Cf. V Esprit dans P Histoire, d'Ed. Fournier
pas tant, interrompit Louis ; vous troubleriez le saint. Ne priez que pour la santé du corps*».
D'un homme qui invoquait tous les saints du Paradis pour le rétablissement de sa santé, ce langage a de quoi surprendre. Car, c'est le cas de le dire, à la fin il ne savait plus à quel saint se vouer.
Au mois de février 1483 *, il écrit à tous les États de Paris pour qu'ils se transportent à l'abbaye de Saint-Denis, et qu'ils veuillent intercéder auprès de « nostre Sauveur Jésus-Christ, qu'il voulsit (veuille) permettre que le vent de bise ne courust point y pourceque par le rapport de tous médecins avoient esté d'oppinion que ledit vent de bise y quant il venteroit, feroit nwult de maulx à la santé des corps humains.,, et par l'ordonnance du roy, furent tous lesdits estatz de Paris à divers jours audit lieu de Saint-Denis faire procession et chanter les dictes messes. s>
Le samedi 8 février, le Parlement se rendit processionnellement à Saint-Denis... et l'histoire ne dit pas si le vent de bise cessa. Le vent de bise ou vent d'Est est comme le mistral du Nord. Il a, parait-il, une intluence désastreuse sur les personnes atteintes de coliques hépatiques '.
Qyoi qu'il en soît,rétat du roi ne semble pas s'être amélioré à la suite de cette manifestation nouvelle de sa foi. La verge de Moïse, voire même celle d'Aaron, inestimables trésors conservés à la
i. Cette version est donnée par Berthevin, op. cit.
a. Journal de Jean de Roye, t. 11, p. 129 (Coll. de la Soàèic de l'Hist. de France).
3. Cf. Article du D' Fournier dans le Bulletin méditai des VosgeSy vers 1897 ou 1898.
Sainte-Châpelle S restèrent pareillement sans effet. II fallut qu'il «passât par où les autres ont passé », selon l'expression d'un chroniqueur.
La pensée de la mort lui était si pénible que, même dans les derniers jours de sa maladie, il avait défendu d'en prononcer le nom devant lui : «Quand je serai, disait-il, bien en danger, ditesmoi : parlez peu, je saurai ce que cela veut dire' ».
L'instinct de la dissimulation ne le quitta qu'à son dernier souffle. Olivier le Daim ou Coictier\ l'un des deux, lui dit brusquement : « Sire, il faut que nous vous quittions. N'ayez plus d'espérance en ce saint homme (François de Paule), ni en autre chose * ; car sûrement il est fait de vous. Et pour ce, pensez à votre conscience, car il n'y a nul remède. » — «J'ai l'espérance, répondit le roi, que Dieu m'aidera ; car, par aventure, je ne suis pas si malade que vous le pense:^. » Le malicieux vieillard aurait trompé la mort même, s'il en avait eu le pouvoir.
Enfin il mourut, dit Philippe de Comines, « après de longues et de dures incommoditez de corps et d'esprit » ; c'est-à-dire, pour donner à ces paroles leur vrai sens, en proie à toutes les anxiétés, à toutes les défiances, à toutes les terreurs, qui caractérisent un état morbide que la science de nos jours désigne sous le nom de panopbobie \
I. Chronique de Jean de Troyes, éd. Michaud, t. IV, p. 350. 3. Berthevin, p. 46.
3. Cf. sur Coictier le Cabinet secret de V Histoire ^ 2* série.
4. V. Comynes, éd. Dupont, t. Il, chap. Vil, IX et XI, pour les «choses» auxquelles il avait eu recours pour se guérir.