LES MOUSTIQUES CONSIDÉRÉS COMME AGENTS PATHOGÈNES
On possède actuellement des notions précises sur le rôle capital joué par les Moustiques dans la transmission de quelques-unes des maladies les plus meurtrières ; on soupçonne ou entrevoit qu'un rôle tout aussi important leur est dévolu dans la propagation d'autres états morbides. Ces nouveaux chapitres, dont vient de s'enrichir la science, méritent d'être exposés succinctement, mais avec toute la précision nécessaire.
Rôle des Moustiques dans le paludisme.
Le paludisme (1) est incontestablement la maladie à laquelle l'humanité paie le plus lourd tribut; il occupe à la surface du globe une aire de distribution considérable et constitue le principal obstacle à l'établissement des Européens dans les pays chauds. Par exeuiple, lors de la conquête de l'Algérie, il exerçait de tels ravages, que le gouvernement français songea sérieusement à retirer ses troupes ; peut-être cette grave mesure allait-elle être résolue, quand
(1) Ce mot a été mis en faveur par Verneuil et quelques autres, pour désigner les fièvres Intermittentes; il a été ensuite adopté et propagé par Laveran. Il a l'avantage d'indiquer qu'ordinairement les fièvres intermittentes ou lièvres palustres s'observent dans les régions marécageuses; cela ne peut signifier, dans l'acception moderne du mot, que les lièvres soient causées par l'eau des marécages ou par les émanations miasmatiques, c'est-à-dire de nature chimique, qui peuvent s'en dégager. Le mot italien malaria (mauvais air) exprime cette dernière conception, qui a longtemps eu cours dans la science.
Les termes de paludisme et de malaria, bien qu'ayant une valeur sémantique différente, désignent donc exactement le même état morbide et sont, au point de vue médical, rigoureusement synonymes; toutefois, les Italiens leur ont attribué récemment un sens un peu spécial, ainsi qu'il sera dit plus loin. Ces deux expressions ont pénétié dans la plupart des langues européennes et il est rare de les voir remplacées par d'autres expressions techniques; les Anglais ne font plus guère usage de leur ancien mot agve et Ross a vainement tenté l'introduclion des mots hœmuiiiœbiasis et Grnit jever (1900).
un médecin du corps d'occupation, Maillot (1), fit connaître que les lièvres pouvaient être guéries par la quinine (2).
C'est donc en Algérie qu'un médecin militaire français découvrit le traitement héroïque du paludisme par les sels de quinine : c'est également en Algérie qu'un autre médecin militaire français, A. Laveran, alors en service à l'hôpital militaire de Constantine, devait découvrir la cause de celte atïection endémique dans un être microscopique vivant dans le sang. Les 30 novembre et 28 décembre 1880, il communiquait sa découverte à l'Académie de médecine de Paris (3). Dès lors, une grande partie du mystère qui entourait l'étiologie du paludisme se trouvait élucidée : une voie
(1) François-Clément Maillot, né d Briey (Moselle), le 13 février 1804, mourut à Paris le 24 juillet 1894. 11 lit toute sa carrière dans la médecine militaire et obtint le grade de médecin-mspecteur et de président du Conseil de santé des armées. En 1834. la France était en train de conquérir l'Algérie : elle avait déjà pris possession du littoral et du ïell sur une certaine étendue; mais la lièvre décimait notre armée et causait dans ses rangs une mortalité si eliroyable que l'opinion j)ublique et le gouvernement, littéralement aîfolés par ces hécatombes, agitèrent sérieusement la question de l'évacuation des territoires conquis. C'est alors que Maillot fut envoyé en Algérie; il venait de Corse, où il avait observé une endémie moins grave, mais d'ailleurs toute semblable à celle qui ravageait l'Algérie. Il est attaché à l'hôpital militaire de Bône et institue une thérapeutique nouvelle, qui obtient aussitôt les plus heureux résultats : au lieu d'épuiser les fiévreux par des saignées répétées, il les traite par le sulfate de quinine. Dès lors la morlalilé diminue dans des proportions considérables, la fièvre est vaincue, l'Algérie devient habitable et Iq conquête est poursuivie avec une nouvelle ardeur. En reconnaissance des éminents services rendus par Maillot, auquel l'Algérie doit d'être devenue française, son nom a été donné à un village créé en 1880 au lieu dit Souk-el-Tlela, dans la vallée de l'Oued Sahel, en Kabylie ia).
(2) BiNz a reconnu expérimentalement, en 1869, que les sels de quinine sont toxiques pour les Protozoaires, notion qui a trouvé une application utile dans le traitement de la dysenterie amibienne et de quelques autres affections. A cette époque, les Hématozoaires du paludisme étaient inconnus et le traitement des fièvres parla quinine était purement empirique; il n'en est pas moins permis, dans une certaine mesure, de revendiquer pour Maillot la découverte que l'on attribue trop exclusivement au pharmacologiie allemand.
(3) Ce môme parasite avait été entrevu déjà plusieurs fois. Dès 1843, Klencke observe dans son propre sang les hématies pigmentées, les corps en croissant et les flagelles (6) ; il figure même très exactement tous ces corpuscules. En 1847, Meciiel signale, dans le sang d'un individu mort du paludisme, la présence d'un pigment noir, contenu le plus souvent dans des masses protoplasmiques arrondies,
{(i) R. Blanchard, Centenaire de la naissance de Maillot. France médicale, Ll, p. 121. 190i.
[b) R. Blanchahd, Qui a vu le premier l'Hématozoaire du paludisme? Archives de Parasitolugie, Vll, p. I52 lb8, 1903.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
nouvelle était ouverte, qui devait conduire aux importants résultats que nous allons exposer ci-après.
Vu la nature du présent ouvrage, nous devons nous borner à démontrer le rôle des Moustiques dans la propagation du paludisme et à indiquer les mesures prophylactiques qui peuvent en découler. Toutefois, une pareille description, pour être suftisamment intelligible, suppose une connaissance de la technique hématologique, ainsi que des notions précises sur l'histoire naturelle des Hématozoaires et du groupe zoologique dont ils relèvent.
Technique hématologique. — Les ouvrages d'histologie technique ne mentionnant que des méthodes surannées pour l'examen du sang, il nous paraît indispensable d'indiquer ici les procédés les plus nouveaux et les plus perfectionnés, auxquels on devra recourir pour la préparation des parasites du paludisme, aussi bien dans le sang de l'Homme que dans le corps du Moustique.
Fixation du sang. — On fait sourdre, avec les précautions antiseptiques nécessaires, une gouttelette de sang au lobule de l'oreille ou à la pulpe du doigt; on la recueille sur une lame de verre préalablement lavée à l'alcool et on l'étalé rapidement. Elle se dessèche à l'air, après quoi on fixe les globules par l'un des procédés suivants :
1° On laisse la lame exposée pendant 30 à 40 secondes aux vapeurs d'une solution d'acide osmique au 100' ;
2° On plonge la lame dans l'alcool absolu pendant 10 à 20 minutes;
3° On la maintient dans un mélange à parties égales d'alcool absolu et d'éther pendant une demi-heure au moins (Nikiforov); dans la pratique courante, une immersion de 2 à 3 minutes est suffisante.
