Î.I'^S MOLETTES
(|uand Yvonne m'a ])!•('' venue qu'il fallait partir, alors seulement tout s'est révélé de moi-même... Une main féroce a saisi mon cœur dans ma poitrine, et l'a broyé. Jo suffoque !... Alors, j'ai deviné qu'Yvonne n'ignorait pas la cause de mon trouble, elle... Et j'ai connu toute ma détresse. . . Maintenant, je suis abrutie. . . J'ai mal... L'idée de ce départ me ravage l'âme... L'idée de ne plus le voir, lui,,., me tire des larmes, des larmes bêtes... des larmes, des larmes...
MADAME DARNOT
Calmez-vous, je vous en prie, calmez-vous. Adrienne... On pourrait entendre.
ADRIENNE
Ah! ça m'est bien égal! Qu'on vienne... qu'on entende. . . Ça m'est bien égal !
MADAME DARNOT, affectueuse.
Voyons... Et lui?
ADRIENNE
Lui ! . . . Se doute-t-il seulement ? . . .
MADAME DARNOT
Gomment?
ADRIENNE
Ça vous paraît étrange, hein? Eh bien, c'est comme ça. Jamais il n'a ])rononcé un mot amoureux... Jamais il ne lu'a fait la cour... 11 ne m'a jamais tendu la main (|uc pour sauter d'un l'ochcr... Par pudeur,. ..jecrois... oui, par pudeur,... par correction. Et voilà!
LES MOUETTKS r
MADAME DARNOT
Il ne s'écarte g^uère de vous.
\1>RIENNE
l^vidcininent. je ne lui ivpuj^iK» j)as... Mais il y a Yvonne, Yvonne qu'il n'aime pas, mais (juil vénère. Yvonne, eettc sainte!... Il n'ose risquer de lui faire une peine. Entre elle et moi, il ne veut pas hésiter.
MADAME DARNOT
11 VOUS donne l'exemple de la loyauté, Adrienne !
ADRIENNE
C'est ça... Parfaitement... C'est ça... Il montre l'cxcmple... Moi je n'ai plus qu'à partir, qu'à pleurer, qu'à souffrir... Je ne suis rien qu'une co(iuelte pour laciuelle on ne chagrine pas une brave femme... Voilà tout... Mais oui, il est loyal... et moi, que suis-je alors?... Une coquine!... Pourquoi pas... après tout?... Pourquoi pas?..
MADAME DARNOT
Adrienne, vous voilà hors de votre bon sens.
ADRIENNE
Je suis simplement ridicule... jb suis ridicule, comme vous dites... Ridicule, ])uisque c'est ridicule de sentir sa gorge se contracter, tous Jes nerfs se tordre dans la chair ([u'ils torturent... VA il m'aime... Je le jure... Il m'aime, .. mon Dieu 1
MADAME DAUNOT
Qu'en savez-vous?
f)\^ LES MOUETTES
ADHIENNE
Vous le ])rossentez bien, vous! Sans quoi vous ne craindriez ])as ])our Gilberte.
Enfin avez-vous donné les ordres nécessaires pour partir demain?
AUIMENNE
Laissez-moi le temps de me résoudre, du moins, à cette...
MADAME DARNOT
Mais M"'" Kervil a résolu ])our vous. . Si vous ne l'avez pas compris, c'est que la passion vous assourdit et vous aveugle.
ADRIENNE
Jamais Yvonne ne se serait i)ermis cela !
MADAME DARNOT
11 n'apparaît pas qu'elle se soit beaucoup gênée.
ADRIENNE
Par exemi)le!... Ah, si j'en étais sûre!...
MADAME DARNOT
Vous ne sentez donc pas que, depuis plusieurs jours, tout s'insurge ici contre votre présence? Les'sottes plaisanteries de M. Ghambalot ont éclairé Yvonne Kervil. Elle se dresse contre vous pour défendre son bonheur. Elle vous combat; et elle vient de vous chasser...
ADRIENNE
Ohl
MADAME DAIINOT
Elle VOUS exècre, celte femme!
ADRIENNE, furieuse.
Si cela est vrai, je le lui reuds hieu.
MADAME DARNOT
A la bonne heure... Vous voilà franche. . Allons préparer nos malles... Je vous préviens (|ue je partirai en tous cas, même sans vous !
ADRIENNE
Le maître, c'est le docteur Kervil. Il ne ma pas coni^édiée, lui!...
MADAMU DARNOT
Que déciderez-vous, Adrienne? M'en irai-je avec votre fdle, et vous laisserai-je ici?...
ADRIENNE
Abandonner Gilberte?
MADAME DARNOT
Vous ne pouvez cependant l'exposer au spectacle de vos fureurs... Elle est trop grande.
ADRIENNE
Je réussirai à me contenir. D'ailleurs, je moule auprès d'elle.
MADAME DARNOT
Pour f|u'elle vous aperçoive toul éplorée, le visage
lOO 1J:S MOI KTTKS
boulovei'st'? Ell(^ ne !?aura ce (|ui vous aiTive... Elle s'in(|uiètera... Elle vous interrogera... Vous vous trouverez dans l'obligation de lui mentir. .. Et elle devinera (jue vous lui mentez.
Vous m'êtes donc une ennemie?
MADAME DxVRNOT
Vous avez dit vous-même qu'une enfant élevée dans le mensonge ne peut acquérir qu'une âme basse... L'avez-vous dit?
ADRTENNE
Je l'ai dit,... je l'ai dit,... certainement... Ah ! triomphez, ce n'est pas difficile.
MADAME DARNOT
Adrienne, ai-je vraiment le goût de triompher?
ADRIENNE
Alors, vous exigez que je renonce à ma fdle ou bien à...
MADAME DARNOT
Vous ne pouvez servir à la fois la mère et l'amante. . . , car vous deviendriez alors le mensonge lui-même, le mensonge dont l'exemple avilit les jeunes âmes qui nous imitent.
ADRIENNE
Et elle a raison !
MADAME DARNOT
Ecoutez-moi... Je vais avertir Gilberte du chagrin que vous avez de quitter vos amis Kervil... Séchez vos
lkn moi kttes loi
plem> Cil wMi> |ii'omonant quehiues miiuites sur l;i terrasse... Prenez le temps Je vous ressaisir... Ensuite, vous me rejoindrez là-haut.
ADRIENNE
Oui! (EIlesejelleilanslesbrasdeMxxDarnot.) Vous mc pardonnerez, maman! Maman!...