SCENE X Les Mêmes, ANNE-MARIE
ANNE-MARIE
Madame est servie !
(On s'assied autour de la table que les servantes ont avancée.) YVONNE
Durant la belle saison il est agréable de recevoir directement la brise de la mer, n'est-ce pas?
MADAME DARNOT
Sans doute.
Oui. (Fredonnant.) Et l'on voit passer les bateaux tout le long de l'eau en vidant son verre. Mais l'ombre est légère. La boisson va s'échauffer. Je propose d'avancer la table ici. Qu'en dites-vous, mesdames?
CI1AMBALOT
Les crevettes se mangent avec les doigts...
GILBERTE
Oh!
ADRIENNE
Avec les dents... aussi...
CHAMBALOT
Vous permettez que je compose un « beurre de poisson ».
GILBERTE
Un beurre de poisson?
CHAMBALOT
Oui... Tenez. On prend un bon morceau de beurre... un bon morceau... Au moyen de la fourchette, on écrase les crevettes dedans... Là, comme ça!... Et on avale. Les pattes, la tête, les anneaux. Tout passe dans le beurre... Imitez-moi. Vous me remercierez!
ADRIENNE
J'aime mieux non. Ça ne vous oflense pas?
Vous êtes libre. Oh! vous êtes libre! Seulement pardonnez-moi : vous ne savez pas apprécier les succulences. Les Australiens appellent cette friandise le fisch-toast. Avec une tartine de fromage fondu et brûlant, saupoudré de chapelure, ce mets vaut l'ambroisie.
MADAME DARNOT
Ça doit empester?
CHAMBALOT
Du tout. A Melbourne, quand je passais devant les bars, ce parfum éveillait aussitôt mon appétit.
GILBERTE
Je n'aimerais pas ça !
YVONNE
Gilberte, prends garde, tu vas tacher la nappe, mon enfant ; il ne faut pas tenir son verre incliné comme ça.
AORIENNE, très gracieuse, au docteur.
Avez-vous travaillé ce matin, monsieur l'alchimiste?... Et à quel nouveau miracle?
CHAMBALOT
Alors? En introduisant du manganèse et de l'argent dans les veines, tu réussis à renforcer le pouvoir des propriétés électriques, à former, en quelque sorte, la pile, à dégager un fluide qui multiplie les énergies du sang. Est-ce bien ça?
K.ERVIL
Oui.
ADRIENNE, véritablement contente.
Ça va?
KERVIL
» Ça va même très vite.
YVONNE, impatientée.
Jean, offre donc le sel à Mme Darnot... Giberte, tu laisses glisser ta serviette... Voyons, ramasse ta serviette.
GILBERTE
Voilà... voilà!...
CHAMBALOT
Vous suivez les expériences de chimie organique, madame?
ADRIENNE, éloquente et coquette.
Mais, monsieur, pensez donc ! On nous découvre les secrets des forces qui animent les êtres, qui font palpiter les chairs, et grâce à quoi notre vigueur s'augmente, nos membres se meuvent, notre cerveau pense, notre idée s'exalte... Qui donc ne regarderait pas indéfiniment Prométhée produire le feu nouveau?
CHAMBALOT
Très bien!... Mais, très bien! C'est très bien. . . Quand ça paraît-il en librairie ?
ADRIENNE, avec un accent de mystère passionne. Je garde pour moi mes émotions...
Pour elle et ses intimes.
ADRIENNE
Quelles heures incomparables vous passez dans votre laboratoire, monsieur le dieu! Que je voudrais savoir davantage afin d'éprouver de telles sensations !
YVONNE
Moi, je les ai longtemps éprouvées. Ces instants-là compensent tant de peines.
MADAME DARNOT
Il a compromis sa santé.
YVONNE
Sa fortune.
ADRIENNE
Il s'interdit toutes les distractions, la lecture même, pour sauver des existences humaines.
YVONNE, enthousiaste et opiniâtre.
Il les sauvera !
MADAME DARNOT
Il les sauvera.
ADRIENNE
C'est absolument sûr.
YVONNE
On ne peut plus douter.
ADRIENNE, enchantée.
Tu ne doutes plus, n'est-ce pas, Yvonne?
YVONNE, très vaillante.
Mais je n'ai jamais douté... moi!