4° On fixe au sublimé,' en employant la solution d'Apàthy :
Bichlorure de mercure (sublimé) 7 parties
Solution aqueuse de chlorure de sodium à 1 p. 100 100 — Alcool absolu 100 —
ovales ou fuslformes (a). En 18'i9, Virchow décrit et figure certaines formes du parasite (/)). Mais aucun de ces premiers auteurs n'a compris l'importance et soupçonné la nature parasitaire des corpuscules rencontres par eux dans le sang; aussi leurs observations étaient-elles tombées dans l'oubli, quand Laveran découvrit à son tour les ffématozoaires : il est le découvreur incontestable de ce nouveau monde, puisque lui seul a eu le mérite d'en comprendre et d'en indiquer la portée générale.
(a) H. Meckel, Ueber schwarzes Pigment in der Milz und dem Blute einer Geistcskranken. Àllgeineiiie Zeitschrift fiir Psychiatrie, IV. p. 198-226, 1847.
(b) R. Virchow, Zur pattiologischen Physiologie des Bluts. Virchow's Archiv, H, p. 587-398, 18i'J.
5° Korek fixe le frottis pendant 3 minutes dans une solution d'acide chroniique et d'acide acétique glacial au 100'; on lave largement à l'eau, puis à l'alcool et on laisse évaporer.
6° Reuter mélange 90 parties d'alcool absolu avec 10 parties d'une solution de formol à 40 pour 100. Le liquide ainsi obtenu fixe instantanément les frottis de sang séchés à l'air. On égoutte et on sèche au papier buvard.
7° Josué fixe le frottis sec par une immersion de 2 minutes dans le chloroforme. On sèche à l'air, sans laver à l'eau.
Coloration du sang. — On peut recourir à de nombreuses méthodes, suivant qu'il s'agit de procéder à un examen rapide du sang, à la détermination quantitative des parasites ou à une étude histologique.
Examen h.\pide du sang. — 1° S'il s'agit simplement de constater la présence ou l'absence des Plasmodies dans le sang, on tixe par la chaleur, au-dessus du bec Bunsen ou de la lampe à alcool, le frottis sur lame desséché à l'air. On traite alors par une solution de bleu de méthylène. Une simple solution aqueuse donne des résultats suffisants, niais il vaut mieux recourir au mélange suivant :
Solution alcoolique concentrée de bleu 13"^=
Solution de potasse caustique à 1 pour 10.000 ... oO
On laisse agir la solution de 30 secondes à une minute, puis on lave à l'eau ; on étanche le superflu du liquide, on recouvre d'une lamelle et on examine au microscope. Les hématies sont incolores, mais les Hématozoaires qu'elles peuvent contenir sont colorés en bleu, ainsi que les noyaux des leucocytes.
2° Le frottis de sang, fixé par la chaleur ou par l'alcool-éther, est traité de 30 secondes à 3 minutes par une solution d'éosine à 0,3 pour 100 dans l'alcool à 60" ; on lave ensuite à l'eau, on sèche au papier buvard, puis on traite de 30 secondes à 2 minutes par une solution aqueuse concentrée de bleu de méthylène. Puis on lave à l'eau, on sèche et on monte dans le baume. Dans de telles préparations, les hématies et les granules éosinophiles sont colorés en rouge, tandis que les noyaux des leucocytes et les Hématozoaires du paludisme sont teintés en bleu.
3° Méthode de Roas (1). — Pour simplifier et abréger la recherche des Hématozoaires, notamment quand ceux-ci sont en très petit nombre dans le sang, Ross procède ainsi :
On reçoit une grosse goutte de sang sur la lamelle, on l'étalé peu ou point et on laisse sécher à l'air. On traite alors pendant un quart d'heure avec une solution aqueuse d'éosine, ce qui a pour résultat de dissoudre toute l'hémoglobine. On lave ensuite, puis on traite pendant quelques secondes par le bleu de méthylène; on déshydrate et on monte dans le baume.
(1) R. Ross, An improved method for the microscopical diagnosis ol intermittent fever. Lancet, I, 1903.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
Grâce à l'absence d'hémoglobine, la goutte de sang est très transparente, même si les globules forment trois ou quatre couches superposées; les parasites sont colorés en bleu et sont très visibles.
Le seul inconvénient de cette méthode, c'est que la goutte de sang, n'ayant pas été fixée, est souvent enlevée au lavage, en totalité ou partiellement. Pour remédier à cet inconvénient, Ruge (1) fait usage d'un mélange de formol à 2 pour 100 et d'acide acétique à 0,5 ou 1 pour 100 : le sang est fixé et l'hémoglobine dissoute. On lave et on colore au bleu de méthylène.
Colorations électives du sang. — Quand il s'agit, non plus de constater simplement la présence des Hématozoaires, mais d'en faire une étude approfondie, les méthodes qui précèdent sont insuffisantes ; on doit alors recourir aux colorations multiples ou électives, qui sont assez nombreuses. Nous n'indiquerons que les plus importantes.
Méthode de Laveran (2). — On prépare d'avance les trois solutions suivantes :
1° Bleu de méthylène à l'oxyde d'argent ou bleu Borrel. Dans un flacon de loO*^*; environ, on dissout 1 gramme d'azotate d'argent dans 50 à GO^c d'eau distillée. La dissolution achevée, on remplit avec une solution de soude et on agite; il se forme un précipité noir d'oxyde d'argent, qu'on lave à plusieurs reprises à l'eau distillée, pour enlever l'azotate de soude et l'excès de soude. On verse alors sur l'oxyde d'argent une solution aqueuse saturée de bleu de méthylène de Hochst; on laisse en contact pendant 7 à 8 jours, en agitant de temps à autre.
2° Solution aqueuse d'éosine de Hochst à 1 pour 1000.
3° Solution de tanin à 5 pour 100. On ajoute à cette solution, ainsi qu'à la précédente, quelques morceaux de camphre, pour empêcher la production des Moisissures.
On fait, au moment de s'en servir, le mélange suivant dans une éprouvette graduée :
Solution d'éosine 4cc
Bleu à l'oxyde d'argent 1
Eau distillée 6
Les deux solutions sont filtrées séparément. On agite avec une baguette de verre, puis on verse le liquide colorant dans un godet de porcelaine, si le frottis est fait sur lamelle, dans une boîte de Pétri, s'il est fait sur lame. Dans ce dernier cas, on soulève la lame pour que le frottis baigne dans les couches supérieures du liquide; on empêche ainsi le précipité, qui se forme plus ou moins vite, de venir s'accumuler à sa surface.
(1) R. Ruge. Zur Erleichterung der mikroskopischen Malaria-diagnose. Deutsche med. Woch., XXIX, p. 205, 1903.
(2) A. Laveran. Sur une méthode de coloration des noyaux applicable en particulier à l'étude des Hématozoaires endoglobulaires. C. R. Soc. de hiol., LU, p. oîO. 1900.
LES AIOUSTIQUIÎS
Froment, pharmacien militaire, a rendu cette méthode plus précise, par l'obtention d'un bleu de composition constante (1). On lave à l'eau distillée le précipité d'oxyde d'argent, en ayant soin de renouveler l'opération au moins trois fois par décantation ; on alcalinise ensuite très légèrement par 2 ou 3 gouttes de lessive de soude au 10'.
La coloration des Plasmodies et de leur chroniatine se lait en o à 10 minutes, quand le sang a été récemment recueilli. S'il est plus ancien, la coloration est plus lente; elle réussit encore avec des frottis datant de plusieurs années Ouand on suppose que la coloration est suffisante, la préparation doit être examinée au microscope. Est-elle bien réussie, on lave à grande eau. puis on traite par la solution de tanin pendant une minute environ : on lave de nouveau à l'eau dislilléo. on sèche et on monte dans le baume. La préparation est-elle envahie par un précipité granuleux, comme il arrive trop souvent, on se débarrasse de celui ci en lavant rapidement par l'alcool à 90" ou par une solution d'acide acétique à 5 pour 1000, après quoi on traite par le tanin.
