian Times, et apres lui V Avenir de Geneve, se moquent suffisamment de leurs lecteurs :
« Le chef actuel de cette secte » (Brigham Young) « a du comparaitre devant le gouverneur de ce territoire » (qui est le meme Brigham Young) « pour le fait d'avoir vingt-six femmes; de plus, cetindividu a ete recemment convaincu de soustraire au gouvernement l'argent qui lui passait entre les mains. »
Et cet individu. qui a ete reelu par le president des Etats-Unis,est encore aujourd'hui (septembre 1854) gouverneur du territoire ! Est-ce assez d'impudence ?
parmi eux, et qu'il n'est pas besom, pour s'en convaincre, d'un bien long examen ou cle beaucoup de clairvoyance. Le president lui-meme proclame depuis la chaire qu'il lui est parfaitement permis de prendre mille femmes si cela lui convient , et je l'ai entendu defier ses auditeurs de lui montrer dans la Bible un seul passage ou un tel usage flit defendu.... Gette union est consideree comme vertueuse autant qu'honorable, et la dame garde toute l'estime de la societe ; son alliance meme , contracted sous les auspices de la seule veritable Eglise , est bien plus sacree qu'aucun mariage des Gentils , parce que non seulement son caractere terrestre est evidemment releve , mais surtout parce qu'elle influe sur la vie a venir des conjoints. G'est , en effet, un dogme reconnu par 1' Eglise que nulle femme ne peut parvenir a la gloire celeste sans mari ; que pour que l'homme puisse y aspirer, il lui faut au moins une femme, et que son rang plus ou moins eleve dans le Paradis sera proportionne au nombre de ses compagnes terrestres.
» Les Mormons repoussent avec indignation l'idee que le mobile d'un pareil systeme pourrait bien n'etre qu'une sensualite purement humaine ; suivant eux , leur unique but est « d'elever au Seigneur une generation sainte » qui etablira son regne sur la terre. lis recommandent beaucoup la puret6 des moeurs dans les relations domestiques, et n'hesitent pas a declarer que lorsqu'ils auront le pouvoir de se donner des lois, apres leur annexion aux Etats- Unis, ils puniront des peines les plus severes toute infraction aux regies de la chastete; la mort meme ne leur semble pas un chatiment trop rigoureux pour de semblables crimes.
» En fait , j'ai trouve les resultats de cette doctrine de la pluralite des femmes fort differents de ceux auxquels je
m'attendais. II est vrai qu'en ma qualite cPetranger et Gentil , je n'ai guere pu recueillir que des notions tressuperficielles. Mais la paix , l'harmonie et la gaite paraissaient dorainer la ou des idees pr^concues m'auraient fait croire a de petites jalousies , a des disputes , a des querelles. La confiance et 1' amour fraternel regnaient dans l'interieur des families, et les bons rapports entre voisins, les fetes et les bals, qui s'echangeaient de maison en maison , constituaient une societe v6ritablement agreable. Le president , accompagne de sa nombreuse famille , honore souvent de sa visite ces reunions amicales ; il y est toujours un hote bien accueilli et fete ; sa presence y tempere la gaite" trop bruyante de la jeunesse , et souvent il termine par la priere les rejouissances de la soiree.
» Les habitants de la ville du Grand Lac-Sale s'occupent avec ardeur de la creation d'une fabrique de drap, ou les troupeaux, qui paissent dans les admirables paturages des montagnes voisines , fourniront une matiere premiere remarquable par sa beaute. Une poterie, une coutellerie sont en pleine activite ; et bientot une raffinerie, qui commence a prosperer , va fournir tout le sucre de betterave necessaire a la consommation du pays.
» Au milieu de tous ces efforts pdur le dOeloppement de leur prosperite materielle, les Mormons n'ont point perdu de vue les progres de l'intelligence. Des fonds considerables en terre et en argent ont ete consacres a la fondation d'une universite, dont 1' emplacement a ete d&sign6 et entour6 de murs sur l'une des terrasses qui dominent la ville, et ceux qui aspirent a y enseigner un jour sont deja occupes a recevoir une instruction preparatoire.