KERVIL
Elle n'a jamais douté...
3o LES MOUETTES
MADAME DARNOT
Elle aime trop pour ça.
GILBERTE
Mère dit toujours que vous serez le plus illustre savant du xx° siècle...
CHAMBALOT
Ecoute, mon cher : au lieu d'inoculer quelques lapins de choux, tu devrais immuniser des chevaux.
KERVIL
Evidemment! Sinon je ne pourrai pas obtenir une quantité et une qualité de sérum suffisantes pour traiter les malades à l'hôpital.
CHAMBALOT
Il te faut cinq cents cas de guérison au moins...
YVONNE, timide.
Acheter plusieurs chevaux vivants ?
On pourra monter dessus.
YVONNE
Et les nourrir! Pendant combien de temps?
KERVIL
Un, deux, trois ans au plus... C'est une dépense.
ADRIENNE, rageuse.
Dire qu'il s'en faut de cela, d'un peu de cet argent
LES MOUETTES 3l
que tant d'imbéciles dilapident afin détonner les badauds de restaurant.
YVONNE, amère.
Oui, il s'en faut de cela pour sauver d'innombrables vies humaines.
ADRIENNE
Ça vous décourage .
CHAMBALOT, à la servante.
Non, merci : pas de ragoût... Ces morceaux qu'on a mélangés, qu'on a noyés dans une sauce obscure : on ne s'y reconnaît pas. J'aime bien discerner ce que . je mange, moi. Et vous, madame?
ADRIENNE, revenant sur la terre.
Moi?... Peu m'importe.
CHAMBALOT
Vous avez tort. Demandez au docteur... Plus on multiplie les sensations, plus on exerce son esprit. La gourmandise développe l'intelligence.
KERVIL
Certainement.
GILBERTE
Et tu m'empêcheras encore d'entrer dans les pâtisseries, grand'mcre !
YVONNE
Gilberte, quand montres-tu les épreuves de tes clichés?
3q les mouettes
gilberte
Tout à l'heure. Vous verrez! C'est ravissant... Il y a un docteur et ma petite mère sous l'ombrelle de plage... Je ne vous dis que ça!
CHAMBALOT
Une idylle.
GILBERTE
Comment?
CHAMBALOT
En grec : Eïdullion signifie « petit tableau ». Eh bien, c'est un petit tableau que atous avez fixé sur la plaque sensible.
ADRIENNE, empressée pour une diversion.
A-t-elle de jolies couleurs, ma fille, ce matin? Voyez-moi ça ! Et quel appétit?
Elle se porte vraiment mieux.
CHAMBALOT
A la voir, on liquéfierait l'air de l'Océan, pour le mettre en bouteilles, et le lancer comme régénérateur.
ADRIENNE, politique.
Monsieur, pourquoi votre Société des Produits Pharmaceutiques ne s'intéresserait-elle pas aux travaux du docteur Kervil?
CHAMBALOT
Nous y songeons.
KERVIL
Chambalot, je te le répète : tu n'es pas venu seulement pour me rendre une visite de vieux camarade.
YVONNE
Monsieur, comme je vous remercierais!
CHAMBALOT
Ne me remerciez pas : il n'y a rien de fait. Pas mauvaise la salade...
YVONNE '
Un peu trop de vinaigre...
CHAMBALOT
Il n'en faut pas trop. C'est comme les ennemis... Un peu. C'est bon, ça parle de nous... Trop... ça nuit... ça cuit! Hein, Kervil, tu dois en savoir quelque chose?
KERVIL
Des ennemis?... Moi?
ADRIENNE, brusque.
Qui donc peut le haïr, lui?
YVONNE, stupéfaite.
Mon pauvre Jean!... Tu as des ennemis?
ADRIENNE, en colère.
Lui? oh, par exemple!...
MADAME DARNOT
Quel genre d'ennemis?
CHAMBALOT
Des rivaux. Des émules. Des amis, si vous préférez. C'est la même chose.
KERVIL
Qui?
CHAMBALOT
Nos anciens camarades. Toute la brasserie « Pantagruel », ta promotion d'internat, tes collègues de la marine : Roussel, Laurent, Gardouel... et les autres...
YVONNE, blessée.
Gomme c'est étrange ! Tout le monde l'adore ici.