(^.elte méthode colore les hématies en rose, le noyau des leucocytes en violet foncé, le proloplasma des Plasmodies en bleu pâle, la chromatineen rouge violacé. 11 faut renouveler la solution de bleu quand, après son mélange h l'éosine, elle donne rapidement un abondant précipité.
Mrllmtlf <lr lliiiiifDinnskjj (2,). — On prépare de frais le mélange suivant :
Solution aqueuse d'éosine à 0,1 pour 100 31 parties
Solution aqueuse de bleu de méthylène à 1 pour 100. 9 —
On filtre le mélange, puis on y laisse le frottis de sang pendant une demi-heure à une heure. On lave à l'eau légèrement acidulée par l'acide acétique, on laisse séchera l'air et on monte dans le baume.
Ce procédé donne d'excellentes préparations : les hématies sont colorées en rose, les noyaux des leucocytes et les Plasmodies en bleu, les grains de chroniatine en rouge acajou. Mais les résultats varient d'un observateur à l'autre, la réaction de la chroniatine faisant souvent défaut. Néanmoins, la méthode de Honianovsky est la plus employée pour l'étude du sang paludique; elle comporte diverses variantes.
Méthode (l'A rçjiitinslitj. — On tient en réserve une solution saturée de bleu de méthylène dans l'eau et une solution à 1 pour 100 d'éosine dans l'eau; plus la première de ces solutions est ancienne, meilleurs sont les résultats. Au moment de s'en servir, on filtre un volume de la solution de bleu de méthylène et on le mélange à 2 volumes de la solution d'éosine. On remue le liquide avec un agitateur en verre; on y plonge la préparation; au bout de 2 à 3 heures, la coloration doit être achevée, mais il n'y a aucun inconvénient à laisser agir plus longtemps le mélange.
(1) A. Billet, De la recherche tle l'Hématozoaire du paludisme dans le sang et de sa coloralion. Le Caducée, II, p. 181, 1902.
(2) D. RoMANowsKY, Zur Frage der Parasitologie und Thérapie der Malaria. St-l'etersbi(rger mcd. Wocli., XVi, p. 297-302 et 307-3lo, 1891.
RÔLE DES MOUSTIQUES PANS LE PALUDISME
Bleu pnljicli.rôme d'Umia. — La méthode d'Argutinsky a les mêmes inconvénients que celle de Ronianovsky : la coloration élective de la chromatine ne réussit bien qu'avec les vieilles solutions de bleu de méthylène. L'explication de ce phénomène a été donnée par Unna.
Quand une solution aqueuse de bleu de méthylène, par exemple une solution saturée de bleu médicinal pur de Hochst, reste exposée à l'air pendant plusieurs mois, elle acquiert spontanément un certain degré de dichroïsme et tire sur le rouge. Elle a acquis alors des propriétés tinctoriales particulières. C'est pourquoi la coloration de la chromatine, par les méthodes de Ronianovsky et d'Argutinsky, est inconstante avec les solutions jeunes et réussit le mieux avec les solutions anciennes de bleu de méthylène.
On peut hâter de diverses manières la formation du bleu polychrome, soit en soumettant la solution à des chauffages répétés, à l'étuve à 40°, soit en l'additionnant d'un alcali. Le bleu polychrome ainsi oMenu a la propriété de colorer sûrement la chromatine, par suite de la présence d'une nouvelle substance tinctoriale dérivée du bleu.
Procédé de Zettnov. — A lOO'^^" d'une solution aqueuse de bleu de méthylène à 1 pour 100, on ajoute G'*" d'une solution aqueuse de bicarbonate de soude à 5 pour 100; on porte à l'étuve à 60° pour 48 heures environ, ce qui suffit pour faire apparaître la teinte rougeàtre. La solution se conserve bien et peut s'employer sans filtration préalable.
Procédé de Korek. — A 100*^^' d'une solution de bleu de méthylène au 100"', on ajoute 0,o'c de collargol ; on agite viveu:enl à plusieurs reprises, puis on liltre au bout de quelques heures. On obtient ainsi un bleu polychrome qui, avec l'éosine, donne de bons résultats pour la coloration de la chromatine.
Méthode de J. H. Wrighl (1). — Par cette méthode et les deux suivantes, le frottis de sang n'a pas besoin d'être fixé préalablement ; les matières colorantes sont en dissolution dans l'alcool qui joue le rôle de fixateur.
A une solution de 0 gr. 50 de bicarbonate de soude dans 100™ d'eau distillée, on ajoute 1 gr. de bleu de méthylène de Grûbler ; on concentre le mélange à l'étuve pendant une heure. Quand il est refroidi, on le verse dans une large cuvette, puis on y ajoute, en remuant, 500^*^ d'une solution aqueuse d'éosine au millième. Dans le mélange apparaît un tin précipité noirâtre, qui reste en suspension, en même temps qu'à la surface vient flotter une écume à reflets jaunâtres métalliques. On recueille le précipité sur le flltre et on le dessèche sans le laver. On le dissout alors dans l'alcool méthylique pur, à raison de 0 gr. 30 pour 100<^^ et l'on obtient ainsi un liquide colorant, qui se conserve indéfiniment, ainsi d'ailleurs que le précipité desséché. On doit éviter l'évaporation de l'alcool, car la
(1) J.-H. Wrigst, a rapid method for Ihe clifferential staining of blood films and malarial parasites. Journal of med. research, VIT, 1902.
solution trop saturée pourrait produire des précipités dans la préparation ; il conviendrait alors de filtrer et d'ajouter un peu d'alcool méthylique.
Le frottis de sang est desséché, puis fixé pendant 2 à 3 minutes par l'alcool méthylique. On fait sécher et on verse dessus le liquide colorant. Au bout d'une minute, on ajoute de l'eau distillée goutte à goutte, jusqu'à ce qu'il se forme à la surface une délicate écume irisée; on suspend alors toute addition d'eau et on laisse en l'état pendant 3 minutes. Puis on lave à l'eau distillée, pendant une minute environ, ce qui entraîne le superflu du bleu et provoque la coloration différentielle des divers éléments. On peut suivre le phénomène au microscope, à un faible grossissement; quand la réaction est jugée satisfaisante, on dessèche et on monte dans le baume.
Méthode de Louis Jenner (1). — On mélange les solutions de bleu de méthylène et d'éosine; il se forme un précipité que l'on recueille sur le filtre; on le dessèche et on le dissout dans l'alcool méthylique. Lors de la coloration, ce dernier lîxe les éléments anatomiques. La préparation est plongée dans la teinture, pendant 3 minutes et demie à 4 minutes, exactement. On lave ensuite à l'eau distillée ; après lavage, on laisse encore pendant 30 secondes une goutte d'eau distillée sur la préparation. On sèche alors et on monte dans le baume.
