‹ Les mots de VoltaireChapitre 4 sur 62 · OG · texte numérisé non relu

OG

Ceux-là seuls ont raison oui se dérobent à la cour et au public.

Il faut qu il y ait des comédiens et des curés comme des cuisiniers et des médecins.

Fanatique de bonne foi. espèce d'hommes toujours dangereuse.

On respecte un préjugé, on en brave un autre; tel manquera à sa promesse, qui n'osera violer son serment.

0 "gens de parti! gens attaqués de la jaumss.e, vous verrez toujours tout jaune.

Dans les sociétés les défauts augmentent et les bonnes qualités diminuent.

On oublie trop et trop vite.

La multitude infinie des mensonges fait des Démocrltes et des Héraclites.

— kl't —

Abus, vice attaché à tous les usages, à toutes les lois, à toutes les institutions humaines ; le détail n"en pourrait être contenu dans une bibliothèque.

On fait de très bons remèdes avec les poisons, mais ce ne sont pas les poisons qui font vivre.

Notre conduite et nos entreprises dépendent uniquement de la trempe de notre âme, et nos succès dépendent de la fortune.

On peut être hardi dans les combats et sensible sur l'échafaud.

Personne n'est plus persuadé que moi que tous les hommes sont égaux, mais avec cette maxime on court risque de mourir de faim si on ne travaille pas.

Il y a une différence si immense entre celui qui a sa fortune toute faite et celui qui la doit faire, que ce ne sont pas deux créatures de la même espèce.

L'homme en général est un animal bien lâche ; il voit tranquillement dévorer son prochain, et

semble content, pourvu qu'on ne le dévore pas ; il regarde encore les boucheries avec leplaisirde la curiosité.

Il ne faut pas trop goûter sa félicité en présence des malheureux.

Ce monde-ci estun vaste amphithéâtre, où chacun est placé au hasard sur son gradin. On croit que la félicité suprême est dans les degrés d'en haut. Quelle erreur !

Il est faux que les petits soient moins agités que les grands : au contraire, leurs désespoirs sont plus vifs, parce qu'ils ont moins de ressources.

Vous lui avez donné une vanité qu'il ne peut justifier et qui le perdra. Il aurait raison s'il avait dix mille livres de rente; mais n'ayant rien, il a tort.

Ce monde-ci est une grande table où les gens d'esprit font bonne chère; les miettes sont pour les sots.

Les pauvres gens sentent au fond de leur

cœur quelque chose qui les avertit de leur désastre.

Un philosophe qui a six mille livres de rente a la pierre philosophale.

On a déclamé contre le luxe depuis deux mille ans, en vers et en prose, et on l'a toujours aimé.

L'honneur a toujours fait de plus grandes choses que l'intérêt.

Parce que nous n'avons pas les attributs d'un Dieu, ne renonçons pas aux facultés d'un homme.

On ne s'attire l'attention que quand on est quelque chose par soi-même.

Les faibles commencements de tout ce qui est grand intéressent toujours les hommes.

Le jugement de la postérité est le seul rempart qu'on ait contre la tyrannie heureuse.

On a vu des hommes qui ont eu quelquefois la

faiblesse de se croire supérieurs à leur profession, ce qui est le sûr moyen d'être au-dessous.

Je ne connais de grands hommes que ceux qui ont rendu de grands services au genre humain.

Je crois que l'humilité est la modestie de l'âme; car la modestie extérieure n'est que la civilité. L'humilité ne peut pas consister à se nier soimême la supériorité qu'on peut avoir acquise sur un autre. L'humilité n'est pas l'abjection; elle est le correctif de ramour-jn-opre, comme la modestie est le correctif de l'orgueil.

Cette vertu * si sociale, ce lien sacré des hommes commence à se relâcher depuis que nous avons des cabarets.

On ne doit jamais montrer de la fierté, que quand on nous propose quelque chose d'indigne de nous. Dans tout autre cas la fierté est méprisable.

Quand les petits garçons et les petites filles déplument leurs moineaux, c'est purement par esprit de curiosité, comme lorsqu'elles mettent en pièces les jupes de leurs poupées. C'est cette

(1) L'hospitalité.

passion seule qui conduit tant de monde aux exécutions publiques. m-

Nul ne rougit de ce qu'il fait de compagnie.

En général les hommes sont sots, ingrats, jaloux, avides du bien d'autrui, abusant de leur supériorité quand ils sont forts et fripons quand ils sont faibles.

On se lasse enfin de combattre pour des querelles dont le monde rit.

On est parvenu enfin à ne plus mettre le luxe que dans le goût et dans la commodité.

