‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 13 sur 56 · DU GENRE DE MORT DES ROIS DE LA PREMIÈRE RACE · texte numérisé non relu

DU GENRE DE MORT DES ROIS DE LA PREMIÈRE RACE

Nous empruntons à VHisioire de Charlemagne, de Gaillard (t. l,pp. 130-131), les détails qui suivent, dont nous ne nous portons pas autrement garant

(1) Plus exactement, Childéric fut inhumé non en plein champ, mais dans le jardin de sa villa royale, hors des remparts de Tournay; son corps fut découvert dans les dépendances de léglise Saint-Brice, sur remplacement d'une ancienne villa royale qu'un de nos rois avait donnée à l'église de Tournay.

et que nous ne reproduisons qu'à simple titre de curiosité. Nous accompagnons le texte cité de notes critiques, qui ne figuraient pas dans la première édition de notre ouvrage.

Le nombre des rois et des fils de rois, morts de mort violente, en France ou sur les Irontières, dans l'espace de temps que nous examinons, est effrayant ; il n'a peut-être pas été assez remarqué; c'est le tableau le plus capable de décrier à jamais l'état de guerre.

Clovis meurt dans son lit (i) ; mais je vois plus de dix rois ou fils de rois, tués ou de sa main, soit dans les combats, soit hors des combats, ou par ses intrigues. Comptons-les.

Siar/rinii, fils (WTUgidiiis (2), roi des Frant^ais, en concurrence avec Childéric ; Alaric, roi des Visigoths, et le roi des Allemands, tués dans des batailles ; Gondéffisile, roi de Bourgogne, tué par Gondehand, son frère, mais par suite de ses intrigues avec Clovis. Nous ne parlons point de Gondcmar et de Chilpénc, frères de Gondebaud et de Gondégisile: le premier, brûlé par Gondebaud. dans une tour où il se défendolt ; le second, père de Clotilde. massacré avec*ses deux fils par le même Gondebaud, et sa femme jetée dans la rivière une pierre au cou. Ces événemens ou précèdent le règne de Clovis, ou paroi>-sent lui être étrangers. Mais en voici qui lui sont propres.

Siç/eberl, roi de Cologne, et son fils Clodoric ; Cararic, roi

(1) Clovis est mort à 4.5 ans, le 27 novembre .511, à Paris; on présume qu'il succomba à une affection aiguë, au bout de trois semaines.

12) j^GTDius était mort de l'épidémie de typhus qui sévissait alors à Angers. Siagrius paraît avoir été tué près de Beauvais, égorgé par Clovis.

des Morins, et son fils ; Ragnacaire, roi de Cambrai, et Rigiiiev son frère; Renomer, roi du Mans, et son frère, tous parens de Clovis, tous assassinés par lui ou par ses ordres; quelquefois les uns par les autres, quelquefois le fils par le père (!}.'

Sous les enlans de Clovis : Thcodeberl, tué à la chasse ; Clodomir, roi d'Orléans, dans une bataille ; deux de ses fils égorgés par leur oncle Clolaire, qui brûle vif Chramne, son propre fils, avec ses enfans, dont on ne sait pas le nombre (2).

Sifjismond, roi de Bourgogne, fils de Gondebaud, fait étrangler Sigéric, son fils, dans son lit ; Clodomir le fait massacrer lui-même avec sa femme et deux enfans ; Gondemar, frère de Sigismond, meurt en prison.

Mundévic, qu'on croit avoir été fils de Clovis, est assassiné par ordre de Thierry son fils.

Badéric et Berlier, rois de Thuringe, sont tués par leur frère Ilermenfroij, que Thierry, roi d'Austrasie, fait précipiter du haut des murs de Tolbiac ; Alamafroij , fils de Bertier, est tué par Clotaire, son beau-frère.

Sous les enfans de Clotaire P"" : Sigeberl, roi d'Austrasie ; Chilpéric, roi de Neustrie ; trois fils de Chilpéric, Théodeberl, Mérovée et Clovis, sont assassinés : on croit que Childebert, fils de Sigebert, fut empoisonné, par Brunehaut, sa mère (3).

(1) On pourrait dire aussi le père par le fils, tel Sigebert, roi de Cologne, qui fut assassiné par son fils Clodoric.

(2) Les enfants de Chramne étaient deux filles : elles furent brûlées vives avec leur père et leur mère Chalda, fille du duc Willequier ou Williacher (d'Aquitaine). Un an après, jour pour jour, Clotaire mourait à son tour d'une pneumonie aiguë, suivant toute apparence. Agé de 64 ans.

(3) Childebert II fut empoisonné avec sa jeune femme ; ce

Théodebert, son fils aîné, fut tué par Théodoric, son frère, à l'instigation de Brunehnul, leur aïeule.

Les deux fils de Théodebert, Cloois et Mérovée, sont tués ou par Théodoric leur oncle, ou par Brunehaut leur bisaïeule.

On croit que Théodoric lui-même fut emporsonné par Brunehau^t, son aïeule. Quatre fils qu'il laisse sont égorgés ou engagés dans les ordres (1). On ignore le sort comme le nom des deux autres.

Ariberî, second fiFs de Clotaire II, et Chilpéric, fils d'Aribert, furent, suivant l'opinion commune, empoisonnés par Dagobert /", frère d'Aribert et oncle de Chilpéric.