Procédé de Leiahman (2). - - A une solution de bleu de Grûbler à 1 pour 100, on ajoute 0,5 pour 100 de carbonate de soude; on met le mélange à l'étuve à 65° pendant 12 heures, puis on expose à l'air pendant une semaine au moins. On obtient ainsi le bleu polychrôme, qui s'emploie de la manière suivante :
On verse dans une cuvette plate volumes égaux de bleu polychrôme et d'une solution aqueuse d'éosine au millième : il surnage une épaisse pellicule et le liquide présente la couleur de l'éosine. On laisse le mélange exposé à l'air pendant quelques heures, en ayant soin de le renmer de temps à autre. On' filtre alors ; le résidu est lavé à l'eau distillée, jusqu'à ce que celle-ci n'ait plus qu'une légère teinte bleuâtre; on le recueille, on le dessèche à l'étuve à 37° et on le pulvérise ; on obtient ainsi une poudre fine verdâtre, à reflets métalliques. La teinture s'obtient en dissolvant 0 gr. 15 de cette poudre dans 100<^c d'alcool méthylique. Ou mieux, on fait une. solution saturée de poudre dans l'alcool méthylique, on filtre à froid, puis on étend d'un dixième d'alcool méthylique, pour que la liqueur ne soit pas à l'état de saturation complète. La solution se conserve bien; elle est d'un beau bleu sombre, avec reflets verdâtres à la lumière réfléchie.
(1) L. Jenner, A new préparation for rapidly fîxing and staining blood. Lancet, I, p. 370, 1899.
(2) W.-B. Leishman, The application of Romanowsky's stain in malaria. British med. journal, I, p. 635, 1901. — Note on a simple and rapid mcthod of producing Romanowski staining in malarial and otlier blood films. Uritish med. journal, II, p. "57, 1901.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
On opère sur des frottis de sang sec et non fixé, l'alcool méthylique devant jouer le rôle de fixateur. A l'aide d'une pipette, on verse sur la préparation une ou deux gouttes de teinture et on laisse agir pendant une minute au plus. On ajoute alors goutte à goutte de l'eau distillée, en agitant de manière à mélanger celle-ci à la liqueur aussi rapidement que possible. On arrête quand le mélange a pris une teinte œillet et qu'il surnage ou flotte dans le liquide un précipité formé par les particules de la teinture qui sont insolubles dans l'eau. On laisse agir le mélange pendant 5 minutes au moins, puis on lave à l'eau distillée et on laisse finalement quelques gouttes d'eau distillée sur la préparation pendant une minute encore. Une certaine quantité de bleu se dissout et le globule prend une teinte rouge clair. On fera bien de suivre l'opération au microscope et de l'arrêter dès que la décoloration sera jugée suffisante. On dessèche alors et on monte dans le baume.
Les méthodes de Jenner et de Leishman donnent d'excellents ''ésultats. Les globules rouges prennent la teinte de l'œillet, les granulations basophiles et les Plasmodies se colorent en bleu, les granulations de Schûfïner en rouge, la chromatine en rouge intense.
Procédé de Giemsa (1). — Le bleu de méthylène étant généralement très impur et ayant, d'une fabrique à l'autre, des propriétés tinctoriales ou médicinales assez différentes, Giemsa est parvenu à préparer un bleu chimiquement pur, le « methylenazur » (2). C'est une substance solide, inaltérable. En solution aqueuse à 0,8 pour 1000, elle se conserve pendant des mois, dans un flacon brun. On a d'autre part une solution d'éosine de Hochst au titre de 0,05 pour 1000. On verse dans une large éprouvette graduée lOO^c de cette dernière solution, puis on ajoute avec une pipette graduée l^' de la solution d'azur; on agite, puis on place dans ce liquide les préparations de sang fixées à l'alcool. En 15 à 30 minutes, la coloration est achevée. On lave à l'eau, on déshydrate et on monte dans le baume non acide.
Reuter (3) préconise une variante de cette méthode. Il verse dans une boîte de Pétri ou un petit cristallisoir 20<^c d'eau distillée, puis ajoute 30 gouttes du mélange des solutions d'azur et d'éosine. On agite comme pour développer un cliché photographique. Au bout de 15 à 30 minutes, on lave à l'eau distillée, on étanche au papier buvard, puis on monte dans le baume.
(1) G. Giemsa, Fârbemethoden fûr Malaria parasiten. Centralnlatt fur Bakteriol., Originale, XXXI, p. 429, 1902.
(2| Ce produit est fabriqué par la maison Grûbler Pt Hollborn, de Leipzig. On peut l'obtenir sous deux états : 1° Azur I ou « Methylenazurchiorhydrat » pur; 2° Azur II ou mélange du précédent avec partie égale de bleu médicinal de Hôchst.
(3) K. Reuter, Weitere Beitrâge zur Malariaplasmodienfârbung miltels A- Mctfiylenblau-Eosin. Centralbl. fur Bakteriol., Originale, XXXII, p. 842, 1902.
Position systématique des Hématozoaires du paludisme. — Considérés d'abord par Laveran et d'autres observateurs comme des Algues (Oscilluriii) ou comme des végétaux inférieurs de nature indécise, les parasites du paludisme sont actuellement rattachés aux Protozoaires. Ils ont les plus grandes atïinités avec les Coccidies, appartiennent comme celles-ci à la classe des Sporozoaires, mais rentrent dans un ordre particulier, celui des Hémosporidies.
ORDRE DES H^MOSPORIDIA DANILEVSKY.
Synonymie. — Hsemocytozon Danilevsky, 1885; Hflpitiosporidia Mingazzini, 1890; Hêiiiaiiiœbiens Railliet, 1893.
Animalcules vivant, au nioins pendant une certaine période de leur existence, à l'intérieur des globules sanguins des Vertébrés ; ils s'y multiplient suivant un mode spécial de scissiparité. Grâce à la répétition de ce phénomène, un nombre toujours croissant de globules se trouvent envahis par les parasites. Suivant qu'ils appartiennent aux' Vertébrés à sang froid ou à sang chaud, on les divise en deux sous-ordres.
Sous-ordre des Hsemosporea.
Synonymie. — Hscninsporidia Labbé, 1894; von \Vasielewski, 1896.
Schizonte vcrmiforme, endoglobulaire aux premiers stades de son développement, puis libre dans le plasma sanguin. Parasites des Vertébrés à sang froid pendant la phase schizogonique, et de divers Invertébrés (Hirudinées, Acariens) pendant la phase sporogonique; les migrations et l'alternance des générations semblent être la règle. Trois genres certains :
1. Jjinkesterella Labbé, 1899 (Drepanidium Ray Lankester, 1882; non Ehrenberg, 1861). — Parasite des Batraciens. Type du genre : /,. iiiiiniua (Chaussât, 1850), parasite de lldiia escnlenia (1).
2. Carijolijaus Labbé, 1894. — Chez les Sauriens et peut-être aussi chez les Ophidiens et les Chéloniens. Type du genre : C. Incerlarum (Danilevsky). Est propagé par les larves et les nymphes d'Ixodex ricinus. même par celles de la génération suivante.
3. Hœiiingrefianna Danilevsky . (Dainlerskya Labbé. 1894). — Chez les Poissons de mer, les Batraciens et les quatre ordres de Reptiles. La Tortue des marais du sud-est de l'Europe {Emys lutaria) héberge //. Slepanovi : la maturation des gamètes et la fécondation ont lieu dans le rectum d'une Hirudinée (PlacobilclUi catenigera) ; le zygote pénètre dans les espaces sanguins, qui le conduisent dans les glandes de l'œsophage; il s'y développe et donne naissance à des sporozoïtes qui pénètrent dans les cellules, puis finalement deviennent libres dans le canal excréteur de la glande.
