‹ Les mots qui restent: supplément à la troisème édition du "Musée de la conversation"; répertoireChapitre 92 sur 258 · ERREUR — ÉTAT · texte numérisé non relu

ERREUR — ÉTAT

ot domain ne la sera plus ; et que le traiect d'une rivière faict crime ? Quelle Viîrité est ce que ces montaignes bornent, mensonge au monde qui se tient au delà ? »

[Essais^ livre II, chap. xii ; éd. Lefèvre, 1823, t. 111, p, 304.)

Pourquoi ne pas citer aussi ces réflexions de Tillustre Gobseck, exposant sa philosophie à Tavoué Derville, dans les Scènes de la vie privée, de Balzac :

« Mes principes ont varié comme ceux des hommes, j'en ai dû changer à chaque latitude. Ce que l'Europe admire, l'Asie le punit, ce qui est un vice à Paris est une nécessité quand on a passé les Açores. Rien n'est hxe ici-bas, il n'y existe que dcîs conventions qui S(^ modifient suivant les climats. »

Balzac a daté Gobseck de janvier 1830.

(( L'État, c'est moi. »

Comnn; tant d'autres mots historiques, celui-ci est d'une autlienticité fort douteuse.

Le 20 mars 1655, le cardinal Mazarin avait fait enregistrer par le parlement plusieurs édits bursaux, dont l'un, soit dit en passant, relatif à la marque du papier et du parchemin pour actes notariés, a donné naissance à l'impôt du timbre.

Le parUnnent ayant manif(»sté l'intention d'annuler C(îs édits, Louis XIV, alors âgé de dix-sept ans, décidé à les mainttmir, se présenta lui-même devant cette assemblée, dans un lit de justice tenu le 13 avril suivant, pour lui signifier sa volonté, très certainement inspirée par Mazarin.

(( C'est ici, écrit M. ChéruoI dans son Histoire de l'Administration monarchique en France (1855, t. II, . 32), que Ton place, d'après une tradition suspecte, e récit de l'apparition de Louis XIV dans le parlement, un fouet à la main, et qu'on lui prête la réponse fameuse au premier président (Pomponne de Bellièvre) qui parlait de l'intérêt de l'État : « L'État, c'est moi. »

D'après les Mémoires de Montglat (21'"'^ campagne), qui place cette anecdote au 10 avril, le roi serait venu « le matin au parlement, en justaucorps rouge et chapeau gris, accompagné de toute sa cour en même équipage : ce qui était inusité jusqu'à ce jour. »

Gomme le roi arrivait ài\ Vincennes, où il allait souvent chasser, on a pu supposer qu'il était alors dans sa tenue de chasseur. Mais cela est d'autant moins probable qu'avant de se rendre au parlement, il était entré à la Sainte-Chapelle.

M. Louis Vian, dans un intéressant article de la Revue des questions historiques du 1*"" octobre 1882 : Louis XIV au parlement^ estime qucî le roi devait être en costume convenable, et que la légende du fouet a été imaginée par Voltaire, dans l'intérêt de la mise en scène. (Voy. le Siècle de Louis A7F, chap. XXIV.)

Quant aux paroles du roi, les voici telles que nous les avons relevées sur les registres manuscrits du parlement à la date du mardi 13 avril 1655 :

« Ledict seigneur Roy a dict, M(*ssieurs, chacun sçait les malheurs qu'ont produit hîs assemblées du parlement. Je veux les prévenir et que l'on cesse celles qui sont commencées sur lois et édictz que j'ay aportés, lesquels je veux être exécutés. Monsieur le premier président, je vous deffend de; souffrir aucuni^s assemblées et a pas un de vous de la demander. Et aussy tost s'est retiré. » {Conseil secret, archives nat., registre coté X^a^ 8390, fol. 90 R^)

II paraît donc bien certain que, si Louis XIV a jamais prononcé le mot brutal qu'on lui prête, ce ne lut pas en c(itt(î circonstance. Ce ne dut pas être non plus^ pendant toute la période de son règncî qui précéda la mort d(; Mazarin 9 mars IGGl. On sait qu'alors il était plus occupé de ses plaisirs que du gouvernement de son royaume, laissant au cardinal la haute direction des^ alîainîs (h» TEtat.

Ce u'(;st (pie lorsqu'il perdit son premier ministre qu'il prit personnellemcmt possession du pouvoir. L'abbé de Choisy rapi)orte, au chapitr(; II de ses Mémoires^ que le lendemain de la mort de Mazarln, l'archevêque de Rouen dit au roi : « Sire», j'ai l'honneiir de présider à l'assembh^e du clergé de votre royaumcî. Votre Majesté m'a voit ordonné (h» m'adn^sser à M. le cardinal pour t(mt(»s les alîaires : le voilà mort ; à (jui veut-elle que je m'a(h*ess(» à l'avenir ? — A moi, M. l'archevêque », aurait répondu le roi.

Si le fameux mot n'a pas été dit, il faut rectmnaîtré qu'il résume fort (exactement la pensé(î intime de Louis XIV dans toute la suite de son règiu^ et h^s idées (pi'on se i)laisait à entretenir autour d(î lui.

Hossuet, dans sa Politique tirée des propres paroles^ (le V Ecriture sainte, ouvrage comi)osé pour le dauphin,, disait :

« La nuy esté est l'image de la grandeur de Dieu dans le princ(î.

» Dieu est infini. Dieu est tout. Le prince, en tant (jue prince, n'est- i)as regardé comme un homme particulier : c'est un personnage public, tout l'état Est en LUI ; la volonté de tout le peujde est renfermée dans la sienne. »

(Livre V, art. 4, 1'*' proposition.)

M. Lémontey, dans son Essai sur la monarchie de

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