ENVOI
Ma chansonnette, prends ton vol!
• Tu n'es qu'un faible hommage; Mais qu'en avril le rossignol
Chante et la dédommage; Qu'effrayé par ses chants d'amour.
L'oiseau du cimetière.
Longtemps, longtemps se taise pour
La ferme et la fermière!
Là, il retrouve encore un instant l'ange aux ailes d'azur qu'on appelle l'Espérance. Quelques bons cœurs lui viennent en aide : nommons-les, cela fait plaisir de nommer des hommes bons et compatissants; M. Gorvais, M. Boby de la Chapelle l'encouragent à fonder un journal et lui font quatre-vingts souscripteurs.
Une ciianson, fort innocente d'ailleurs, blesse un
fonctionnaire puissant, un cartel est échangé entre le
poëte et un jeune homme parent de ses hôtes; il doit I. 10
quitter cette douce maison qui s'est ouverte pour lui, et retourner dans l'enfer d'où il croyait être sorti.
Et, cependant, il était si bien dans cette petite ferme, il y avait si vite oublié les jours mauvais et les vers satiriques, il s'étonnait tant de la haine qu'il avait jurée au monde en sentant son pauvre cœur glacé se réchauffer sous le souffle de son ancien, de son seul amour I
Prophète de malheur, il avait prédit la destruction de Paris.
Il avait dit :
Alors s'accomplira l'épouvantable scène Qu'Isnard prophétisait au peuple de la Seine. Au rivage désert, les barbares, surpris. Demanderont où fut ce qu'on nommait Paris. Pour effacer du sol la reine des Sodomes, Que ne défendra point l'aiguille de ses dômes, La foudre éclatera : les quatre vents du ciel Sur le terrain fumant feront grêler le sel, Et moi, j'applaudirai : ma jeunesse engourdie Se réchauffera bien à ce grand incendie.
Maintenant, il s'étonne d'avoir écrit de pareils vers ; où donc était son esprit? où surtout était son cœur?
Aussi je m'égarais à des vers imprudents. Et j'attisais de pleurs mes ïambes ardents;
UÉGÉSIPPE MOREAU l*:!
Je haïssais alors, car la souffrance irrite;
Mais un peu de bonheur m'a converti bien vite.
Pour que son vers clément pardonne au genre humain.
Que faut-il aupoëte?... Un baiser et du pain.
Aussi, voyez comme ce calice lui coûte à boire , comme ce jardin des Oliviers, où il a sué sa passion, lui est rude à monter, comme ie vers qui s'échappe d'un cœur nageant dans le fiel dit que ce cœur est triste jusqu'à la mort! Le voilà donc retombé dans la satire, à laquelle il crovait avoir dit adieu.
A partir de ce moment, c'est-à-dire de 1834 à 1838, sa vie n'est plus qu'une longue suite de douleurs, de besoins, de désespoirs, rendus plus grands et plus terribles par quelques heures pendant lesquelles le malheur semble se lasser.
Oh ! dans ces rares minutes d'apaisements, comme ses vers redeviennent harmonieux, comme sa poésie redevient douce !
Tenez, il croit avoir trouvé enfin une place de douze cents francs par an. Douze cents francs par an pour l'hôte des chantiers déserts, pour le mangeur de trognons de choux et de feuilles de salade ramassées au coin des bornes, c'est le Pactole
11 chante, alors.
Diles-moi s'il y a fauvette ou rossignol chantant un chant plus suave et plus mélodieux 1
LA VOULZIE.