‹ Les mots qui restent: supplément à la troisème édition du "Musée de la conversation"; répertoireChapitre 68 sur 258 · DÉSOLATION DIEU · texte numérisé non relu

DÉSOLATION DIEU

Les orateurs et les écrivains sacrés ont pieusement conservé cette expression, par laquelle ils entendent le triomphe de Tidolàtrie, le sacrilège et les plus grandes profanations.

L'homme est un dieu tombé qui se souvient des ci eux.

Le deuxième morceau des Méditations poétiques de Lamartine est intitulé : Vliomme,

L'auteur s'adresse à lord Byron et le conjure, en des vers d'une admirable harmonie, de se soumettre à la volonté divine qui interdit à Thomme de tout connaître. Descends, dit-il,

Descends du rang des dieux qu'occupait ton audace ; Tout est bien, tout est bon, tout est grand à sa place ; Que celui qui Ta fait t'explique l'univers... Borné dans ses désirs, infini dans ses vœux.

L'homme est un dieu tombé qui se souvient descieux.

Lamartine publia ce premier volume de Méditations en 1820, à Tâge de trente ans.

a Lia crainte fit les dieux, l'audace a fait les rois. »

(Supplément.)

Ce vers de Crébillon semble avoir été inspiré en partie par un vers de Stace, qu'on a parfois attribué à Lucrèce.

Louis XVIII partageait cette erreur, comme le rappelait M. Cuvillier-Fleury recevant M. X. Marmier à l'Académie française (7 déc. 1871), à la place de M. ae Pongerville.

(( On sait, disait-il, c[ue Tauteur d(; la Charte s'était donné le luxe innocent des citations latines et des

t imMÊ,ué^nmm^ ■■ -<■•— *■. jé • Mt ii^a w^m^. ^i^fc^J^— A^

à-])ro|)os érudits. « Comment avoz-voiis traduit ce vers de Lucrèce ? » dit-il un jour ù M. de Pongerville, qui reçut, ne sV attendant guère, la question et le vers en pleine poitrine : Priinus in orbe deos fecit timor,,.

» Le traducteur n'hésite pas une minute et répond : La crainte sur la terre a créé les faux dieux.

(( Les faux dieux ? » dit le roi, « allons donc ! » Le texte de Lucrèce n\;ndit pas tant. — C'est vrai, )) Sire, c'est un vers à refaire, » et en réalité Pongerville avait improvisé sa réponse. Le vers était de Stace, dans la Thébaïde (liv. III, v. 661). Le roi avait fait une fausse citation. Le poète le savait et n'avait pas osé le dire au roi... Politesse, non de courtisan, mais d'homme bien élevé. »

Nous ajouterons que le vers de Stace (61-96 de J.-C.) se trouvait déjà dans un fragment attribué à Pétrone (mort l'an 67 de J.-C,), (;t intitulé : Timor,

deorum o/'^g^o.(Ed. Panckoucke; Pétrone, t. Il, p. 237.)

<( Mon Dieu- je ! »

Théodore de Banville, dans un article que reproduisait V Almanach parisien do Feriiand Desnoyers (année 1860, p. 57), rappelle ce mot, ou, si l'on V(;ut, ce tic de Lassagne, acteur des Variétés, mort en 1863. Il disait aussi, à la grande joie du public : '< Seigneur-jç », et « Désespoir 'je . »

« Ce qu'il y a de plus extraordinaire aujourd'hui, écrivait Banville,' c'est le mon diku-je ! de Lassagne. »

Cet artiste, plus particulièrement chargé des rôles de paysans et de troiipiei\s, avait pu contracter ces tics en imitant le parler gauchement prétentieux que l'on prête aux campagnards.

On dit bien : Que sais-je ? Que vois-je ? Pourquoi ne pas dire aussi bien : Où cours-je ? D*oh sors-je ? Que perds-je ? Au besoin même, pour cette dernière expression, on pourrait invoquer Tautorité du grand Corneille lui-même, qui faisait dire à Aglatide dans sa tragédie àWgélisas ;

Ne perds-je pas assez, sans doubler l'infortune ?..

(1666, acte II, se. vu, vers 842.)

Pourquoi s'arrêttîr en si belle voie et, au lieu du wX- ^dixwimon Dieu ! ne pas aller comme Lassagne jusqu'à mon Dieu-je ! N'(îst-cepas mille fois plus gracieux ?

Mais qui se souvient aujourdMiui des tics de Lassagne ? Qui se souvient du giiouf! giiouf! iXa Grassôt ?... C'est le sort des acteurs de mourir tout entiers.

« Rappelez-vous, disait ^ean à miss Anna dans la pièce de Dumas, que l'acteur ne laisse rien après lui, qu'il ne vit (jue pendant sa vie;, que sa mémoire s'en va avec la génération à laquelle il appartient, et qu'il tombe un jour dans la nuit... du trùne dans le néant... »

\Keaii ou Désordre et génie ; Variétés, 31 août 1836; acte II, se. IV.)

Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.

(Supplément.)

Au plus fort d(î la Terreur, Rol)espierre reprit à son compte la formule créée par Voltaire.

Prenant la défense d(î la liberté des cultes, à la séance des Jacobins du 1*''* frimaini an II (21 novembre 179.3), il pronon(^*a ces parohîs qu'on ne s'attend peutètrcî pas à rencontrer dans la bouclie d'un tel liomme :

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