Que leur ai -je fait?
CHAMBALOT
Une notice que l'Académie discute... J'ai demandé un peu d'huile d'olive.
YVONNE, ricanant.
De la jalousie, alors?
MADAME DARNOT
Ça ne aompte pas.
ADRIEXNE, dédaigneuse.
Docteur, il vous suffit de mépriser.
CHAMBALOT, remuant la salade.
Hé! hé! Mauvais système.' Ces braves garçons ne
lui pardonnent pas de surgir sur le chemin du succès, de leur succès... C'est de l'huile d'olive, hein?... Au congrès de physiologie, nous nous trouvions là, des pharmaciens, des chimistes, des entomologistes, des histologistes, des biologistes... On s'était groupé par promotions... Je bavardais avec l'un, avec l'autre, lorsque tout à coup on apprend ta veine.. . Ah ! là là ! Kervil, le bon Kervil, notre vieux Kervil, qui jusqu'alors ne gênait personne, Kervil le major de marine, à fond de cale quelque part, dans les mers de la Sonde ou sur les côtes de la Patagonie, Kervil a sa notice commentée à l'Académie ! Ah mais ! Ah mais ! Voyez-vous ça : il prend la meilleure place convoitée. Il dépasse d'un coup ses camarades de l'internat. Ah mais! ah mais!... Chacun se rebiffe!... Moi-même je me suis rebiffé comme un autre. Mais oui.
MADAME DARNOT
M. Chambalot ne s'embarrasse pas d'hypocrisie !
Alors vous faisiez chorus avec ses détracteurs?
CHAMBALOT
D'abord. Après j'ai défendu Kervil.
MADAME DARNOT
Sûr?
CHAMBALOT
Voyons! Un sérum : ça se lance, ça s'exploite»?
ADRIENNE
C'est juste !
MADAME DARXOT
Et si vous n' aviez pas flairé un bénéfice?
CHAMBALOT
J'aurais rugi comme les autres.
ADRIENXE, souriant.
Ah, monsieur!
CHAMBALOT
Quoi? Pensez- vous qu'on laisse un concurrent s'emparer dune chance, sans se débrouiller, sans protester, sans hurler?... On rage, vous comprenez!
YVONNE, révoltée.
Non, je ne comprends pas...
C'est du propre!
MADAME DARNOT
Expliquez-moi de quelle manière ces envieux peuvent nuire au docteur.
CHAMBALOT
Ils détruiront, par leurs critiques acerbes, l'effet de toute la publicité que mettrait en œuvre une compagnie financière.
KERVIL
C'est à craindre. On exagérera les points faibles de la théorie. Ils ne sont qu'accessoires. On en fera l'essentiel.
CHAMBALOT
D'ailleurs, ils sont là quelques gaillards très intelligents, et d'autant plus irritables que le sort ingrat les voue à la misère.
KERVIL
Contre toute justice.
ADRIENNE
Allons donc! Le génie s'impose toujours.
CHAMBALOT
A votre place, madame Kervil, je me défierais... .Madame défend votre mari avec un empressement chaleureux.
Le docteur Kervil, jusqu'au dernier jour, a défendu, lui, mon malheureux fils contre la maladie. Son dévouement nous a sauvées de difficultés graves, après la catastrophe.
KERVIL
Non. (Impatient.) Yvonne, faites servir le café. Anne- Marie, le café. (On se lève de table.) Que fumes-tu?
CHAMBALOT
J'ai mes cigares... (En se fouillant, il extrait un amas de lettres.)
KERVIL
Quel paquet de lettres!
CHAMBALOT
Nous avons écrit à tes confrères, quand il fut ques-
lion de t'offrir la commandite de notre société... Voici, d'abord, une première lettre de notre ami Perdrot; 16 avril 1906... ayant la notice à l'académie... Je passe le préambule, etc.. etc.. « Quant à Kervil... C'est vraiment quelqu'un... Le panier de provisions est léger à son bras... Je veux dire que son érudition ne l'embarrasse pas. qu'il l'utilise aisément, dans un but précis... Qualité bien rare, et digne de son esprit scrupuleux... » Deuxième lettre datée du 20 mai 1906... Après le succès de la notice... « Et Kervil? Quel silence assourdissant!... Il n'est question que de lui... Mais rien, rien, rien, ne sort de ce vacarme... Dans ses communications il loge toutes ses lectures... Ce n'est pas du Kervil, c'est du tout le monde, depuis Hippocrate jusqu'à Kocb... »
KERVIL
Il faut bien que je cite les autorités à l'appui de ma
thèse.
