‹ Les MousquetairesChapitre 61 sur 66 · GROSLOW, D’ARTAGNAN, ATHOS · texte numérisé non relu

GROSLOW, D’ARTAGNAN, ATHOS

GROSLOW. Entrez à bord, messieurs; je vous attendais.

d’artagnan, arrêtant Athos. Ce n'est pas la voix du patron Crabbe, ce n’est pas sa taille, ce n'est pas lui... l!n moment, Alhos!

athos. Qui Otes-vous, l’ami ? et pourquoi dites-vous que vous nous attendiez?... on ne vous connaît pas.

groslow. Je sais, milord. .. vous cherchez le patron Crabbe , mais vous ne pourrez le voir.

d’artagnan. Plaît-il?... Pourquoi ne le verronsMiouspas?

groslow. Hélas ! milord , mon pauvre beau-frère , milord , le patron Crabbe , est tombé du mât de hune, ce matin, et s’est presque cassé la jambe.

d’artagnan , soupçonneux. Voilà un accident malencontreux... Tenez-vous sur vos gardes, Athos.

groslow. Mais, milord, ce mouchoirblanc, noué aux quatre bouts que votre compagnon tient à sa main... et celui que je tenais tout noué dans ma poche, vous prouvera...

d’artagnan, à Athos. C’est bien cela...

(A (.Totluui.) Mais il y a encore quelque chose.

groslow. Oui, milord ; vous avez promis au patron Crabbe, mon beau-frère, soixantequinze livres, si l'on vous débarque sains et saufs à Boulogne, nu sur tout autre point de la côte de France, à votre choix.

athos, à d'Artagnan. Eh bien, qu’en dites-vous ?...

d'artagnan. Je dis que...

U fait claquer sa langue en signe de dépit.

athos. Nous n’avons pas le temps d'être défiants.

d'artagnan. D'ailleurs , nous pouvons nous défier; même en entrant dans le navire, nous surveillerons cet homme... et s'il ne marche pas droit, gare à lui.

athos. Je puis donc appeler notre arrièregarde. Crimaud, dites à ces messieurs de monter à bord, et renvoyez la barque sur laquelle nous sommes venus.

groslow. Vos Seigneuries restent à bord?

athos. Oui.

d’artagnan. Un moment... Combien avez-vous d'hommes ici?...

groslow. Dix, milord, sans me compter.

D’artagnan. Dix... Oh ! je me rassure...

Mais dites-moi, où nous logez-vous î groslow. Ici, milord, dans la chambre de poupe.

athos. Et nos gens?...

groslow. Dans l’entrepont, milord. André, installez-les.

andrê. Arrivez, vous autres.

d’artagnan. Fort bien ! Comment vous appelle-t-on?...

groslow. Roggcrs, milord... Par ici!

I] désigne aux laquais l'escalier de IVnlrcpoDl. Mousqueton descend, puis Rlaisois. GriucuJ reste te dernier.

d’artagnan, à ses amis. Vous, mes amis, tâchez de vous loger du mieux possible, tandis que je vais faire un tour sur le bâtiment.

athos. Prenez Crimaud avec vous.

D’ARTAGNAN. Pourquoi faire?.., aramis. On ne sait pas ce qui peut arriver; prenez Crimaud.

FORTHOS. Et informez-vous en passant s’il y a quelque chose pours'.upcr.

d’artagnan. Crimaud, prenez celte lanterne 1 Suivez-moi , patron Roggcrs... Dix minutes, mes amis, et je reviens.

Ils descendent.

mousqueton , dans fentrepont. "oinme c’est bas ici... comme nous aurons froid rette nuit, comme nous serons durement couchés...

si par hasard le mal de mer... n’est-ce pas, Blaisois?

blaisois. Je suis familiarisé avec les inconvénients de cet élément.

d’artagnan, descendu dans la soute aux poudres, un pistolet derrière le dos. Où sommes-nous ici?...

groslow, tur l'échelle. Vous le voyez, milord, c’est un magasin.

d’artagnan. Que de tonneaux ! on dirait

U caverne d’Ali Baba... Qu’y a-t-il donc la dedans?