» Chaque village a son 6cole que frequentent enfants et
vieillards ; rien , en un mot , n'est neglige pour repandre l'instruction et favoriser la vie intellectuelle dans le peuple. » Si Ton se souvient que cette contre^e prospere n'etait, il y a quatre ans, qu'un desert aride et sauvage, ou le hurlement du loup et le cri de guerre du miserable Indien reveillaient seuls les 6chos de la montagne ; ou l'ours , le daim et l'antilope parcouraient solitairement le rivage que couvre maintenant une cite populeuse ; si Ton se represente tous les obstacles qu'opposait la nature a l'occupation de ces lointaines regions, obstacles de decouragement et de terreur, comment ne pas etre rempli d' admiration1? Pourquoi s'obstiner a meconnaitre d'aussi magnifiques resultats, qui ont jailli, en quelque sorte, des plus insignifiants debuts , et dont bien peu d'annees ont vu la naissance et le rapide developpement ? »
Nous voici au terme de notre tache. Elle 6tait tellement complexe, les attaques de nos ennemis etaient tenement diverses et multiples , que nous n'avons pu mettre dans cette discussion l'ordre et la precision qu'elle exigeait peut-etre. De plus , nous avons du negliger , pour ne pas trop grossir cet opuscule, une foule de documents propres a confirmer nos assertions et a confondre nos calomniateurs. Ce que nous pouvions prouver dix fois, nous nous sommes contente" de le prouver une fois.
Ainsi que nous l'avions annonce, nous nous sommes abstenu de toute citation prise dans les nombreux ouvrages de l'Eglise. Tel etait l'avantage de notre position, que nous avons pu appuyer notre defense sur le temoignage d'ecrivains etrangers a nos doctrines, souvent meme hostiles au Mormonisme et aux Mormons. Nos adversaires , au contraire, ne se sont pas bornes a reproduire contre nous des inventions que Ton n'ose plus repeter en Ame>ique, parce que le bon sens public en a fait justice depuis longtemps : ils les ont encore surchargees de tout ce qu'une malveillance evidente a pu leur suggerer.
Le lecteur a pu remarquer que, parmi nos ennemis, les ecclesiastiques se distinguent par la mauvaise foi, qu'ils poussent souvent jusqu'au cynisme, tout en nous accusant d'imposture.
Nous n'avons laisse" debout aucune assertion defavorable aux hommes qui ont recu de Dieu la sublime mission de restaurer son Eglise ; mais nous nous sommes arrete la , sans faire le tableau des vertusdont ils ontlegue l'exemple: car ces lignes , comme nous l'avons dit en commencant , ne sont destinees ni a propager nos principes, ni a affermir nos freres dans la foi , ni a constater les progres de cette Eglise, mais uniquement a repousser l'accusation d'imposture et de fanatisme dirigee contre ces hommes. Sous ce rapport , nous croyons avoir largement atteint notre but.
Quand nos considerons les libelles de nos ennemis, nous sommes heureux d'appartenir a une religion contre laquelle nous n'avons lu encore aucune objection qui n'eutsa source dans 1' ignorance ou la mauvaise foi.
Oui, nous le proclamons hautement, le Mormonisme est l'ceuvre de Dieu ; Joseph Smith I'a inaugure a tra vers toutes les epreuves que peut subir la nature humaine, et a fini par le sceller de son sang. Brigham Young, le Prophete actuel, est le digne successeur de Joseph , investi comme lui des benedictions de notre Pere celeste. L'Eglise de Jesus-Christ des Saints des Derniers-jours renferme certainement des membres indignes , mais elle n'en est pas moins la derniere dispensation du Seigneur, administree et dirigee par des hommes choisis par Dieu, et qui meritent l'amour et la confiance de leurs semblables. Quoi qu'il arrive desormais par le fait de la mechancete humaine, rien ne saurait faire attribuer a l'Eglise les erreurs et les crimes des
hommes qui en font partie. Nous ne craignons rien pour l'avenir , car c'est en parlant de ce royaume que le prophete Daniel a dit : « Le Dieu des cieux suscitera un » royaume qui ne sera jamais detruit ; ce royaume ne » passera point a un autre peuple, mais il brisera et con- » sumera tous ces royaumes-la, et il sera etabli eternelle- » ment. (Dan. n, 14.) Afin que le regne, et la domina- » tion, et la grandeur des royaumes qui sont sous tous les » cieux soient donnees au peuple des Saints du Souverain. » Son royaume est eternel , et tous les empires lui seront » assujettis et lui obeiront, » (Ibid., vn, 27.)
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