‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 269 sur 277 · LES OBSEQUES DE CHARLES VU · texte numérisé non relu

LES OBSEQUES DE CHARLES VU

(Cf. page 114.)

Je VOUS parleray et donneray à connoistre l'entrée du corps naturel (il veut dire le cadavre, ou le corps mort) du dit feu Roy Charles dedans la Ville de Paris, le Service qui y fut fait, comme aussi de son enterrement en l'église Sainct-Denys.

1. Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet {Panthéon Hlié' faire, édition J,-A. C. Buchon; Paris, 1836), livr. 1, p. 554.

2. Ext. de V Histoire du roi Charles y II, par Jean Chartier, p. 753 et suiv.

Vous devez donc sçavoir qu'après son trespas, le corps de ce trés-chrestien Roy fut ouvert, ses entrailles mises et posées en un certain vaisseau, à ce fait et ordonné tout propice, et puis fut fait un personnage tout au plus près de sa ressemblance, vestu et paré en habit, et estât Royal, qui fut assis et posé en un chariot branlant, iceluy couvert d'une grande couverture de velours noir, et au-dessus il y avoit une grande croix de velours (al. satin) blanc et sept escussons de fleurs-de-lys d'or de cypre par-dessus la houssurc dudit chariot ; lequel personnage estoit là si bien assis que chacun le pouvoit voir par le devant et le derrière dudit chariot ; et en ce poînct il fut chargé au dit Meunsur-Lieure (al.et mieux sur- Yeure). Assez tost après son dit trespas, il fut emmené en la Ville de Paris, et de là à Saint-Denys, comme vous oyrez. . .

Dessus le drap, il y avoit une propriétaire (effigie) faite du mieux que l'on avoit peu à la ressemblance (représentation) du Roy trespassé. laquelle estoit mise par engins (inventions) sur le drap d'or; elle avoit une couronne en la teste posée sur un bonnet qui luy touchoit les oreilles, et ensemble un peu des joues, et avoit un pourpoint de damas violet, ensemble des manches faites à l'ancienne (à l'antique), d'une façon bien large, une robe par-dessus, assez juste, de velours bleu, toute semée de fleurs-de-lys tout au long de la jambe, et dessous le pied ; outre quoy, il avoit une grande robe de velours bleu, faite en grand habit Royal, fourré d'hermines, toute semée de fleurs-de-lys, et avoit des gands tous neufs es mains, et tenoit en sa main dextre le sceptre Royal, et dans l'autre main un baston, où il y avoit une main de justice au bout ; dessous sa teste il y avoit un grand carreau de velours violet, et en cette façon, on le portoit parmy la Ville...

La Messe estant dite, ainsi que les Seigneurs s'en alloient, ils firent dire certaines oraisons sur le corps

par ceux qui faisoient l'Office, avant que VOffice fut fait, estant à la fin de dix heures et demie devers le matin, à l'issue de Nostre-Dame fut fait le cry par les Crieurs, devant THostel-Dieu de Paris, en la manière qui s'ensuit : Prie:( pour l'âme du très-baut, très-puissant, et très excellent Prince le Roy Charles VII, de ce nom (il le disoit deux fois) et vene^ en la grande Eglise Nostre-Dame de Paris à une heure, pour accompagner le corps jusques à Saint-Denys en France, Donc, entre une et deux heures après midy, la Compagnie estant rassemblée à Nostre-Dame de Paris, toute la Cour de Parlement, ensemble l'Eglise de l'Université, sur les trois heures, partirent par ordre : sçavoir ceux de l'Eglise, les autres ensuivans ; et en la façon qu'avoit esté apporté le corps : de Nostre-Dame, ils passèrent la me de la Calende et au devant du Palais, sur le pont aux Changeurs ; et au milieu du pont ils posèrent le corps, pour ce que les Mesureurs de sel, au milieu du pont, doivent rendre le corps aux Salenieres (Saulniers) de la rue Saint Denys, et par ainsi eux le prirent, et les Mesureurs de sel baillèrent leur robes de deuil ; et de là le corps fut porté devant Sai net-Innocent «.

