‹ Les moteurs à explosions dans la marine de pêcheChapitre 10 sur 171 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Aujourd'hui plus qu'à aucune autre époque de son histoire depuis les années de relèvement qui ont suivi les revers de 1870, la France n'a donné autant de signes d’une magnifique vitalité, d’une énergie, d’un ressort incomparable ; chacun a compris que, pour garder au pays son rang dans un monde où la lutte se fait sans cesse plus acharnée, aucune source de la richesse nationale ne devait rester improductive.

En commun, nous avons contrôlé nos forces ; les yeux se sont tournés vers des problèmes économiques longtemps négligés et la situation de l’industrie des pêches maritimes n'est pas de ceux qui ont le moins retenu l’attention. De nombreux articles de journaux ou de revues, des publications très variées et des débats parlementaires fréquents et ardents, témoignent hautement de cet intérêt. Le mouvement est très récent. L'opinion, comme toujours en pareil cas, est, en effet, restée indifférente jusqu’au jour où une crise violente, en l’espèce la crise sardinière, la mit en éveil. Pourtant, ce n'était là que la manifestation partielle d’un mal beaucoup plus étendu : le dépérissement de notre pêche maritime en général.

Mal très profond aussi, car cette industrie souffre surtout, en effet, d’être, à une époque de progrès industriels intensifs, exercée, chez nous, par la race de toutes la plus fermée aux nécessités du présent, la plus dominée par son hérédité.

Devant un horizon toujours le même, peinant sur quelques milles d’une mer bien connue, les générations ont vécu, se transmettant sans y rien changer, avec la chaumière familiale, le bateau et les engins: Le legs de croyances, de coutumes et

de traditions n’était pas moins important, ni moins intangible.

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Cette immobilité a duré des siècles, des siècles pendant lesquels inimobiles aussi étaient les autres branches de l'activité humaine. Puis boulevérsement général ; la vapeur, en cinquante ans, transforme toute la vie économique et sociale ; partout l’activité se fait fébrile, les énergies se concentrent, les audaces se révèlent, les mentalités s'adaptent aux besoins nouveaux, partout... mais pas sur la côte où l’homme indifférent, hostile même à toute cette évolution continue sur sa vieille barque son dur labeur. La tradition est devenue la routine. Elle l’est devenue à une heure particulièrement grave, où, moins que jamais, le progrès n'eût dû perdre ses droits ; heure critique, en effet, que celle où se liguent contre le pêcheur à la fois une concurrence étrangère très àpre et une offre de main-d'œuvre disproportionnée à la tâche à accomplir par suite d’une natalité locale, encore relativement très élevée.

Peu à peu, de tous côtés, et sans que rien le révélât au loin, l’aisance fit place à la pauvreté, la pauvreté à la misère. Mais un jour, chez certains, le pain manqua : ils crièrent leur faim et ce furent ces plaintes des plus misérables qui apprirent aux habitants de l’intérieur l'existence d’une crise maritime grave, jusque-là insoupçonnée.

La foule s’émut à la manière qui lui est ofdinaire, qu'il s'agisse d'inondation parisie’ne, de tremblement de terre martiniquais, de crisé sardinière bretonne : souscriptions, fêtes de charité, quêtes, vote de secours et, quand la calamité y prête, retrait des cartons où il sommeillait de quelque projet de loi sociale.

Cela, c’est dé l’aumône, de toutes les formes d'assistance la plus facile ét, comme telle, la seule à portée de la masse, mais aussi la plus médiocre, car elle habitue ceux qui en bénéficient, non à mieux travailler, mais bien à tendre la main : aussi, quand ellé s'applique aux victimes d’une organisation défectueuse du travail, a-t-élle souvent pour effet de rendre

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plus difficile l'application ultérieure des mesures réellement efficaces.

C'est précisément ce qui s’est produit quand l'attention des pêcheurs fut appelée sur les seuls vrais remèdes susceptibles d'améliorer leur sort. Ils résistèrent aux innovations autant par manque de dispositions naturelles que par défaut d'éducation. et c'est à peine si, aujourd'hui, ils commencent à se rendre un compile exact des devoirs que leur impose la nécessité où ils sont de ne pas laisser anéantir leur gagne-pain.

Il est aisé de concevoir que la transformation de l'armement et des méthodes, pour les mettre au niveau du progrès moderne, s'impose comme le seul moyen de rendre à nos populations du littoral la prospérité d'autrefois.

En un mot, il faut industrialiser ports, engins, bateaux, procédés de pêche, transports à terre et tout le commerce de poissonnerie, tâche immense et d'autant plus complexe que ces multiples réformes doivent être réalisées simultanément, car, en telles matières, tout se tient : perfectionnements matériels et transformations économiques. Il est donc indispensable, avant d'entreprendre l'examen d’un problème spécial quel qu'il soit, de donner une esquisse des causes de la crise et des remèdes à y apporter.

Cette vue d'ensemble bien dégagée, nous aborderons l’étude de l’un des progrès qui nous à paru le plus digne de retenir l’attention en raison et de son actualité et des résultats remarquables que sa réalisation a entraînés à l'étranger. Nous voulons parler de l'application du moteur à explosions aux bateaux de pêche. |

Bien avant de conquérir les routes terrestres et les voies

aériennes, dès 1888 avec la « Gazelle » de F. Forest (1), le

(1) Ce grand précurseur est mort, le 12 avril 1914, à Monaco, à bord de son canot « La Gazelle », qui, vieux de 26 ans, faisait encore bonne figure au milieu de la flotte des racers et des cruisers automobiles. (Voir annexe I. « L'OŒEuvre de Fernand Forest »),

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