INTELLECTUEL
Les (( intellectuels ».
C'est ainsi qu'on a désigné, non sans une nuance d'ironie, un groupe de savants, médecins, professeurs, artistes et littérateurs, qui, profondément émus par les troublantes obscurités de l'affaire Dreyfus, signèrent, après l'acquittement d'Esterhazy, les uns une pétition, les autres une protestation contre la façon dont, à leur avis, la justice avait été rendue.
Le lendemain du jour où avait paru dans l'Aurore la lettre d'Emile Zola intitulée « J'accuse,,. » (13 janvier 1898), le môme journal publiait une protestation ainsi libellée :
« Les soussignés, protestant contre la violation des formes juridiques au procès de 1894 et contre les mystères qui ont entouré l'affaire Esterhazy, persistent à demander la revision. »
Le Temps du 16 janvier et divers autres journaux inséraient, de leur côté, une pétition à la Chambre des députés, demandant de « maintenir les garanties légales des citoyens contre tout arbitraire ».
La plupart des signataires de ces manifestations étant de ceux qui s'adonnent aux travaux de l'esprit, il était naturel que la qualification d'intellectuels leur fût appliquée.
Le plus ancien document dans lequel nous ayons trouvé ce mot avec ce sens spécial est un article de M. Ernest Judet, dans le Petit Journal du 30 janvier suivant, ayant pour titre : Le sens de la patrie.