‹ Les mouettes; piece en trois actesChapitre 26 sur 39 · SCENE X ADRIENNE, YVONNE · texte numérisé non relu

SCENE X ADRIENNE, YVONNE

Yvonne prend une serviette qu'elle se met à rapiécer. . . Adrienne tire de son réticule le livre, et elle se dispose à lire... Mais au bout de peu d'instants elle lève les yeux, s'agite, regarde dans la direction de la ruo, va jusqu'à la fenêtre, épie et revient. Yvonne taille et coud attentivement.

ADRIENNE

Ton mari n'a'pas un moment de repos. Tout à l'heure' il se réjouissait de cette promenade.,.

LKS MOI KTTES M

^ YONNE

Et le voilj'i prrs «Vmi nnonisant , dajis une chiimbrc tristo:

ADRIFNNE

Je ni(» rcpivsenlo lomlroil. Cola sont le cidiv ai<,n'o, le beurre ranee. Une femme on bonnet de niiil, et (lui ressemble à im homme déjçuisé, le harcèle de questions absurdes.

YVONNE

Elle demande ({u'il prescrive la potion la moins chère...

ADRIENNE

Un enfant crie dans les loques du berceau : cl les poussins se réfugient sous le bufl'et.

YVONNE

C'est bien cela... c'est bien cela...

ADRIENNE

H restera longtemps?

YVONNE

Chez les pauvres, il n'aime pas écourter ses visites.

ADRIENNE

Et il s'accuse tcmjours de mesurer son temps au peu d'argent qu'il re^:oit d'eux!

( )uan<l il <Mi reroit.

ADRIENNE

Dans quelques semaines il terminera l'aflairc du sérum. Enfin il tiendra la tranquillité, le repos.

YVONNE

Grâces à Dieu, tu plaides ardemment notre cause auprès de M. Ghambalot, toi, la seule personne que ce parfait cynique écoute un peu. Quelle reconnaissance nous te devrons.

ADRIENNE

Rien du tout. D'abord, ton mari et toi, je a ous aime de grand cœur.

YVONNE, ironique.

Je m'en doute... Dis-moi : Gomment ta fille avait-elle passé la nuit?

ADRIENNE

Pas très bien.

Y'VONNE, après un grand soupir.

Je préfère te l'avouer : mon mari pense qu'un autre climat conviendrait mieux à Fenfant.

ADRIENNE, très ômuo.

Gomment?

Réfléchis. Le père de Gilberte fut victime d'un mal nerveux analogue à celui qui semble poindre (mi elle.

ADRIENNE

Tu m'eflrayes à plaisir.

tj:s moi kttks 85

YVONNE

Non... Non...

ADRIEXXE, éperdue.

Faudrait-il donc (jue je to laisse ici, ma pauvre Yvonne, au milieu de tous ces ennuis sans pouvoir les

alléii^er.

YVONNE

Tu es trop bonne, Adrienne ! La santé de ta fille avant tout.

ADRIENNE, timiilemcnt.

Si je renvoyais en Touraine avec ma belle-mère? Moi, je demeurerais encore auprès de vous, quelque temps.

YVONNE, indignée.

Tu abandonnerais Gilberte malade... Oh! non, ma clière. Je n'accepterais pas un tel sacrifice...

ADRIENNE, plus hardie.

M™" Darnot l'adore... Elle la soignera, mieux que je ne saurais le faire.

YVONNE, sérieuse.

M'"^ Dnrnol Tr<'sl plus très jeune.

ADRIENNE, irritée.

Tu trouves?

YVONNE, ferme.

L'àjçe est l'àj^e. Fatal<'nicnl ses propres doulcnr-^ Tnc cuperont beaucoup.

ADRIENNE. brusque et véhémente,

Pas autant que tu le veux croire.

S(l ucs :moukttks

YVONNIC, Irôsfroido.

Et Gilberte? Lo chagrin de la séparation augmentera sa fièvre? Jean te dira combien le moral de ta fille, sa sensibilité, si frêle, réclament d'attention.

(Un siloncf'.) ADRIENNE, sournoise.

^ Es-tu bien sûre que lui aussi me conseillera de partii'?

Il accomplira son devoir.

ADRIENNE

Sans doute, il accomplira son devoir... Ah! vous quitter brusquement, comme ça... Et j'aurais pu vous devenir utile?...

YVONNE

Je m'arrangerai toujours... J"ai pris coutume <h^ surmonter les difficultés.

Tu sais : Je reste à votre disposition... Entre cousines... Dis un mot et...

YVONNE, hautaine.

Je te remercie... Mais... non... J'ai déjà trop à te devoir.

ADRIENNE

Pardonne-moi si je fus indiscrète, si je t'ai blessée sans le vouloir.

YVONNE

Pas du tout... pas du tout...

11^ \IM| !• r TKs; .«S-

\i)I!ii;nm.

Bien vrai?

YVONNP

liien vrai !

ADRIENNE

Ça mo cause un tel chajrrin (Tabandonner cette maison où je me suis crue heureuse, heureuse... Kmbrassons-nous, Yvonne.

YVONNE. (Elles s'embrassent et soudain Adrienne a un sani^lot.)

Adrienne. (fuoi donc? Tu pleures sans motif. Sans raison !

(Elle-même s'émeut beaucoup.) ADUIENNE

Sans raison! Quand je vous hiisse Ions deux (hms une anxiété.

YVONNE, brusque.

Veux-tu que nous i)réparions ensemble le thé de M"!»: Darnot?... Anne-Marie!... Le thé!... Tu te consoleras, va... Tu as ce qu'il faut poui* te consoler...

ADRIENNE

Ah! je ne peux pas dire (pielle ])cine j*éj)rouve... Vous avez été si prévenants, tous deux... Kl puis (lilberte a conquis son âme ici...

(Elles flaicnl 1.1 iiiipiir.t

YVONNE, railleuse et agressive.

i u le consoleras : tu as ce qu'il faut pour te consoler : la joie, l'élégance, li^ beauté : toi^t ce qui put embellir un instani l'ombre de notre existence ; et tu

jias poiiil manqué de l'embellir... Tu t'y es même acharnée.

ADRIENNE

Acharnées ?

(Anne-Marie apporte le i)latcau.)

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