‹ Les mots qui restent: supplément à la troisème édition du "Musée de la conversation"; répertoireChapitre 5 sur 258 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

Il nous semble que ce sont ceux qui traitent Thistoire avec un tel sans-géiie qu'on peut accuser de commettre un sacrilège.

Fort heureusement, si de pareilles idées ont pu trouver quelque crédit, aujourd'hui on se montre en général plus soucieux d'une crîH<^ue sévère, plus respectueux de la vérité.

Pour notre part, noua voudrions pouvoir contribuer, si peu que ce ce soit, à barrer ïa route à Perreùr, à empêcher la légende de s'installer défini h' veiuent dans l'histoire à la place de la vérité.

Mais il ne faut pas se faire grande illusîoa sur le succès d'efforts de celte nature. Telle légende, dont la fausseté est depuis longtemps démontrée, telle autre, sur laquelle planent les doutes les mieux motivés, sont à ce point implantées dans l'esprit du public, tant de fois reproduites dans les livres et consacrées par les œuvres d'art, qu'elles semblent absolument indéracinables.

Il faut lire encore ce passage de l'éloquente dissertation d'Alfred de Vigny, citée plus haut, pour comprendre comment se forment les légendes et comment elles deviennent indestructibles :

« Examinez de près l'origine de certaines actions, de certains cris héroïques qui s'enfantent on ne sait comment, vous les verrez sortir tout faits des on dit et des murmures de la foule, sans avoir en eux-mêmes autre chose qu'une ombre de vérité ; et pourtant ils demeureront historiques à jamais. — Comme par plaisir et pour se jouer de la postérité, la voix publique invente des mots sublimes pour les prêter, de leur vivant même et sous leurs yeux, à des personnages qui, tout confus, s'en excusent de leur mieux comme ne méritant pas tant de gloire et ne pouvant porter si haute renommée. N'importe, on n'admet point leurs réclamations ; qu'ils les crient, qu'ils les écrivent, qu'ils les publient, qu'ils les signent,

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