YVOXXE
Jean n'affirme rien sans preuves !
CHAMBALOT
Perdrot a tort. Je cite son état d'esprit qui semble celui de la plupart.
ADRIEXXE
Vous ne me forcerez pas à croire que la plupart s'acharnent à dénigrer...
KERVIL
Le cœur d'un émule n'est pas un cœur d'épouse... ou de parente.
LES MOUETTES 3o,
Mme DARNOT
Le docteur aura toujours, pour lui, les maîtres.
CHAMBALOT
Heu ! Kervil a fait des gaffes.
YVONNE, relevant le mot.
Des gaffes?
ADRIENNE, éclatant de rire.
Lui, « l'homme de tact » par excellence.
CHAMBALOT
Des gaffes!... Ainsi, lorsque vous êtes venus à Paris tous les deux, votre mari ne vous a point présentée à M^e de Bénise. Or vous deviez' bien cela l'un et l'autre au docteur Prostet qui avait lu la communication aux académiciens. Première gaffe !
Mme DARNOT
Mme de Bénise n'est-elle pas une ancienne dame galante ?
YVONNE, sérieuse.
Les femmes honnêtes ne se permettent pas de la fréquenter. C'est une règle élémentaire des convenances.
CHAMBALOT
Oui, en province, non à Paris.
MADAME DARNOT
Mmo de Bénise n'a-t-elle pas recueilli le docteur Prostet quand petit interne à l' Hôtel-Dieu il traînait
4o LES MOUETTES
des bottines éculées et des jaquettes verdies. Elle 1* «a trouvé joli, intelligent.
CHAMBALOT
Oui : elle lui a donné d'abord... le reste, puis bon souper, bon gîte,..
KERVIL
Il a recruté sa clientèle parmi les nombreux et riches sigisbées de cette personne aimable.
CHAMBALOT
Comme il se pique de gratitude, il exige qu'on vénère son amie... Kervil les a froissés. Terrible gaffe 1
ADRIENNE, autoritaire.
Les honnêtes gens l'approuveront, eux !
CIIAMBALOT
Sans le commanditer. Les honnêtes gens ne commanditent jamais.
YVONNE, nerveuse.
Grâce à Dieu, Jean me respecte assez.
CHAMBALOT
Ta, ta. ta! De son vivant ma femme rendait visite à Mmo de Bénise, et nous la recevions dans notre campagne.
KERVIL
Perdrot l'invite, lui. à tous les dîners qu'offre Mmc Perdrot!
CHAMBALOT
Maintenant!... Autre gaffe : votre mari dédaigne de se rendre aux banquets de corps.
KERVIL
J'adresse toujours des télégrammes aux divers présidents.
MADAME DARNOT
Ça ne suffit pas. Mon pauvre fils assistait à tous les festins électoraux, luit
ADRIENNE, riant avec bruit.
Soyez vorace, docteur, si vous tenez à ce que vos expériences s'achèvent.
Ai-je le temps de courir à Paris banqueter toutes les semaines ?
CHAMBALOT
Autre gaffe : vous n'avez pas souscrit pour la nouvelle statue de Claude Bernard.
YVONNE
Beaucoup de médecins ne souscrivent pas non plus.
KERVIL
La statue ne peut être érigée faute de générosités suffisantes.
CHAMBALOT
Ce camouflet vexe les organisateurs. Ils tiennent bonne note de ceux qui se dérobèrent. Gaffe; je vous dis : gaffe !
YVONNE, désespérée.
Nous n'avons pas les moyens !
CHAMBALOT
Autre gaffe : les médecins et les apothicaires de province se plaignent que tu n'aies pas répondu à leurs demandes de renseignements sur la valeur électrique du sang... Gaffe! Tu ne remercies pas non plus, avec l'emphase nécessaire, les revues spéciales qui rendent compte de tes travaux : gaffe!... Autant de gaffes, autant d'ennemis !
