‹ Les mots de VoltaireChapitre 38 sur 62 · Pierre Corneille · texte numérisé non relu

Pierre Corneille

les bouquetins et les chamois de nos montagnes qui bondissent sur un rocher escarpé, et descendent des précipices. J'avais cru que Racine serait ma consolation, mais il est mon désespoir. C'est le comble de l'insolence de faire une tragédie après ce grand homme-là.

En commentant Co/'ne^Y/e je deviens idolâtre de Racine. Je ne peux plus souffrir le boursouflé et une grandeur hors nature.

Corneille dit toujours tout ce qu'il peut, plutôt que ce qu'il doit.

Corneille n'est pas assez intéressant, souvent Racine n'est pas assez tragique.

Corneille^ ancien Romain parmi les Français, a établi une école de grandeur d'âmes et Molièi^e a fondé celle de la vie civile.

Les hommes parlent souvent très bien de ce qu'ils ne connaissent guère. Molière, qui était cocu, n'a pas mieux parlé des cocus que Corneille, qui n'a jamais été à la Cour, n'aparlé des rois.

Molière attaqua souvent et contribua à défaire

le public de ces importants subalternes, ainsi que de l'affectation des précieuses, du pédantisme des femmes savantes, de la robe et du latin des médecins. Il fut, si on ose le dire, un législateur des bienséances du monde.

Le Tartufe durera autant qu'il y aura en France du goût et des hypocrites.

Racine. — 11 fut le premier, et longtemps le seul, qui alla au cœur par l'oreille.

La place de Campistron est triste. Le lecteur dit : je connaissais tout cela, et je l'avais vu bien mieux exprimé.

Motière, Racine, Corneille, dans leurs pièces enseignaient la France : ils disaient ce qu'on ne savait pas. Aujourd'hui, quelque bien qu'on lasse, on ne dit que ce que nous savons.

Boileau. — 11 s'élève peu, mais il ne retombe guère. Pour être au-dessus de lui, il faut commencer par écrire aussi nettement et aussi correctement que lui.

Boileau»— Il faut distinguer soigneusement dans

ses vers ce qui est devenu proverbe de ce qui mérite de devenir maxime. Les maximes sont nobles, sages, utiles, elles sont faites pour les hommes d'esprit et de goût, pour la bonne compagnie. Les proverbes ne sont que pour le vulgaire, et l'on sait que le vulgaire est de tous les états.

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Il y a encore, à ce que j'entends dire, quelquesuns de ces beaux esprits subalternes qui passent leur vie dans les cafés, lesquels font à la mémoire de M. Despréaux le même honneur que les Chapelain faisaient à ses écrits de son vivant. Ils en disent du mal parce qu'ils sentent que si M. Despréaux les eût connus, il les aurait méprisés autant qu'ils méritent de l'être.

Nous n'avons aujourd'hui ni des Racine ^ ni des Molière, ni des Lafontaine, ni des Boileau, et je crois même que nous n'en aurons jamais ; mais j'aime mieux un siècle éclairé qu'un siècle ignorant qui a produit sept ou huit hommes de génie. Et remarquez que ces écrivains, qui étaient si grands dans leur genre, étaient des hommes très petits en fait de philosophie. Racine et Boileau étaient des jansénistes ridicules, Pascal est mort fou et Lafontaiae est mort comme un sot.

Nous touchons au temps où les hommes vont commencer à devenir raisonnables ; quand je dis

les hommes, je ne dis pas la populace, la grande chambre et l'assemblée du clergé, je dis les hommes qui gouvernent ou qui sont nés pour le gouvernement, je dis les gens de lettres dignes de ce nom. Despréaitx y Racine eiLafontaine étaient de grands hommes dans leur genre ; mais en fait de raison, ils étaient au dessous de Madame Da< ier.

Les ouvrages delà Calprenède ainsi que les autres grands romans sont tombés. Ce qui a contribué à leur chute, c'est la perfection du théâtre.

Dans les six tomes de Paméla ^ il n'y a rien : ce n'est qu'une petite fille qui ne veut pas coucher avec son maître, à moins qu'il ne l'épouse.

La gaîté n'est pas ce qui inspire la volupté. Lafontaine est plaisant, Ovide est voluptueux, Pétrone est débauché.

Quand Fontenelle ^ii^dHi que s'il avait les mains pleines de vérités, il n'en lâcherait aucune, c'était parce qu'il en avait lâché, et qu'on lui avait donné sur les doigts.

Vabhé de Saint-Pierre. — 11 avait la simplicité de rebattre dans les livres les vérités les plus triviales de la morale ; et par une autre simplicité, il J. De Ricliardsou.

?'jG mots de voltaire

proposait presque toujours des choses impossibles comme praticables.

J'ai lu le livre ^ de l'abbé Galiani. 0 le plaisant homme ! 0 le drôle de corps ! on n'a jamais eu plus gaiement raison.

J .-J. Rousseau. — Oh ! Si quelqu'un pouvait rendre aux hommes le service de leur montrer les mêmes vérités, dépouillées de tout ce qui les défigure et les avilit chez cet écrivain, que je le bénirais !

^on Hé loi se- iwQ paraît écrite moitié dans un mauvais lieu et moitié aux petites maisons. Une des infamies de ce siècle est d'avoir applaudi quelque temps à ce monstrueux ouvrage. Les dames qu'il outrage sont assurément d'une autre nature que lui. La Zaide de Mine de Lafayette vaut un peu mieux que la Suissesse ^q Jean- Jacques. qui accouche d'un faux germe pour se marier. Ce polisson m'ennuie et m'indigne, et ses partisans me mettent en colère.

Montesquieu, — C-efiiMic/tel Montaigne législateur. Aussi était-il du pays de Montaigne.

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