(1) Synonymie : Anguilliila )iii)iim(i Chaussnt, 18o0; Drepauidiim ramirum Ray Lankester, 1882.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
Au sous-ordre des Hvninxpnrea se rattachent encore plusieurs genres dont la validité reste indécise :
1. Cytamœbu Labbé, 1894 (non Danilevsky, 1890). — Chez les Batraciens. Type : C. bncterifern Labbé, espèce parasite de Jldiui escidenta, renfermant des Bactéries commensales et représentant probablement une simple variété de LankestercUn ^nininia.
2. Daciylosonia Labbé, 1894 {Laverarna Labbé, 1898; non Grassi et Feletti, 1890). — Chez les Batraciens. Type : D. ranarum (Grassi), parasite de Rana esculenta. D'après Hintze, cette prétendue espèce est une simple variété de Lankesterella minirna.
3. Hœmapium Eisen, 1897. — Type et espèce unique : H. RiedyiFÀsen. dans les globules rouges d'un Batracien urodèle (Batrachoseps attenuatm).
Simond a décrit sous le nom &' Hsemamaiha Metshnikovi une Hémosporidie qui, par ses schizontes dimorphes, a des affinités manifestes avec les Curijolysvs; on la trouve dans les globules rouges d'une Tortuo (Trionyx indicus).
Les Hsemosporea ne s'observent donc que chez les Vertébrés à sang froid; ils ne peuvent être transmis par les Moustiques, qui ne piquent point de tels animaux. L'infection s'opère par l'intermédiaire des Hirudinées et peut-être aussi an moyen d'Hémiptères aquatiques, tels que les Nèpes et les Notonectes, pour les Poissons et les Batraciens, et au moyen des Acariens, pour les Reptiles. Les Hémosporidies des Vertébrés inférieurs ont avec les Coccidies des ressemblances morphologiques évidentes : on peut donc se demander si certaines d'entre elles ne seraient pas capables d'accomplir toute leur évolution chez un même hôte, la dissémination se faisant au moyen de formes enkystées qui deviendraient libres. On trouve, chez quelques espèces, des indices très nets de cet état antérieur : Caryolysus lacerlarum, qui accomplit sa schizogonie à l'intérieur des hématies, s'entoure alors d'une membrane d'enveloppe. Hintze a prétendu que, chez Lankealerella iiiiniina. le zygote mobile sortirait des vaisseaux et irait s'enkyster dans une cellule de l'épithélium intestinal : le kyste serait alors évacué avec les déjections, puis avalé fortuitement par une Grenouille. Mais il est plus vraisemblable que le kyste en question appartient à une Coccidie et que la transmission de l'Hématozoaire se fait par une Sangsue ou un autre animal suceur; Haemopis sangidmga attaque ordinairement les Grenouilles.
Sous ordre des Acystosporea.
Synonymie. — Gymnosporidia Labbé, 1894. — Àcystosporidin von Wa^ielewski, 1896.
Schizonte arrondi et amiboïde ou de forme fixe, endoglobulaire pendant toute sa croissance. Parasites des Vertébrés à sang chaud pendant la phase schizogonique, parasites des Arthropodes pendant la phase sporo gonique, les migrations et l'alternance des générations semblant être la règle. Trois genres certains :
1. Bobesia Starcovici, 1893 (Hasmatococms Babès, 1888; non Agardh, 1828). — Chez les Mammifères; le parasite est transmis par les Ixodes, mais on ignore encore s'il subit des métamorphoses à l'intérieur de ceuxci. Type : B. bovis (Babès, 1888), qui cause une grave hémoglobinurie (1).
2. Plasmodi um March\aiai\a et Celli, \885 (Hœmoproteus Kruse, 1890; Proleosoma Labbé, 1894). — Chez les Mammifères et les Oiseaux. Type : Pl. malariae (Laveran, 1881).
3. Halteridium Labbé, 1894. — Chez les Oiseaux. Type : H. Danilevskyi (Grassi et Feletti, 1890).
Au sous-ordre des Acustosporea se rattachent deux genres incertains :
1. Polychroninphilus Dionisi, 1898. — Chez les Chauves-Souris de la campagne romaine. Deux espèces pigmentées et ressemblant au parasite de la fièvre quarte : P. murinus chez le Murin (Vespertilio murinus) et P. iiielanipherus (sicl) chez Miniopterus Schreibersi. Ne sont pas inoculables à l'Homme par voie intra-veineuse ou sous-cutanée; ne semblent pas être capables de se propager par l'intermédiaire des Moustiques.
2. Achromaticns Dionisi, 1898. — Egalement chez les Chauves-Souris de la campagne romaine. Une seule espèce : .4. vesperuginis chez la Noctule {Vesperugo noctula). Sans pigment et ressemblant au parasite de la fièvre tropicale. Comme les deux espèces précédentes, celle-ci ne s'inocule pas à l'Homme et n'est pas propagée par les Moustiques. C'est apparemment chez les Acariens ou les Nyctéribies, qui vivent toujours en grand nombre sur les ailes ou dans le pelage des Chiroptères, qu'il faut chercher l'agent de dissémination de ces Hématozoaires (2).
Les Plasmodium et les Halteridium sont les deux seuls genres dont nous ayons à nous occuper ici. Ils accomplissent des migrations véritables, sans lesquelles ils ne peuvent achever leur évolution. Ils ont les Moustiques pour disséminateurs probablement exclusifs. Ce sont des organismes doués d'un parasitisme permanent : ils passent du Moustique chez le Vertébré à sang chaud, puis de ce dernier cliez le Moustique, et indéliniment ainsi, accomplissant des migrations, sans lesquelles il leur est impossible de parcourir le cycle normal et complet de leurs métamorphoses; à
(1) Synonymie : Hœviatococcux hovis Babès, 1888; Bahesia bovis Starcovici, 1893; Pyrosoma bigeminurn Smith et Kilborne, 1893; Piroplas)na bigeminum Patton, 189a; Apioitnma bigeminum Wandollecli, 1895. — La maladie causée par ce parasite est bien connue sous les noms de fièvre du Texas et de tristeza; c'est le type de tout un groupe d'aflections qui doivent prendre le nom de babésioses.
(2) Laveran (1901) estime que les trois espèces indiquées par Dionisi chez les Chiroptères doivent être réunies en une seule, qu'il appelle Hsemamœba melaniphera , sic !J et qui devrait donc rentrer dans le genre Plasmodium. Cette opinion n'est pas invraisemblable; toutefois, aucune preuve n'est donnée à l'appui.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
aucun moment de leur existence, et sous aucun état particulier, ils ne sont libres ni dans l'eau, ni dans l'air, ni dans la terre, ce qui, soit dit dès maintenant, ruine définitivement toutes les théories invoquées jusqu'à ce jour pour expliquer l'étiologie du paludisme.
Ces Hémosporidies passent une première phase de multiplication asexuée (schizogonie) dans le sang des Vertébrés, puis une seconde phase de reproduction sexuée [sporogonie] dans les viscères des Insectes ; en d'autres termes, les Vertébrés jouent a leur égard le rôle d'hôtes intermédiaires et les Insectes celui d'hôtes définitifs. Toutefois, ce que nous avons dit plus haut des Hœmosporea montre que la reproduction sporogonique des Acystosporea et leur passage par les Insectes ne sont que des faits d'adaptation assez récente, en vue d'assurer la dissémination des espèces, et l'on peut dès lors se demander jusqu'à quel point est légitime une assimilation des migrations subies par ces organismes inférieurs avec celles dont les helminthes nous donnent de si nombreux exemples.
