D'ARTAGNAN, MADELEINE
Madeleine. Mc voici, me voici ; j’ai voulu aller à la cave moi-méme.
d'artagnan. Fort bien. Dites-moi, Madeleine...
madeleine, à pari. Il a été an prte-manteau. (Haut.) Cachet rouge. (A pari.) Il aura découvert quelque chose... (Haut.) Cachet vert, regardez !
d'artagnan. Chère madame Turquennc, vous me comblez... mais posez les bouteilles sur la table et venez ici.
MADELEINE. Oh! qu'est-ce que ce sac?
d'artagnan. L'argent du gouvernement, toujours... n’y touchez ps, ça brûle les doigts ; d'ailleurs, nous avons à causer.
MADELEINE. Eh bien, causons.
d'artagnan. Madeleine, mon enfant, nous avons donc rangé dans la chambre de ce bon monsieur d’Arlagnan ?
MADELEINE, ri part. Nous y voilà! (Haut.) Mais oui, comme d'habitude... je ne puis pas dire non... vous m'avez trouvée ocrupée.
d'artagnan. A ranger, c’est cela... de sorte qu’en rangeant, pur que tout fût bien rangé, nous avons retourné les poches.
madeleine. Moi!... non... non, jamais!
d'artagnan. Madeleine, chère amie, entre autres qualités qui vous rendent précieuse à mes yeux, il y eu a une dont je voudrais bien que vous trouvassiez à vous défaire; vous êtes horriblement jalouse, et vous le savez, Madeleine, un grand prédicateur l'a dit, ou s'il ne l'a pas dit, il aurait dù le dire... « La jalousie conduit les femmes à fouiller dans les tiroirs des tables et dans les pelles des hautsde-chausses. » Vous comprenez, Madeleine?
madeleine. Ah! ce n'est pinl à moi qu'on put faire ce genre de reproche.
d'ahtagn n. N'imprlc, la morale n'est jamais perdue... Écoutez donc, ma chère Madeleine : si, comme vous le dites tous les
{ 'ours, vous tenez à faire mon bonheur, sang )ieu ! ne me rendez le plus malheureux des hommes !
madeleine. Je ne puis cepndant pas répndre...
d'artagnan. Elles étaient dans ma pche, Madeleine, dans cette pche-là ; trois lettres, entendez-vous bien?... La poche n'est aucunement trouée... elles étaient liées avec une faveur bleue.
madeleine. Abl je conçois, c'était fort galant.
P'artagnan. Ma petite Madeleine, vous voyez que je suis très-caline, très charmant, ue je n’ai pas la moindre canne à la portée e la main ; faisons donc les choses galamment; avouez-moi qu'en secouant mes vieux habits, ce paquet de lettres est tombé, hein? il est tombé, n’csl-ce pas? et vous l’avez ramassé . . Voyons, rendez-le-moi, ventre-bleu!
mvdeleink. Vous savez bien, monsieur d’Artagnan, que je ne bals points les habits de mes locataires.
d'artagnan. Morbleu ! Madeleine, je ne me fâche pas, non, non, non... je ne veux point me lâcher du moins ; mais si ion ne me retrouve pas l'adresse d’Aliios, d 'Ara mis et de Porthos... de Porthos surtout., j'étranglerai tout l'hôtel !
MADELEINE. Mais lie criez donc pas comme cela, monsieur d’Artagnan.
d’artagnan. L’adresse de Porthos, sang Dieu! ventrebleu! corbleu!
MADtLEINE. On croira que nous nous disputons... Tenez, voilàquclqu'tin qui monte. d’artagnan, f roulant . Ah! mon Dieu!
ce pas... trois cents livres pesant {On
mont: lourdement.) Si j’étais assez fat pour croire que la Providence s’occupe de moi, j je dirais que c’est le |>as de Porthos... {'In j frappe. ) Si je ne savais mon digne ami dans * sa terre de je ne sais où, et dans son château de je uc sais quoi, je diraisque c’est le poing de Porthos.
MADtLEINE. Eh mais! il va enfoncer ma porte, ce monsieur!
porthos, en dehors. Eh bien! on n’ouvre donc plus la porte à sou ami?
d’artagnan. C’est la voix de Porthos...
En voilà une chance !