Il prend la lanlerne de* mains de Grimaud et regarde.

GROSLOW, virement el te reculait t. Du vin de Porto, milord

d'art AC. N an. Ah! du vin de Porto, c’est toujours une tranquillité ; voilà notre Pnrthos qui est sûr du moins de ne pas mourir de soif... Et tous ces tonneaux sont pleins?

Il approche sa lanterne.

GROStow, même jeu de frayeur. Quelques-uns seulement , milord-, les autres sont Vides.

D'Ârtagnan frappe dn doigt sur les tonneaux, et introduit sa lanterne dans les intervalles des barriqnea.

d’artagnan. C’est bien, je réponds de ce compartiment... Passons, monsieur Roggers.

Il passe dans la cabine.

aramts, riant la chambre de poupe. Eh bien, Porthos, que dites-vous de l'Angleterre?

PORTHOS. C’était beau d’y aller... mais c’est superbe d'en revenir.

athos. Hélas! nous revenons seuls.

aramis. Dormons.

porthos. Ah ça, mais vous n’avez donc pas faim, vous?

D'ARTAGNAN, dont la cabine des laquait.

Ah ! voilà nos hommes logés.. . ( Il passe en rerue tout le compartiment ) Il faut vous coucher, mes braves... Grimaud, je n'ai plus besoin de toi ; merci. ( I part .) Rien encore ici. ( A Roggers.) Patron, où conduit celte porte ?...

GROSLOW. Pardon, milord, j’en ai la clef; c'est ma chambre.

d'artagnan. Voyons, et pois vous me montrerez la cale.

groslow Entrez, milord; vousremonterez à votre chambre par l'escalier de ma cabine qui conduit sur le pont.

MOUSQUETON, regardant partir <f Artngrtan. Voilà un officier qui sait faire des mondes !

B lai sois. Avec des maîtres comme ceux-là, on |ieiit goûter les douceurs du sommeil athos. D’Artagnan ne revient pas.

aramis. Si fait, j'entends sa voix ; il a fait le tour du bâtiment, et le voilà qui sort de l’écoutille là-bas.

D’ARTAGNAN, reparaissant sur le pont arec sa lanterne. I.a cale est vide, rien de suspect dans la chambre du patron ; s'il y a une année à bord, ça ne peut être qu’une armée de rats. Bien, patron Roggers, me voilà dans la chambre de poupe ; appareillez, veillez aux manoeuvres et tâchez que nous allions vite.

GROSLOW, de loin. Oui, milord !

porthos. Quelles nouvelles?

d’artagnan. Excellentes; nous pouvons dormir avec la même tranquillité que si nous logions à la Chevrette, rue Tiquctoune.

Il tire son épée du fourrent, visite ses pistolets et se rouebe en travers de la porte,

athos. Eh bien! que faites-vous donc?...

vous appelez cela de la tranquillité... vous i craignez donc encore quelque chose ?...

d’artagnan. Le seul moyen d'étre vraiment en sûreté, c’est d'avoir toujours peur de ne pas y être... Allons, mes amis, prenons des forces... Je vois bien ce qui vous afflige, cher Athos; mais vous l’avez dit souvent, ac- ! cusons la fatalité... Aramis, vous allez revoir j les duchesses, faites de bons rêves... Vous, cher Porthos, je sais bien ce qui vous manque... mais je vous promets demain à Boulogne, des huîtres, du vin d’Espagne, et un pâté d’Amiens... car demain matin nous j serons en France !

athos. La patrie des cœurs loyaux!

aramis. Des femmes qu'on aime!

porthos. Du vin de Bourgogne!

tous. A demain, en France... Bonsoir, amis!

Us M serrent le* mains et s'endorment.

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