La présence des Acystosporea dans le sang ou les viscères des Mammifères et des Oiseaux s'accompagne de troubles fonctionnels : chez l'Homme, ceux-ci constituent les différentes formes de la fièvre intermittente; chez les animaux, leurs manifestations sont encore mal connues, mais ne peuvent être révoquées en doute.
Genre Plasmodium Marchiafava et Celli, 188S.
Synonymie. — Hœmatomonas Osier, 1887. — Hœmatophyliwm Metshnikov, 1887. — Hœmamœha Grassi et Feletti, 30 décembre
1889 (1). — Laverania Grassi et Feletti, 30 décembre 1889, pro parte (non Labbé, 1899; non Laveran, 1899). — Cytamœba Danilevsky,
1890 (non Labbé, 1894). — Proteosoma Labbé, 1894. — Hœmosporidium Lewkowicz, 1897. — Hœmomenas Ross, 1899, pro parte. — Cytosporon von Wasielewski, 1901.
Diagnose. — Hémosporidies accomplissant des métamorphoses et des migrations. Pendant une première période (cycle de Golgi), elles ont pour hôte intermédiaire un Vertébré à sang chaud (Oiseau ou Mammifère) : logées à l'intérieur des globules rouges du sang, elle grandissent, se chargent de pigment noir et se
(1) R. Feletti e B. Grassi, Sui parassiti délia malaria. Catania, in-S" de 11 p., 22 déc. 1889. — La brochure est datée du 22 décembre, mais n'a été remise à la poste que le 30 décembre.
multii)lient j)ar schizogonie; les mérozoïtes, mis en liberté dans le plasma par éclatement du globule parasité, infestent d'autres globules, à l'intérieur desquels ils vont se comporter de la même manière et l'infection se propage ainsi chez le même animal. Au bout d'un certain nombre de multiplications schizogoniques, il apparaît dans le plasma sanguin des organismes parasitaires de forme particulière, ronds ou réniformes et ayant la v;ileur d'individus sexués [gamètes]. Ces derniers circulent dans le liquide sanguin, sans y subir aucune modification, puis finissent par y périr, à moins qu'ils n'en soient extraits par un Moustique, dans le corps duquel ils vont poursuivre leur évolution. Chez ce nouvel hôte commence une seconde période [cijclede Ross), qui débute par la fusion du gamète 9 avec un élément fécondateur produit par le gamète cf - Puis le gamète 9 subit une segmentation (sporogonie), aboutissant à la production d'un nombre considérable de sporozoïtes ; ceux ci, par éclatement du kyste où ils se sont formés, tombent dans la cavité générale et pénètrent dans la glande salivaire de l'Insecte. Ce dernier, en piquant un être approprié, lui inocule alors le parasite, germe d'une maladie souvent fort grave.
Au genre iHasmodium (1) se rattachent actuellement trois types de parasites, chacun de ces types pouvant renfermer plusieurs espèces : 1" les organismes qui produisent les fièvres intermittentes de l'Homme, /'/. malariuc (Laveran, 1881); 2» un Hématozoaire des Singes, Pl. Kochi (Laveran, 1899) ; 3" un parasite des Oiseaux, Pl. Danilevskyi (Grassi et Feletti, 1890). On a voulu rapprocher de ce même gCinre divers autres Hématozoaires, observés chez les Mammifères, mais dont le mode de transmission est encore ignoré et dont les relations avec les vrais Plasmodium restent incertaines (2).
(1) Ross désigne sous le collectif A'Hœmainœhidae les Hématozoaires que nous rangeons dans le genre Plasinodiuni .
|2) Kolle (a) décrit chez le liœuf du sud de l'Afrique une fièvre rémittente, qu'il appelle febrit; nialariœforni ta et qui ne s'accompagne ni d'hématurie ni d'hémoglobinurie ; les hématies renferment un petit parasite différent de Babesia boviit et se rapprochant des Plasmodies paludiques, mais sans le ir être ideniique. Dupuy (fti et Pierre (c) ont observé chez le Cheval, au Sénégal et au Soudan,
{(I) W. Koi.LE. Ueber eincn neuen pathogenen Parasiten im Blute der Rinder in Sûd-Afrika. Zeitschrift fiir Hygiène, XXVII, p. 45-48, 1898.
{b\ Dlpuy. Malaria des Chevaux algériens en Sénégambie. Recueil de médvélér., p. 253, 1889.
(c) Pierre, Du paludisme chez le Cheval. Bulletin de la Soc. centrale de méd. vétér., (2), XIV, p. 148, 1896.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
Le Plasmodium malariae n'est pas une espèce simple. — Laveran croit à l'unité spécifique des parasites qui s'observent dans les difïérenls types fébriles (1) : à ces derniers correspondraient, non pas des espèces distinctes, mais de simples variétés d'une seule et même espèce polymorph3. Suivant les individus, celle-ci causerait des fièvres d'un type dillérent; bien plus, la maladie pourrait changer d'aspect chez un même patient. Par exemple, les fièvres tierce et quarte s'observent surtout au printemps, alors que la quotidienne se déclare de préférence en été et en automne ; il semble donc logique d'admettre que la morphologie et la périodicité du parasite varient suivant la saison (2).
Telle est. en substance, la théorie de l'unicité du paludisme, dont
une affection fébrile au cours de laquelle le sang renferme ordinairement des corpuscules semi-lunaires pigmentés. En Russie, Potapeniio a observé' chez le Cheval des troubles de la vision coïncidant avec la présence constante, dans les globules rouges, d'organismes qu'il rapproche de ceux du paludisme humain [a). Lôwit a décrit en 1899. sous les noms de Bannaniwba leuceniiae magna et de H. leucemiae viva.v, deux espèces de Plasmodies vivant à l'intérieur des leucocytes, dans les cas de leucémie; ce ne sont, en réalité, que des produits artiliciels, dus à la lixiviation des granulations des labrocytes par les matières colorantes employées. On a encore signalé, dans différentes affections, des parasites intraglobulaires qu'on a voulu assimiler au.K Plasmodies : par exemple dans une maladie spéciale de la vessie (Brunton. 1893i. dans le trachôme (EIze. 1897|. dans le goitre (Grasset, 1898). et dans la syphilis (Horand, 1904); ces observations méritent confirmation.
(1) .\. Laveran, Existe-t-il une variété d'Hématozoaire particulière au paludisme intertropical? .4 rc/(/ves de Paraxitologie, I, p. 44, 1898.
lâ) L'opinion de Laveran s'est modifiée maintes fois, quant au nombre et à la dénomination des variétés qu'il admet.
En 1900 il», il écrit ce qui suit : « L'Hématozoaire du paludisme \Hxinainœba malariae) présente deux variétés que l'on peut désigner sous les noms de parca et de magna, d'après les dimensions des éléments parasitaires. Lorsqu'un malade dans le sang duquel on a constaté, au Sénégal, par exemple, H. malariae, var. parca, rentre en France et qu'il a des rechutes de fièvre, on trouve d'ordinaire dans le sang H. malariae, var. magna; il ne s'agit donc pas d'espèces différentes, mais de simples variétés. »
En 1901 (c), il supprime la variété magna et la remplace par les deux variétés terlianae et quarlanae. « Je pense, dit-il. qu'il s'agit de simples variétés d'une même espèce polymorphe. La variété parva correspond à l'Hématozoaire qui a été signalé comme le parasite des fièvres tropicales. »
(«) II. IIoTcineHKO, K'b aïiojioriii nepio/iiiHecKaro BocnajieniH rjiasb II.JIH jiyHHoii cii-fenoTbi y.TXOLuafleH. Bpauô, XIII, p. 146, 1892.