Quand ce vint au dehors de la Ville, la pluspart de la Seigneurerie monta à cheval, et les Hérauts aussi montèrent de mesme ; et autour du corps il y avoit quelques vingt hommes armez des Archers de la ville

I. Les banouards (porteurs de sel), qui avaient eu jadis le privilège de saler et de faire bouiliir les rois morts, avoient maintenant celui de porter le cercueil. Cependant, « à Téxè» « que du roi Charles VIII, vingt gentilshommes, ses favoris, « ne voulurent souffrir que des gens de basse condition por- « tassent ses restes, et s'en chargèrent au col, mesprisant le « travail pour l'affection qu'ils avoient à leur bon maistrc et « quelque mauvais temps qu'il fît, portèrent seuls à grande « peine les dicts corps et effigie, depuis Nostre-Dame Des « Champs jusqu'à Saint-Denys. » Dutillet, p. 145, cité par Legrand d'Aussy, Des Sépultures nalionales, p. 420.

de Paris ; la Procession tenant tousiours son chemin, les Chanoines avec leur aumusses fourrées. Quand le corps fut au village, qui se nomme la Cbappelle, TAbbesse de /Montmartre, ensemble les Religieuses, arrivèrent au-devant dudit lieu, et là il fut posé, et y furent dites plusieurs belles Oraisons : De là il fut porté à une petite Croix qui est entre les deux grandes Croix, au-dessus du Landy, laquelle divise la Justice de Paris d'avec celle de Saint- Denys; la où ceux dudit Saint- Denys attendirent le corps lesquels estoient enchappez en chappes, et portoient la plus belle Croix que l'on pouvoit voiràl'orrissemble (toute d'or) et là fut posé le corps; puis toutes les Processions de l'Université s'en retournèrent quand ils eurent receu le corps, et furent dites certaines oraisons par Monseigneur de Chartres, et fut mis le corps sur deux traiteaux, et les bonnes gens de Saint-Denis voulurent prendre le corps pour le porter, mais ils ne furent pas assez forts, et il pensa y avoit un peu de débat ; alors Monseigneur de Dunois ordonna que ceux de Paris le portassent et par ainsi il fut porté par ceux de Paris jùsques dedans l'Eglise Sainct Denys, car il estoit nuit, et pour ce qu'il estoit trop tard, ne furent point lors dites Vigiles, mais un grand nombre d'Oraisons, et Respons sur le corps.

LE DEUIL A LA COUR DE FRANCE (Cf. page ii6.)

Selon les anciennes coutumes, le roi de France ne portait jamais le deuil. Monstrelet, que nous avons déjà cité, s'exprime ainsi, en parlant du deuil de Charles Vil :

« Par l'ordonnance de son conseil, le roy fut vestu de hoir, pour la première journée, et le lendemain, à la messe, fut vestu d'une robe de vermeil. » Le même écrivain donne une idée plus positive de cet usage, en parlant de l'avènement de Louis Xll :

« Le service faict, dit-il, tout incontinent le roy se vestit de pourpre, qui est la coustume de France, pour ce que si tost que le roy est mort, son fils plus prochain se vestit de pourpre, et se nomme roy; car le royaume n'est jamais sans roy » K

Le deuîl du nouveau roi est en violet. Celui de la reine, autrefois en blanc*, fut porté en noir par Anne de Bretagne, pour prouver la douleur qu elle ressentait depuis la mort de Charles VIII. C'étaient, disent les auteurs du xvi** siècle, d'une couleur tannée.

Le deuil d'Anne d'Autriche fut porté en brun, et, depuis cette époque, aucune reine n'a été appelée à revêtir, à la mort de son époux, ce costume de la douleur...

11 résulterait d'une explication ingénieuse que le roi ne portait le deuil en violet, couleur mixte, que pour lui rappeler que, quelque fut sa douleur, il en devait assez être le maître, pour ne pas oublier que, chargé du gouvernement d'un grand peuple, il lui fal-

I. D'après les FufièraiUes dis Rois de Franc/, par M. A. B. de G., p. 21 et suiv.

3. Les reines portaient le deuil en couleur tannée et en blanc, et les rois en rouge.

Faute d'avoir connu cet usage de l'ancienne étiquette, on a fait un crime à Louis XI d'avoir vêtu l'habit d'écarlateà la nouvelle de la mort de son père, comme s'il avait pris cette couleur pour marquer sa joie. « Cependant, assure la rom- « tesse de Fumes, un roi de France ne porte jamais fioir en « deuil, quand serait de son père; mais. son deuil est d'être « habillé tout en rouge, et manteau, et robe, et chaperon. » Legrand d'Aussy, op. cil., p. 418.

lait trouver, au milieu de sa tristesse, des forces suffisantes pour vaquer aux devoirs de la royauté.

