‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 196 sur 277 · LA DERNIÈRE MALADIE * ET LA MORT DU DAUPHIN, PÈRE DE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE MALADIE * ET LA MORT DU DAUPHIN, PÈRE DE LOUIS XVI

Le dégoût de la vie s'empara de lui, et contribua peut-être à abréger ses jours. J'entrerai dans quelques détails sur sa mort, parce qu'une partie de l'Europe a été persuadée qu*il avoit été empoisonné.

Le Dauphin, triste, ennuyé et n'ayant pas la force de chercher à se distraire, étoit tombé dans une mélancolie qui altéroit sa santé. Dans le même temps, une dartre lui survint au-dessous du nez ; et voulant la faire disparoitre, il usa discrètement d'une drogue de charlatan. La Dauphine en fut instruite ; et comme elle en connoissoit le danger, elle s'empara de la drogue et la jeta. Le dauphin se fâcha, se fit rapporter de la même drogue, et continua de s'en servir. La dartre disparut, mais l'humeur passa dans le sang, et se' jeta sur la poitrine.

Bientôt après, le dauphin commença à tousser, et sa mélancolie lui fit rejeter tout conseil. H partit pour Compiègne dans cet état, en juillet 1765. Le régiment Dauphin-Dragons

1. Extrait des Mélanges d'Histoire^ de Littérature y etc. (1809), p. 272 et suiv. Cf. avec l'article du D' G. Baschet, in Cbr(h nique médicale, 15 avril 1901.

y vint, et le Dauphin s'empressa de le faire manœuvrer tant à pied qu'à cheval. Un jour qu'après s'être échauffé, il assistoit à une manœuvre à pied dans un pré très humide, il se mouilla les pieds ; et comme l'heure du conseil le pressoit, il s'y rendit en voiture, sans prendre le temps de changer de linge et de chaussure. Le lendemain, il eut un gros rhume, ne voulut rien faire pour le faire guérir, et contmua à se livrer avec excès à la fatigue, au chaud et au froid, tout le temps que son régiment resta à Compiègne.

Revenu à Versailles, sa poitrine parut attaquée ; le Roi chargea son premier médecin Senac ^ pour qui le Dauphin avoit de Tamitié de le voir et de lui parler de son état et de la nécessité d'un régime suivi. Le Dauphin lui dit : « Je serai toujours fort aise de vous voir, pour causer de littérature et d'histoire avec vous; mais nion appartement vous sera fermé, si vous me parlez de ma santé. »

11 insista, et le Dauphin lui dit avec vivacité de s'en aller. L'humeur dartreuse rentrée, le rhume négligé altérèrent de plus en pi us sa poitrine. Le roi, alarmé, fit encore parler à son fils par son médecin, qui, se rappelant les ordres de M. le Dauphin, fit semblant de s'adresser à un personnage de la tapisserie, et se mit à lui prédire tout ce qui arrivoit d'un mal de poitrine négligé. Le Dauphin lui dit : « Je vous ai défendu de me parler de ma santé. » - « C'est à Alexandre que je parle dit Senac. » Le Dauphin rit de ce détour inspiré par l'attachement, et Senac finit en disant qu'il ne seroit plus temps dans deux mois, et qu'Alexandre mourroit.

La cour alla à Fontainebleau au mois d'octobre 1765, et la maladie avoit fait de si grand progrès qu'il n'y eut bientôt plus d'espoir. Le Dauphin alors voyant la mort s'approcher, se soumit à tous les remèdes qu'on lui proposoit ; mais il étoit trop tard, et le 20 décembre, il mourut comme tous ceux qui ont le même genre de maladie, et par les mêmes gradations. Enfin l'ouverture de son corps prouva incontestablement qu'il étoit mort d'un ulcère au poumon.

Une personne digne de foi, qui étoit à portée de voir ces détails de près, m'a assuré qu'elle avoit vu souvent ce Prince pendant qu'il étoit malade ; qu^elle avoit entendu les conjectures

Père de M. Meilhan.

des médecins ; qu'elle avait vu tous les prog^rh du mal et quHl n'était pas de calamnie, je m dirai pas seulement plus fausscy mais plus absurde que Vimputation faite au duc de Cboiseulde l'avatp/ait empoisonner. Elle a été fort répandue cependant, et on prétend même que cette fâcheuse idée fut la cause de réloignement de Louis XVI pour ce ministre, éloignementqui n'avoit d'autre principe qu'une discussion dans laquelle il manqua de respect au Dauphin. Louis XVI dit un jour en parlant de M. de Choiseul : Je dais à la mémoire de mon père de ne jamais laisser approcher de ma personne un homme qui lui avoit manqué, et qui s'était déclaré insolemment Vennemi du fils de son Souverain,

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