{b) A. Laveran, Résumé du rapport sur l'Hématozoaire du paludisme. C. R. du llll' Congres internat, de méd., section de liactériol., p. 13, 1900.
(c) A. Laveran, Essai de classification des Hématozoaires endoglobulaires ou Uwmocytozoa. C. R. Soc. de bioL, p. 798, 1901.
Labbé, Calmette (1), van Gorkom (2) et un petit nombre' d'autres sont encore partisans. Mais une telle croyance n'est plus acceptable : Billet estime qu'il y a lieu d'établir entre les parasites de la tierce et de la quarte « une distinction assez tranchée » ; ailleurs, il reconnaît qu'il existe en Algérie « deux formes de paludisme correspondant à deux espèces de parasites bien distinctes » : la tierce et la quarte (3).
Cette distinction n'est pas nouvelle, puisqu'elle a été établie dès 1886 par Golgi (4). Un peu plus tard, Marchiafava et Bignanii ont reconnu la spéciiicité des petits parasites de la tierce maligne, dite encore fièvre tropicale ou estivo-automnale (5).
Les observations de ces dernières années n'ont fait que confirmer la pluralité spécifique des Hématozoaires du paludisme, mais on est encore dans l'incertitude quant au nombre des espèces qu'il convient de distinguer. La périodicité des accès de fièvre, dans laquelle on pourrait s'attendre à trouver un critérium, comme c'est le cas pour les fièvres tierce et quarte, n'a nullement cette certitude, d'abord parce que certaines fièvres sont d'un type plus ou moins irrégulier, puis parce que ce type se trouve souvent faussé par des redoublements qui, longtemps inexpliqués, résultent pour nous d'infections successives et intercalaires.
Abstraction faite de la tierce bénigne, à grosses Plasmodies évoluant en 48 heures, de la quarte à gros parasites (72 heures) et même de la tierce maligne à petits Hématozoaires (48 heures), sur la spécificité desquelles on est maintenant d'accord, il existe donc de réelles divergences entre les observateurs quant aux autres formes parasitaires. Sans songer à énumérer ici toutes les opinions émises, indiquons les principales.
Dès 1890, Grassi et Feletti distinguaient deux types parasitaires : Hœinavuvbd mnlariae, des fièvres régulières, et Laverania malariae, des fièvres irrégulières, ce dernier caractérisé par ses corps eu croissant (6).
(t) « Le paludisme, ainsi que l'a prouvé Laveran, constitue une seule entité morbide se rapportant à une seule espèce de parasite. Mais le parasite parcourt, dans son développement, un double cycle évolutif, cycle estivo-automnal aboutissant au croissant, cycle hiberno-vernal aboutissant à la rosace : ces cycles se suivent et l'on peut observer la transformation des petites formes parasitaires en grandes formes amiboïdes chez un même sujet. L'autonomie du parasite dit de la fièvre estivo-automnale n'existe donc pas. » — Calmette, Le Caducée, IL p. 181, 1902.
(2) W. J. VAN GoRKOM, De uniteit van den malariaparasiet. Geneesk. Tijdschrift voor Nederlandsch-lndië, XLII, p. 692, 1902.
(3) A. Billet. Contribution h l'étude du paludisme et de son Hématozoaire en Algérie (Constantine). Annules de l'Institut Pasteur, XWl, p. 185, 1902.
(4| GoLGi. Suir infezione malarica. Àrchivio per le se. nied..X. p. 109-135, 1886. — Ancora sull' infezione malarica. Gazzelta degii ospedali. VII. p. 419-422, 1886.
(d) Marchiafava e Bignami, La quotidiana e la terzana estivu-autunnale. Rifornia med., m, p. 792-797, 1891.
(6) Grassi und Feletti, Ueber die Parasiten dcr Malaria. Cenlrulhlatt fiir Bakteriol., VII. p. 396-401 et 430-43,). ISÎiO; cf. p. 401 et 431. — Malariaparasiten n den Vôgeln. Ibidem, IX, p. 403-409,' 429-433 et 461 467; cf. p. 430, 7 avril 1891 déjà publié dans le BuUettino mensile, XIV, juin 1890).
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
Un peu plus tard, ces mêmes observateurs distinguent jusqu'à quatre espèces : Hœmamœba civax de la tierce siiDple ou double, H. inalariae de la quarte simple, double ou triple, H. prœco.r de la lièvre quotidienne (1) et Laverania inalariae des fièvres irrégulières. Marchiafava et Celli admettent en outre un parasite de la quotidienne maligne, mais peut-être n'estce autre chose que le parasite de la tierce maligne double. Ziemann et Laveran admettent une « variété )) pour la quarte maligne, mais la spécificité en reste douteuse; le premier de ces auteurs croit, en revanche, que les fièvres malignes et tropicales, malgré leurs types si diiïérents, sont causées par un seul et unique parasite qui, suivant sa malignité et suivant la résistance de l'organisme, accomplit son cycle en 24, 48 ou 72 heures. Une opinion toute seuiblable est exprimée par Koch ; en 1898, il admettait quatre espèces parasitaires, correspondant aux fièvres quarte, tierce, tropicale et irrégulière; en 1899, il n'en reconnaît plus que trois et réunit les deux dernières en une seule (2). A la même époque, Ross admet également trois espèces, réparties en deux genres : Hwmamœba, malariae de la quarte, H. oictix de la tierce et Hœnioiuenn.s pni'cox : cette dernière s'observe dans les fièvres irrégulières, rémittentes, pernicieuses et estivoautomnales; elle renferme plusieurs variétés qui sont « peut-être des espèces distinctes » (3).
En 1897, Lewkowicz (4) divisait les Plasmodies paludiques en deux groupes : le premier, à gamètes sphériques, comprenait les parasites de la tierce et de la quarte; au second, à gamètes en croissant, il rattachait jusqu'à quatre espèces : Hœniosporidium sp., à cycle indéterminé et à gamètes en forme de cigare; H. undecimanae, évoluant en 10 jours; H. sedecimanae, évoluant en 15 jours et H. vigesiino-tertia,nae évoluant en 22 jours. Plus tard, ce même observateur (o) modifie son opinion et se range sous la bannière de l'unicisme : il considère les fièvres tierce bénigne, tierce maligne et vigesimo-Urtiana comme dues à un seul et même parasite polymorphe; par analogie, la quarte bénigne, la quarte
(1) Ce même nom d'Hsemainwba prxcox avail été donné précédemment, par ces mêmes auteurs, à un Hématozoaire des Oiseaux ; il constitue donc ici un nomen nudum et ne saurait être mainlcQU. — Cf. Accademia Gioenia di se. nat. in Catania, avril 1890; Bulletlino iiiensile deW Àccad. Gioenia, XIV, juin 1890; Centralblatt fiir Bakteriol., IX, p. 407, 28 mars 1891.
(2) R. KocH, Ueber die Entwiclielung der Malariaparasiten. Zeilschrift fUr Hygiène, XXXII, 1899. — « Toutes les autres espèces de parasites malariques qui s'observeraient ciiez l'Homme et que l'on a décrits sous les noms d'Hssitt. prxcox. Eœm. ininiaculata, parasites des lièvres irrégulières, etc., sont sans caractéristique propre; elles appartiennent toutes à la lièvre tropicale. »
(3) R. Ross, Life-history of the parasites of malaria. Nature, LX, p. 322, august 3, 1899.
