CHOU
Le Chou colossal.
(Supplément.)
L'histoire du chou et de la marmite était connue longtemps avant la fable de La Fontaine {le Dépositaire infidèle).
On la trouve notanunent re|)roduite sous cette forme, par J. P. Lange, dans ses Deliciœ acadeinicœ, d'après Jacques Poniixnui^ [Attica ùellarirt^ 1()15-1620) :
« Deux farceurs voulant un jour raconter des choses grandes et in;mïes, le premier dit qu'en un certain pays il avait vu un chou d'une t(îlle grandeur qu'il pourrait abriter cinq cents cavaliers. — Et moi, dit le second, j'ai vu dans un autre pays un chaudron que cent ouvriers étaient en train de fabriquer, et d'une si vaste dimension qu41s ne pouvaient entendre les cou|)s frappés ])ar les autres. Le premier reprit : Qucî voulaient-ils donc faire, mon Dieu, d'un si grand chaudron ? L'autre répondit : C'était pour y faire cuire; ton chou. » (ïleilbronn, 1665, livre III, p. 122.)
« Fils de saint Louis, montez au ciel ! »
Ainsi se sorait (exprimé Tabbé Edgeworth de Firmont, confesseur de Louis XVI, lors qu'il accompagna au pied de Téchafaud le malheurtmx prince que Michèle»! a eu le triste courage d'appeler le « faux martyr ». [Histoire de la Révolution française, t. VI, 1878, p. 291.)
Cette belle parole, que tant d'historiens ont répétée, a été l'objet de plusieurs études critiques, parmi lesquelles nous citerons celle de M. Louis Combes, dans ses Episodes et curiosités révolutionnaires (1872, p. 236-247), C(dl(î M. Edouard Fournier iV Esprit dans r/iistoire^ 5" édition, [>. 379), vA celle de M. Du Fresne de Beaucourt, dans la Revue des questions historiques du V' octobre J892 (p. 564 à 576).
Il résulte des nombreux documents recueillis par les deux premiers dcî ces auteurs que l'abbé Edgeworth n'a rien dit de semblabh>. Il aurait aflirmé lui-même qu'il n'en avait gardé aucun souvenir, et le mot aurait été inventé dans un souper, le soir de l'exécution.
M. Combes ajoute ce détail :
« M. Michelet rapporte qu'un de ses amis, fort jeune? alors, l'a entendu faire. Deux jouriudistes, le jour de l'exécution, dînaient dans un des pavillons de restaurateur à l'entrée des Champs-Elysées. « Qu'aurais-tu » dit à la |)lace du confesseur ? dit l'un d'eux. — Hien de » plus simple ; j'aurais dit : Fils de saint Louis, montiez » au ci(d ! »
(M. Cond)es ne? nous dit pas à quel ouvrage de Michelet il emprunte ces lignes, qui ne figurent pas dans son récit de la mort du roi.)
Ce témoignage est d'autant moins négligeable qu'il
se trouve nettement confirmé pnr un passage d(?s J/:'nioires du baron d' Haussez, ministre de la marine à la
fin de la Restauration (1778-1854).
A propos d'une statue de Louis XVI allant au supplice, dont le projet avait été adopté en 1824, il écrit dans une note (t. II, p. 20) :
« Le comte Beugnot m'a, à ce sujet, rapporté l'anecdote suivante : « Le jour de la mort du roi, dit-il, j'étais » avec quelques amis (jui partageaient ma doulenr. » L'idée vint à un de nous d'(^imoblir ce qui était si >) affligeant, et il proposa de mcittre dans la bouche du » prêtre qui accompagnait le monar([ue, le mot vraiment » sublime qui a fait une si grande fortune. » L'abbé Edgeworth a dû être bien surpris i\\\ voyant le lendemain dans les journaux que son cœur avait été si bien servi par son esprit. »
On a cru longtemps que l'auteur du mot était Charles His, qui rédigeait alors le Républicain français. M. Fournier est d'avis qu'il faut (mi restituer la paternité à Charles Lacretelle, dit Lacretelle jeune . Voici commimt cet historien s'exprime, dans ses Dix années cVépreuves pendant la Révolution (1842, p. 134) :
(( Je fis dans l'un des journaux du temps, scmmis à l'uniqmî censure de la guillotine, un récit des derniers moments de Lous XVI. Comme c'était alors pr.îsqucî le seul où respirât de l'intérêt pour l'auguste victime, il fut généralement copié et traduit dans plus d'une langue. C'est là que se trouve le mot attribué au confesseur du roi, l'abbé Edgeworth... J'en ai cherché depuis vainement Fauteur. Jcî ne me crois pas assez éloquent pour l'avoir trouvé, et il me semble que h; souvenir d'une telle invention ne doit point se perdre ; j'ai pu avec franchise l'insérer dans mon Histoire de la Convcmtion, qui parut • d'abord sous hî titre de Précis historique (18061. »
M. Combes a inutilement cherclié l'article en question
dans les journaux du temps. Il a trouvé le mot pour la prvîuiière fois reproduit, sous une forme un peu différente, au bas d'une gravure des Révolutions de Paris, qui se rapporte au n** 185(19-26 janvier 1792), mais qui ne dut paraître que dans le courant de mars, avec le numéro 192.
M. Fournier nous assure que Ch. Lacretelle, moins modeste dans Tintimité, se reconnaissait volontiers l'auteur de la belle parole attribuée à Tabbé Edgeworth. Un tel aveu fait plus d'honneur à son imagination d'artiste qu'à sa conscience d'historien.
M. le marquis de Beaucourt n'attache qu'une médiocre valeur à Tattribution nouvelle produite par M. Fournier, et passe sous silence les témoignages rapportés par Michelet et par M. d'Haussez. Il cite un grand nombre d'extraits empruntés à divers historiens et narrateurs, qui ont reproduit le mot conformément à la tradition. Malheureusement, il esta remarquer qu'aucun de ces documents n'émane d'un témoin pouvant affirmer qu'il a entendu l'abbé Edgeworth prononcer la fameuse phrase. Aussi hésite-t-il avec beaucoup de raison à conclure d'une manière positive à son authenticité.
(( Il est avec le ciel des acoommodeinents. »
C'est ainsi que l'on cite ordinairement une parole que Molière a mise dans la bouche de Tartuffe sous cette forme :
Le Ciel défend, de vrai, certains contentements ; Mais on trouve avec lui des accommodements.
{Le Tartuffe ou l'Iiiiposteur, 1664, acte IV, scène v, vers 1487-1488.)
La forme généralement adoptée pour cette citation se