La stérilité, en tout genre, est ou un vice de la nature ou un attentat contre la nature.

La gloire de protéger l'innocence vaut le centuple de ce qu'on donne.

L'occasion de faire du mal se trouve cent fois par jour, et celle de faire du bien une fois l'année.

S'il n'y avait que deux hommes sur la terre

comment vivraient-ils ensemble? ils s'aideraient, se nuiraient, se caresseraient, se diraient des injures, se battraient, se réconcilieraient, ne pourraient vivre l'un sans l'autre, ni l'un avec l'autre.

J'ai trouvé souvent l'bumanité parmi les officiers, et la barbarie parmi les gens de robe.

Quiconque a beaucoup de témoins de sa mort meurt toujours avec courage.

Un homme grave est celui qui s'est concilié de l'autorité plus par sa sagesse que par son maintien.

Les hommes ne haïssent celui qu'ils appellent avare, que parce qu'il n'y a rien à gagner avec lui.

Il y avait des avares avant qu'on eût inventé la monnaie.

Toute dureté qui n'est pas nécessaire est un outrage au genre humain .

La mode entre jusque dans les crimes.

Nous respectons plus les morts que les vivants. 11 aurait fallu respecter les uns et les autres.

Les succès sont nécessaires, parce qu'on suppose qu'un homme toujours malheureux Ta été par sa faute.

La nécessité de parler, l'embarras de n'avoir rien à dire, sont deux choses capables de rendre ridicule, même le plus grand homme.

On n'est pas toujours le maître de sa fortune; mais on l'est toujours de faire respecter sa médiocrité et même sa pauvreté.

Le monde est plein de gens d'esprit qui ne savent comment ils doivent penser.

Un service rendu mal à propos est souvent puni comme une trahison.

Ce qui est méprisable est souvent dangereux quand il n'est pas assez méprisé.

Les hommes en général ressemblent aux chiens

qui hurlent quand ils entendent de loin d'autres chiens hurler.

Tout le monde connaît cette réponse prudente d'un cocher à un batelier : Si tu me dis que mon carrosse est un bélitre, je te dirai que ton bateau est un maraud.

Je voudrais que dans un testament on ne parlât jamais que de ses j)arents et de ses amis.

Je compte pour rien ce qu'on donne par son testament; c'est seulement laisser ce qui ne nous appartient plus.

Dieu a dit à chaque homme : « Tu pourras aller jusque là et tu n'iras pas plus loin. Quelle extravagance d'imaginer que chaque homme aurait pu être un Newton!

En général les hommes ont l'esprit de leur état. Pourquoi d'ordinaire nos magistrats, nos avocats, nos médecins, et beaucoup d'ecclésiastiques ontils plus de goût que l'on n'en trouve dans toutes les autres professions? C'est que réellement leur état est d'avoir l'esprit cultivé comme celui d'un marchand est de connaître son négoce.

Les hommes seront toujours fous et ceux qui croient les guérir sont les plus fous de la bande.

Il est peut-être plus commun encore de se tromper soi-même que de chercher à tromper les autres.

Tout est contradiction dans ce- monde. Ce n en est pas une petite de condamner ce qu'on estime et ce qu'on croit dans le fond de son cœur.

L'esprit de curiosité donné de Dieu à l'homme, cette impulsion nécessaire pour nous instruire, nous emporte sans cesse au-delà du but ; comme tous les autres ressorts de notre âme qui, s'ils ne pouvaient nous pousser trop loin, ne nous exciteraient peut-être jamais assez.

C'est ne vivre qu'à demi que de n'oser penser qu'à demi.

Ce qui est devenu ridicule ne peut plus être dangereux.

Il est difficile de comprendre comment les mêmes hommes qui raisonnent si juste et si fine-

4i MOTS DE VOLTAIRE

ment sur les affaires du monde et sur leurs intérêts ont pu se payer de paroles inintelligibles dans presque tout le reste.

Le nombre est très petit de ceux qui cherchent à s'instruire des ressorts de leur corps et de leur pensée. De là vient qu'ils mettent souvent l'un et l'autre entre les mains des charlatans.

Le monde s'agrandit et se déniaise.

Le mystère incompréhensible de la génération est le sceau de l'Etre éternel. C'est la marque la plus chère de sa puissance d'avoir créé le plaisir et d'avoir, par ce plaisir même, perpétué tous les êtres sensibles.

Un nerf part du cerveau, il tourne auprès des yeux, de la bouche, et passe auprès du cœur, il descend aux organes de la génération, et de là vient que les regards sont les avant-coureurs dé la jouissance.

G'est^ l'étoffe de la nature que l'imagination a brodée.

Page 1