‹ Les MousquetairesChapitre 46 sur 66 · CROMWELL, LA REINE · texte numérisé non relu

CROMWELL, LA REINE

la reine. Ainsi, je puis donc les suivre.

CROMWELL, se levant et r- aéruuvrant.

Un instant encore, si Votre .Majesté le permet.

la reine. Grand Dieu ! que diles-vous là, monsieur?

cromwell. Je dis que c'est bien imprudent à la fille du roi Henri IV, à la sœur du roi Louis X!H, à la femmedu roi CharlesI" de venir en Angleterre en ce moment, et de débarquer justement dans une ville quotient le général Olnier Cromwell.

L\ REINE. Vous vous trompez, monsieur, je ne suis ni fdie, ni soeur, ni femme de roi, je suis fille d'un pauvre Hyghlander.

cromw ell. William Parry n'avait qu’un fils et une tille.

LA reine, lih bien ! cette fille...

cromwell. Celle fille dont vous avez pris le nom est morte il y a six mois, et votre père, dont vous allez toucher l’héritage, vit encore.

la urine. Mais vous connaissez donc tout le monde en A ngletcrre et en Ecosse !

cromwell. Oui 1 tous ceux qui" e'est mon intérêt ou mon devnirde connaître, madame; comment alors Votre Majesté veut-elle que je ne la connaisse pas?

la REINE. C'est bien, je ne nierai pas plus longtemps; je suis, non pas une reine qui vient régner sur son royaume, car en j réalité Charles I" n’est plus roi... mais une | femme qui vient partager le sort de son époux. .Maintenant, faites de moi ce que vous voudrez.

cromw u.l. C’est à moi à attendre les ordres de ma souveraine.

la reine. Que dites-vous ?

cromwell. Je disque pour mes collègues, je dis que pour le parlement, je dis que pour i la nation même, Charles I" n’est peut-être plus que Charles Stuart, mais pour moi, Charles Stuart est toujours roi.

la reine. Kit vérité, vous me confondez, monsieur.

cromwell Je dis, madame, que la Pro-

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vidence ne fait rien sans raison, et que c’est la Providence qui vous a envoyée vers moi, pour que je vous envoie v ers votre mari.

la R; use. Comment! je suis donc libre d'aller le rejoindre?

r.KOMWELL. Oui, madame, et vous lui direz ce que vous allez entendre de ma bouche, et ce que vous n’avez encore entendu de celle de personne, la vérité !

Vous lui direz que s’il livre la bataille, il est perdu.

la reine. Mais le parlement..

CROMWELL. Vous lui direz que s’il traite avec le parlement, il est perdu.

LA reine. Mon Dieu !

CROMWELL. Vous lui direz que par toute l’Angleterre, il n’y a peut-être à cette heure qu'un homme qui désire sincèrement le salut du roi Charles 1", et que cet homme c'est le général Olivier Cromwell.

la reine. Parlez-vous franchement, monsieur?...

Cromwell. Oui, mais qu'il y prenne garde , derrière la volonté il y a le destin , derrière la Providence il y a la fatalité, et moi, madame, moi je suis l'homme du destin, l'homme de la fatalité; qu’il parte.

la reive. Mon Dieu !...

cromwell. Madame, il y a dix ans, j'allais quitter l'Angleterre pour l’Amérique, j’avais déjà le pied sur le bâtiment qui devait m'emmener... un ordre du roi m’a défendu de quitter l'Angleterre, où l’avenir m'attendait; qu'il parte.

Lv reine. Mais c'est renoncer à toute espérance.

cromwell. Madame, à l'âge de quinze ans, une femme m'est apparue, elle tenait à la main une tète couronnée, elle a pris la couronne sur cette tête, et l'a mise sur la mienne... qu'il parte.

la reine. Mais vous avouez donc alors...

cromwell. Madame, ma nourrice avait une tache de sang qui lui prenait à l’épaule et qui ne finissait qu'au bout du sein, de sorte que lorsqu'elle me donnait à boire, j’avais l'air de boire non pas son lait, mais du sang... qu’il parte... qu'il parte!

la reine. Il partira, monsieur; mais comment parviendrai-je près du roi?...

cromwell. Je vous donnerai un saufconduit

la reine. Mais si je m’égare... voici U nuit qui vient . .

cromwell. Je vous donnerai un guide.

LA REINE. Quand cela?

cromwell. Tout de suite, attendez...

la reine. Ah! monsieur....

CROVlWELl.. Prenez garde; si l’on entrait, on pourrait croire que je fais grâce et non pas justice... {Il écrit quelques lignes.) Voici un laissez-passer pour une femme se rendant à l'armée royale.

la reine. Merci ! merci!...

cromwell. (le n’est pas tout... (Il frappe dans ses mains.) Findley... (Un serviteur entre.) Findley , vous accompagnerez madame, sous quelque costume qu’il lui plaise de prendre , jusqu’aux premiers postes du camp royaliste, ri N ole y. Oui, général.

CROMWELL. Quelque chose qu’elle veuille vous offrir, vous ne recevrez rien.

findley. Non, général.

cromwell. Il vous faut deux heures pour , arriver au camp... ( Findley fait un mouvement.) Vous entendez, deux heures, pas plus, pas moins.

findley. Bien, général.

cromwell, à la Reine. Maintenant, j’espère, vous ne pourrez plus dire à celui vers qui je vous envoie que je suis son ennemi.

LA REINE. Dieu veuille que vous disiez la ! vérité, monsieur; en attendant, merci!...

La Reine sort avec le Serviteur.

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