YVONNE, en détresse.
Mais je dépense cinquante francs par mois pour les timbres !
MADAME DARNOT
Décidément, c'est comme en politique. Kervil commence à devenir célèbre. Il sied qu'il paye la fanfare.
ADRIENNE
Est-ce la faute du docteur, s'il ne peut?
CHAMBALOT
De tous les vices, la pauvreté est celui qu'on pardonne le moins.
ADRIENNE. (.Elle frappe la table.) Parmi les financiers, oui; mais parmi les savants?
CHAMBALOT
Alors la richesse est le résultat qu'on prise le plus.
ADRIENNE
C'est faux !
YVONNE, criant.
C'est faux !... Jean n'a-t-il pas dénoncé publiquement les monstrueuses bévues de Robertson, le millionnaire ; et malgré la renommée considérable de ce charlatan.
CHAMBALOT
Autre gaffe ! Tous ceux à qui Robertson prête de l'argent, tous ceux qui rencontrent chez lui des personnages utiles, tous ceux qui flirtent avec sa trop jolie femme, voilà les ennemis désignés de Kervil... Oh, les gaffes, les gaffes.
On ne lui saura pas gré d'avoir eu le courage de dire la vérité, même aux puissants.
CHAMBALOT
On lui saura gré par-dessous. Mais par-dessus, pour ne pas se mettre mal avec la clique Robertson, on l'accusera d'envie et de jalousie, tout comme vous accusez d'envie et de jalousie ceux qui vont l'attaquer, chère madame.
ADRIENNE
Vous vous rangez presque avec ceux-là.
CHAMBALOT
Moi? Pouvez-vous dire!
ADRIENNE, ennemie.
Mais oui... vous ne différez pas des autres...
MADAME DARNOT
Vous accepterez bien cependant qu'un honnête
homme vive à l'écart, loin -de tous les trafics et de toutes les machinations.
YVONNE
Qu'il refuse de conduire sa femme chez des personnes légères.
CHAMBALOT
Eh bien, qu'il demeure dans son trou de Bretagne. Quand il aura soixante ans. le monde admettra peutêtre l'importance de ses travaux. D'abord, pourquoi veut-il réussir tout de suite?
YVONNE, dévole.
Pour sauver des milliers d'existences.
CHAMBALOT
Ça n'intéresse personne, ça... Non... personne!
MADAME DARNOT
Ça l'intéresse, lui!
YVONNE
Sa conduite leur fait honte !
ADRIENNE
Ils ne tolèrent pas qu'il leur soit supérieur par la
conscience!
YVONNE
Voilà tout !
CHAMBALOT
Mais c'est une galle en effet que de se rendre odieux, en affectant une vertu qui ne peut que condamner les faiblesses d'autrui, s;ms indulgence.
LES MOUETTES /p
KERV1L
Oui, c'est à la fois beaucoup trop de vanité, et beaucoup trop de mépris,
CHAMBALOT
Voilà comment on détruit son œuvre !
ADRIENNE, calme, à Chambalot.
Eh bien, à vous la mission de la divulguer, cette œuvre ! . . .
CHAMBALOT
A moi?... Je ne me charge pas d'une mission! J'examine les chances d'une aflàire.
KERVIL
Et les chances sont diminuées par toutes ces antipathies.
YVONNE, les larmes dans la voix.
Il ne se trouvera donc pas d'honnêtes gens pour le soutenir contre cette cabale?
ADRIENNE
Il s'en trouvera !
CHAMBALOT
Seulement ceux que vous appelez les honnêtes gens ne jouissent d'aucune influence à Paris. Ce sont des timides. Ils s'indignent dans leur coin, prudemment.
YVONNE
Trop prudemment.
ADRIENNE
Hé oui, les honnêtes gens sont lâches!...
KERVIE
Ils sauvegardent leur quiétude...
Ils laissent agir les méchants qui sont audacieux...
ADRIEXXE
Alors, le respect du travail et du talent n'atténue pas dans les esprits toutes ces raisons [misérables de le haïr?
Cil VMBALOT
Ça viendra, ça viendra!... L'enquête n'est pas terminée. Quand j'aurai passé avec luij deux ou trois jours, dans son laboratoire, j'enverrai mon rapport. La Compagnie jugera.