Dagobert, en dépouillant Aribert et ses enfans du partage qui leur était dû, mérita d'être soupçonné de leur mort.

Voilà, dans l'espace d'environ cent cinquante ans, depuis l'an 481 jusqu'à l'an 630, époque de la mort d'Aribert et de Chilpéric, plus de quarante rois ou fils de rois, ou tués dans les batailles, ou assassinés de sang-froid, ou empoisonnés, sans compter beaucoup d'enfans de ces princes, tués au berceau, et dont on ne sait ni les noms, ni le nombre.

Nous ne parlons pas encore de Childéric II et d'un de ses fils, assassinés par Bodillon (2) ; ni de Dagobert II, fils de Sigebert II, assassiné par ses sujets : ces événemens sont

ne fut pas par Brunehaut, mais, plus probablement, par Frédégonde.

(1) Les quatre fils de Théodoric II étaient Sigebert II, Chilpéric, Corbé et Mérovée; le premier et le troisième furent tués par Clotaire II. Le second (Chilpéric) s'échappa sur un cheval et disparut. Le quatrième fut »''pargné et mourut, cinq ou six ans après, dans un monastère.

(2) Le fils de Childéric II, as>assiné par Bodillon, s'appelait aussi Dagobert, comme son grand-père ; sa femme, enceinte d'un troisième enfant, fut également assassinée ; on a retrouvé leurs tombeaux à Saint-Germain-des-Prés.

:^2 LES Monrs mystérieuses

postérieurs à l'époque où nous nous arrêtons dans ce moment.

Par l'eflet de cette férocité, qui entretient l'esprit de guerre chez les nations barbares, tel était le sort des rois chez les Français et chez leurs voisins, dans le temps que nous examinons.

Observons encore que la vie de ces rois, active jusqu à l'agitation et à la turbulence, ne remplissoit jamais le temps ordinaire de la durée de l'homme. La fatigue, poussée jusqu'à l'épuisement, consumoit avant le temps ceux dont le fer et le poison respectoient la vie.

Pour ne parler que de ces derniers, ce Cloins, dont le règne parolt avoir été long, parce qu'il fut plein, et que les époques en sont marquées par de grands événements et de grands crimes, Clovis mourut à quarante-cinq ans, Thierrtj à cinquante-cinq, Théodebalde avant vingt ; Childebevl et Cloînire ne passèrent pas soixante ans ; Chérebert ne passa pas cinquante : Gnnfrnn fut le seul qui. ayant mené une vie plus paisible, la poussa jusqu'au delà de soixante-huit ans.

Clolaire II, dont le règne est réputé long, parce qu'il fut roi à quatre mois, mourut vieux à quarante-cinq ans (1), et Daqoberl décrépit, à trente-six.

Cette liste est courte, parce qu'elle ne contient que l^^s rois morts dan»^ leur lit ; le plus grand nombre est de ceux qui périrent d'une mort violente.

La brièveté de la vie des premiers est plus sensible encore dans le reste de la première race. Des deux fils de Dngoherl /", Siqeberl II, roi d'Austrasie, et Clovis II, roi de Neustrie, moururent à vingt et un ans (2).

(1) Le jeune Mérovée, fils de la première femme de Clo-

taire II. faitTprisonnier'àla bataille de l'an 605, par Thierry II,

vers l'âpe de 4 ou ^ ans. mourut assassiné ou empoisonné (?).

(2) D'après le [docteur Bougon, à' qui nous devons les notes

Des trois fllsdeClovis II, Clolaire III mourut avant dixhuit ans, et Thicrnj avant quarante (1).

encore un coup, nous ne parlons pas de Childéric, qui fut assassiné avec son fils, ni deDagoberl II, fils de Sigeberl II assassiné par ses sujets. Des deux fils de Tbierry, Clovis III mourut avant quinze ans, et Childcbcvl à vingt-huit. Dagoberl III, fils de ce dernier, mourut à seize ans. Cliilpévic II n'atteignit pas cinquante ans. Thierry de Chelles, fils de Dagobert 111, mourut à vingt-deux ou vingt-trois ans.

La durée de la vie des rois est à peu près la même sous la seconde race.

Sous la troisième, elle est plus longue et plus égale. Le plus grand nombre est de ceux qui meurent de cinquante à soixante ans ; mais il est peut-être à remarquer que, dans l'espace de près de quatorze siècles, de trois races ditïérentes, dans une liste de soixante-cinq rois, en ne comptant que ceux qui ont régné à Paris ; de cent au moins, en comptant tous ceux qui ont régné dans les différentes parties delà France, liste qui peut encore être grossie par celle des héritiers du trône non parvenus au trône, on ne trouve que deux rois septuagénaires, Charlemagne et Louis XIV : soit que cette brièveté générale de la vie des rois vienne de embarras et des chagrins du trône, ou de la facilité funeste qu'ont les rois et les princes de satisfaire toutes leurs passions.

rccti(icatives qui précèdent, les deux fils de Dagobert I*' ne seraient pas morts à 21 ans, mais à 24 et 23 ans, si l'on s'en rapporte à la date, connue, de leur naissance. (1) A 42 ans, si l'on se réfère à son épitaphe.

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