‹ Les mouettesChapitre 16 sur 36 · SCÈNE PREMIÈRE CHAMBALOT, ANNE-MARIE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE CHAMBALOT, ANNE-MARIE

ANNE-MARIE, que Chambalot caresse.

Je voudrais rester comme ça tout le temps... C'est du bonheur.

CHAMBALOT

Mignonne, écoute-moi : si tu m'aimes... Tu m'aimes? Oui... Eh bien, si tu m'aimes... (A voix basse) dépêche-toi d'essuyer mes bottines avant qu'on entre. (Anne Marie se précipite, retrouve la serviette qu'elle a déposée sur une chaise et se met à genoux.) Cette ailreuse route n'était que poussière... Frotte fort, allons... hardi... Eh! eh... tune vois donc pas que tu salis, là. Mais il y a du noir sur ton torchon, bête... Voilà mes bottines tachées, maintenant. (furieux.) Si tu crois que c'est drôle!

ANNE-MARIE

Je ne savais pas.

CHAMBALOT

Il fallait savoir, imbécile!... Tu ne vas pas pleurer, maintenant. Arrête le déluge! Où donc flotte l'arche de Noé que je t'y fourre. Approche : je t'embrasserai.

ANNE-MARIE

Pour ça, non. Non. Monsieur se montre trop méchant avec moi !

CHAMBALOT

Allons, petite chérie, ne te fâche pas...

ANNE-MARIE

Si je m'étais plainte à madame quand vous m'avez poursuivie, la première fois, il y a quinze jours.

CHAMBALOT

A quoi bon? Mme Kervil m'eût fait une scène... Chacun eût appris l'aventure. Et puisque chacun a des idées toutes simples sur la vertu des soubrettes, la voix publique t'accuserait maintenant de m'avoir séduit par tes vices. Et du reste, la malice de tes yeuN m'encourageait.

ANNE-MARIE

Par exemple!... Vous avez été le plus fort, une minute ,... voilà tout.

Et depuis? Le badinage te fut agréable, il me

semble. Enfin, si je ne m'abuse, tu avais rendu très heureux un autre gaillard, pour le moins, avant moi...

ANNE-MARIE

C'est mon fiancé, d'abord. Je ne pourrai pas lui mentir. Alors, il ne me voudra plus en mariage...

CHAMBALOT

Ton fiancé n'a rien à voir là-dedans! 11 est marin, n'est-ce pas? Tu me l'as dit. Il navigue dans l'espoir de te retrouver gentille, avenante, fidèle... Je connais déjà ton âme... Tu ne détruirais pas cet espoir... Au lieu de te chagriner par une confession inutile, tu lui farderas la vérité, comme il convient.

ANNE-MARIE

Non; je ne pourrai pas...

CHAMBALOT

Tant pis pour toi ! Tant pis pour lui !

ANNE-MARIE Tout ce que vous dites est méchant.

CHAMBALOT

Tu me parais bien triste... Écoute. Je t'emmènerai. Tu voyageras dans toutes les villes avec moi. Et si tu es sage, je t'achèterai des toilettes très jolies. Je ferai de toi ma belle gouvernante à cent francs de gages par mois. Veux-tu?

ANNE-MARIE

Non, je ne vous suivrai pasAVous êtes un sans-

cœur!... un sans-cœur !... Elle se tamponne les yeux avec son mouchoir.)

CHAMBALOT, comme s'il se parlait à lui-même et regardant le vide.

Sans cœur? Oui. Que veux-tu? Trop de femmes ont, pour moi, trahi des époux dévoués, des amants passionnés sans motif, pour la satisfaction de tromper, ou la gloire d'être les intimes d'un homme qui les promène en automobile... un homme riche d'apparence.

ANNNE-MARIE

Alors, pour vous, je suis pareille à toutes les menteuses que vous avez connues?

CHAMBALOT

A quoi bon récriminer? Le mieux est encore de saisir la joie de l'instant. Tout à l'heure tu te plaisais dans mes bras ! Ose dire que non... Reviens, ma petite Anne-Marie. Ici. Ici, mignonne... Allons, ici! Obéis!

ANNE-MARIE se laisse attirer par le tablier.

Oh, sans cœur... Monsieur est sans cœur.

CHAMBALOT, qui la serre contre soi, triomphant.

Voilà ce qu'on appelle une petite fille agréable... Qu as-tu?

ANNE-MARIE, entendant du bruit.

On vient...

CHAMBALOT

Et puis après?...

(Elle se débat et s'enfuit. | ANNE-MARIE

Laissez-moi. je vous dis...

LES MOUETTES OJ

CHAMBALOT

Tu te sauves?... Ah! petite... petite... tu n'as pas le

courage de tes opinions.

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