Une chronique juive dit que David, pénitent, ayant les cheveux couverts de cendre, arrosant son lit de pleurs, ne cessa jamais de rendre la justice. Cette obligation s'étend sur tous les magistrats. Le chancelier de France ne porte jamais le deuil. Le Parlement, les cours souveraines, n'ajoutent aucune marque de deuil aux costumes qui les distinguent, parce que la justice est éternelle ».

LA VÉRITABLE CAUSE DE LA MORT DE LOUIS XII (Cf. p. 166.)

Fleur ANGE, îe jeune adventureux, raconte avec un grand charme (Ch. XLII de ses Mémoires), comment s'accomplirent les épousailles de Louis XII et ce qu'li suivit.

« Le lendemain au matin feurent le<^ espousailles et ne feurent pas faites à l'église, mais en une belle et grande salle tendue de drap d'or, là où tout le monde les pouvoit veoir. Et estoient le Roy et la Ro^^ne assis, et la Royne toute deschevelée avoit un chapeau sur son chef, le plus riche de la chrestienté et ne porta point de couronne pour ce que la coustume est de n'en point porter, si elles ne sont couronnées et sacrées à Saint-Denis... Le Roy et la Royne espousés, toute l'après-disner et sur le soir feust faicte la plus grande chère du monde. La nuict venue, se couchèrent le Roy et la Royne ; et le lendemain le Roy disoit qu'il avoit faict merveilles ».

I. Cf. Berthevin, Recherches historiques sur les derniers jours des rois de France ^ p. 236-7.

Pour plaire à sa jeune femme de seize ans, le roi changea toutes ses habitudes : c 11 avoit voulu faire du gentil compaignon avec sa femme, mais s'abusoit, car il n'estoit pas homme pour ce faire. » Les bals, les tournois, les festins, les veilles, la continuelle succession de distractions qui n'étaient pas de son âge conduisirent au tombeau le pauvre roi. « Ceulx de la basoche à Paris disoient que le roy d'Angleterre avoit envoyé une haquenée au roy de France pour le porter bientôt et plus doucement en enfer ou en paradis. »

Louis Xll s'éteignit le i** janvier 1515 à l'hôtel des Tournelles où il était venu s'installer depuis peu, s'y trouvant en meilleur air qu'au Palais. « Ledit Roy •estant aux Tournelles, feust commencé à lui faire son enterrement comme on a coustume faire aux auttres Rois; qui sont belles cérémonies et antiques. Et en portant son corps des dictes Tournelles à Nostre-Dame, avoit gens devant avecques des campanes lesquelles sonnoient et crioient : Le bon Louis, père du peuple^ est mort ^ 7>

LA MORT ET LES OBSÈQUES DE HENRI II (Cf. page 188.)

Les Registres de Li Ville contiennent la mention suivante au sujet de ce grave événement :

« Le lundi, X« jour du d. moys, le Recteur de ITJnîversité et ses suppostz feirent une belle procession pour le Roy, des Mathurins, en l'église Monsieur St-Jehan en Grève.

1. Mémoires de FUurange, cités par M. P. Robiquet, Hist. municipale de Paris, p. 312-3.

Ce jour, environ dix heures du matin, le noble roy Henri II® de ce nom mourut aux Tournelles, dont les habitans de la Ville de Paris menèrent si grand deuil -que jamais fut Roy. parcequ'il avoit esté en son vivant autant débonnaire, gratieuîx et béning qu'on en veist •de cent ans * ».

M. le comte de Galembert a publié, d'après une copie, faite par M. André Salmon, d'un manuscrit appartenant à la collection Philippe, le Roole des parties et somme de deniers pour lefaict des dits obsèques et pompes funèbres du roy Henri II (Paris, Fontaine, 1879). ^ dépense totale ordonnée par le contrôleur d'écurie Sanson de Saccarlarre, s'élève à 43163 livres 19 sols tournois, -environ 122680 francs de notre monnaie. Les trois premières pages du Roole indiquent les payements faits à François Clouet, dit Jeannet, painctre et vallet de chambre du feu roi, pour avoir exécuté V effigie de Henri 11, « accoustré par deux fois le dit effigie au lict de parade •et sur le lict qui a été porté par la ville durant deux jours; et pour avoir noircy le corps du chariot roues et cordagaiges d'icellui, dans lequel s'est porté le corps du dit deffunct roy ». Clouet toucha en tout la somme <ie 288 livres 13 sols tournois pour son paiement et façon.

