I.’jNCONNL. Il vous a fait des questions
l'hôtesse. Seigneur Dieu! il n’a fait que cela depuis qu'il est arrivé : Combien y a t-il d'ici à Béthune?... Combien de Béthune à Arinentières?... Avez-vous jamais été dans un couvent d’Augustines?... On dirait qu'il a nn de ses parents qui a perdu quelque chose de ce côté-là, il y a une dizaine d'années, et qu'il cherche ce qu’il a perdu.
On frappe à la fenêtre qui donne sur la route.
une voix. Eh ! l'ami !
l'hôtesse. Tiens! on frappe.... ouvre donc.
l'aubergiste. Des gens à cheval.... Si c'étaient des Espagnols !
l'hôtesse. Eh! non... puisqu’ils parlent français.
la voix, du dehors. L'ami!... l’ami!
l’aubergiste, ouvrant. Que désirez-vous, monsieur le brigadier?
le brigadier. Peux-tu me donner des nouvelles de l’armée espagnole ?
l'aubergiste. Ah! morbleu! tout le monde peut vous en donner... les pillards!... on ne peut pas faire cent pas qu’on n’en rencontre!
le brigadier. Des [«artisans, oui... mais c’est le corps d'année que nous cherchons.
Mordaunt paraît sur ta balustrade, s’arrête et écoute.
l’aubergiste. Ah! l'armée... c'est autre chose.
le brigadier. Écoute: nous sommes envoyés par monsieur le Prince. . . l’armée espagnole a quitté ses cantonnements', et l'on ignore où elle est Cinquante patrouilles sont en route dans ce moment, et il y a cent pistoles de récompense pour qui donnera des nouvelles certaines de la marche de l’ennemi.
l’inconnu. Je puis vous en donner, mot.
le brigadier. Vous!
l'inconnu. Oui, moi !
le brigadier. Vous savez où est l'armée espagnole ?
l'inconnu. Je le sais. Elle a passé hier la rivière de la Lys.
LE BRIGADIER. OÙ Cela?
l’inconnu. Entre Saint- Venant et Aire.
le brigadier. Par qui csl-elJc commandée?
l’inconnu. Par l'archiduc eu personne.
le brigadier. De combien d'hommes se compose-t-elle ?
l'inconnu. De dix-huit mille hommes.
le brigadier. Et elle marche?
l'inconnu. Sur Lens.
lk brigadier. Comment savez-vous tous ces détails ?
l’inconnu. Je revenais de Hazebrouck à Béthune, lorsque les Espagnols m’ont pris et m'ont forcé de leur servir de guide; à trois lieues d'ici , grâce à l'obscurité , je me suis sauvé.
LE brigadier. Et nous pouvons nous fier aux renseignements que vous nous donnez?
l'inconnu. Comme si vous aviez vu vousmême ce que je vous dis.
le brigadier. Voire nom?
l’inconnu. Poumuoi taire?
le brigadier. Pour vous envoyer U récompense promise , si vos renseignements sont exacts.
l'inconnu. Inutile.
le brigadier. Comment inutile?
l’inconnu. On dit la vérité gratis ; on ment pour de l'argent.. J’ai-dit la vérité ; vous ne me devez rien.
le brigadier. Cependant, mon ami, puisque cent pisloles ont été promises par monsieur le Prince.
l’inconnu. Si je dis la vérité, vous enverrez les cent pistoles au curé de Béthune, qui les distribuera aux pauvres.
LE brigadier. Mais nous boirons bien un verre de vin ensemble à la santé de notre général et aux armes de la France.
l’inconnu. Merci!
le brigadier. Pourquoi cela ?
l'inconnu. Parce que vous ne méconnaissez pas, et qu’un jour, si vous me connaissiez, vous pourriez vous repentir d’avoir choqué votre verre contre le mien. . . Poursuivez donc votre route, monsieur, et hâtez-vous de porter à monsieur le Prince la nouvelle que je vous donne.
le brigadier. Vous avez raison... Votre main, mon ami?