CHARLES IX ET LA SAINT-BARTHÉLEMY (Cf. page 219)

En revoyant les bonnes feuilles de notre volume, M. F. Chambon, bibliothécaire àiaSorbonne, nous fait justement observer qu'il a été établi par diverses com-

I. Reg. h. 1784, fol. ^Sy cités par M. P.Robiquet, Histoire municipale de Paris, p. 486 et suiv.

munications à l'Intermédiaire des chercheurs, et par Edouard Fournîer, dans son livre sur VEsprit dans r Histoire, que la part active qu'aurait prise Charles IX à la Saint-Barthélémy, en « giboyant aux passants, i^ n'est qu'une légende.

La maladie de Charles IX en octobre i 593

(Cf. page 222.)

Le 31 octobre (1573), le secrétaire du roi, Pinart, écrit à la Ville que « le roy a esté un peu indisposé depuis deux jours, mais grâces à Dieu il se porte maintenant fort bien, espérant partir d'ici lundy prochain pour s'acheminer en son voyage ; dont je n'ai voullu faillir de vous advertir, afin que vous n'en soyez point en peyne. » (Reg. H. 1787, Ap. f'^ 540).

Le !"■ novembre, le roi lui-même adresse à la Ville les explications qui suivent sur sa maladie :

« De par le Roy : Très chers et bien amez, nous arrivasmes, il y a quatre jours en ce lieu, où nous nous trouvasmes ung peu mal disposé, qui a esté cause que nous y sommes arresté pour nous reposer et prandre quelque purgation, affin de nous guarir, comme espérons, Dieu aydant, que nous serons entièrement dedans quatre ou cinq jours, et que nous poursuivrons après nostre voyage de Nancy et de Metz, pour conduire nostre très cher et très amé frère le roy de Polongne, suivant nostre délibération, dont nous avons bien voulu donner advis, affin que, si d'avanture l'on faisoit courir d'autre bruict de nostre indisposition, vous en saichiez la vérité, qui est telle que ce que nous vous en escripvons cy-dessus et n'en cro3'rez autre chose. » Donné à Vitry-le-François, le premier de nov. 1573. Ainsi signé : Charles ; et au dessoubz : Pinart

et, à côté, sont escriptz ces mots : « Ne voulions vous celler que les médecins disent qu'il y a quelque apparence que c'est la petite vérolle, combien que nous l'ayons déjà eue une fois, toutefois, grâces à Dieu, nous n'avons aucune fiebvre, et commance la graine et petites pustulles qui nous sont sortiz à maturer et blanchir de sorte que nous espérons estre bien tost du tout guary * ».

Le 12, le roi écrit une seconde lettre, datée de Vitryle-François, pour annoncer à la Ville de Paris que le roi de Pologne s'est mis le même jour en route pour son royaume, mais que, par suite de sa maladie *, il a du laisser la reine- mère et le duc d'Alençon « faire compagnie à son dict frère le roi de Polongne, le reste du chemin jusqu'à Metz ».

Charles IX venait enfm de se débarrasser de son « très cher et très amé frère le roi de Pologne, » et pour être bien sûr que cen'étoit pas un faux départ,. ill'avait reconduit avec toute la cour vers les Marches d'Allemagne. Mais Charles IX avait été obligé de s'arrêter à Vitry-sur-Marne. 11 était épuisé « par une fièvre lente qui croissait tous les jours, ce qui donna à deviser a toutes sortes de gens, accordant à cette maladie les menées de la reine-mère pour prolonger le partement du roy de Pologne jusques après l'hyver, les regrets de cette princesse qui n'estoyent pas peu violents, tesmoignez avec aigres paroles " ».

De Thou fait exactement les mêmes réflexions que d'Aubigné sur le caractère singulier de la maladie de Charles IX (t. Vil, p. 23). 11 est fort intéressarit de rap-

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