(4) X. Lewkowicz, Ueber den Entwickelungsgang und die Einteilung der Malariaparasiten. Centralblatt fiir liakteriologie, XXI, p. 129-133, 1897.
(5) X. Lewkowicz, Zur Biologie der Malariaparasiten. Wiener klin. Wochenncfirift, XIII, p. 206, 1900.
maligne et une fièvre à longs intervalles ewore mal définie sont attribuées à une seconde espèce parasitaire polymorphe. Comme on le voit, c'est, avec quelques variantes, l'opinion que Billet professe encore aujourd'hui.
La pluralité spécifique des Hématozoaires du paludisme se trouve encore démontrée d'une façon non moins convaincante par les inoculations expérimentales. En 1880, Gerhardt a reconnu qu'on donne la fièvre à un Homme sain, en lui inoculant du sang d'un paludique; Mariotti et Ciarrocchi. puis Marchiafava et Celli ont complété cette notion, en démontrant que le sang de l'individu inoculé contient alors des Hématozoaires. Ces expériences, répétées par un grand nombre d'observateurs, ont conduit aux constatations suivantes :
1° L'infection se transmet sûrement, quand on injecte le sang d'un paludique dans les veines ou sous la peau d'un individu sain ;
2" Les types fébrile et parasitaire sont toujours, chez l'individu contaminé, identiques à ceux de l'individu qui a fourni le sang inoculé;
3" Un type fébrile défini ne se transforme jamais en un autre type, chez un même malade ;
4" Dans les circonstances oij l'on a cru êonstater une telle transformation, il s'agissait d'une invasion secondaire par un parasite différent de celui de la première infestatioii ;
S° On reproduit le type fébrile primitif chez un individu inoculé, non seulement par l'inoculation directe de sang paludique humain, mais encore quand un individu sain est piqué par un Annphelex m(tciilipi'nnis ayant sucé préalablement le sang d'un malade atteint d'un type fébrile connu.
Ce dernier fait, mis en lumière par Bignami, Celli, Grassi et d'autres, a été démontré par F.-Th. Manson d'une façon particulièrement convaincante. Des Anophèles maculipeniiis, gorgés à Bome du sang de malades atteints da lièvre tierce bénigne, sont envoyés à Londres dans une cage de gaze; un certain nombre sont encore vivants à l'arrivée. P. -Th. Manson se laisse piquer par ces Insectes à plusieurs jours d'intervalle : 15 à 16 jours après la première piqûre et 8 à 9 jours après la dernière, la fièvre éclate, puis se renouvelle avec violence les jours suivants ; c'est seulement au cinquième accès qu'on trouve avec certitude les Hématozoaires ; le sang renferme non seulement des parasites intra-globulaires, mais aussi des gamètes et des leucocytes pigmentés. On administre la quinine à dilïérents intervalles et les parasites disparaissent dans l'espace d'un jour. L'état normal se maintient pendant neuf mois, après quoi se déclare une récidive, dont la quinine a facilement raison.
Cette intéressante expérience démontre comment le paludisme peut éclater dans des localités jusqu'alors salubres : il suffit que des Moustiques infestés soient amenés de loin par le chemin de fer. les bateaux ou de quelque autre manière (1). L'examen microscopique permit de constater que le parasite était bien celui de la fièvre tierce bénigne (Plasmodium
(1) Vi)ir plus haut, p. 7-2-73.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
vivax); la fièvre se présentait sous la forme redoublée, par suite de la multiplicité et de l'intercalation des inoculations parasitaires.
Ainsi, le paludisme n'est pas une entité morbide, mais une collectivité d'états morbides ayant chacun son parasite spécifique; il y a des fièvres intermittentes, tout comme il y a des lièvres éruptives. Les divers Hématozoaires du paludisme se distinguent les uns des autres par un ensemble de caractères, notamment par l'activité de leurs mouvements à l'intérieur des hématies, par leur richesse en pigment, par la durée du cycle schizogonique, par le siège où il s'accomplit, par le nombre des mérozoïtes qui en résultent, par l'action du parasite sur le globule rouge, par la forme des gamètes, etc.
Le Plasiriodium malariae n'est donc pas une espèce simple (1); il doit être démembré en plusieurs autres espèces, à l'une desquelles son nom doit demeurer, conformément aux règles de la nomenclature, les autres espèces bien définies prenant chacune un nom particulier. Sans préjudice de celles qu'on pourra caractériser par la suite, on doit admettre actuellement trois espèces principales : IHasmodium malariae, sensu slricto, de la hèvre quarte, Pl. vivux, de la fièvre tierce et Pl. falciparimi, de la fièvre tropicale. Nous devons expliquer ce dernier nom.
La synonymie des Hématozoaires du paludisme est très difficile à débrouiller, par suite de confusions commises par Grassi et Feletti. A la fin de décembre 1889, ces deux auteurs établissent deux genres nouveaux et deux espèces nouvelles : Hxmamœba malariae, des fièvres régulières, et Lacerania. malariae, des fièvres irrégulières (2). Le premier de ces genres est basé sur « le corps pigmenté de la tierce et de la quarte », c'est-à dire sur le schizonte; le second est fondé sur le croissant, c'est àdire sur le gamète. Les deux observateurs italiens considéraient, en effet, les croissants comme distincts des parasites intra-giobulaires, et ils
(1) Synonymie : Oscillaria malariae Laveran, 1881. — Plasnioduun malariae Marchiafava et Celli. 15 déc. 1883 ; Kruse, 1892. — Polymitus malariae Danilevsky, 16 déc. 1886 (a). — bseinoplasmodiuni mala iae D;milevsky. 16 déc. 1866 {b).
— Pseudospirillus malariae Danilevsky, 16 déc. iS86 (microjiainète) —Hœmalonwnas malariae Osier, 12 mars 1887. — IJaimatopliyllum malariae Melslinikov, 1887. — Amœba malariae, 1888 (C); Celli, 1891. — Hsematobium malariae Celli et Guarnieri, 1889. — Beemamœha Grassi et Keletti, '12. décembre 1889. — Amœba malariae Golgi, 1890. — Cylozoon malariae /lo/ju/ns Danilevsky, 1891. — Amœba malariae hominis Sakharov, 1892. — Hsemamœba Laverani Labbé, 1894. — Laveranea limiiliemica Coronado, 1897. — Hsematozoon malariae Osier, 1897.
— A inœbotipurtdium malariae Pievnitzky, 1900. — Hœmosporidion malariae Fappenheim, 1900.
(2) R. Feletti e B. Grassi, Stti parassili délia malaria. Catania, in-8° de 11 p., daté du 22 décembre 1889, distribué le 30 décembre.
(a) Microgamétocyte en- train de produire des microgamètes. {bj Nom appliqué aux gamètes et attribué à tort a Marchiafava et Celli. (c) Nom appliqué aux schizonles et attribué à tort a Grassi pur Marchiafava et Celli {Arch. ital. de biol., IX, p. 2813. en note) ; le renvoi à Grassi est inexact.
soutenaient encore cette opinion en 1891 (1) : or, on sait que ce ne sont que les gamètes d'Hémosporidies qui, pendant leurs phases schizogonique et sporogonique, ne peuvent être distraites du genre Plasmodium ; les gamètes en croissant, qui sont d'ailleurs des formes transitoires, ne peuvent donc avoir la valeur d'un caractère générique. 11 en résulte : 1° que les genres IhvmuDiœba et Laveranio sont identiques au genre Plasmodiv/tii et tombent en synonymie; 2° que l'espèce Laverania inalariae, incorporée désormais au genre Plasmodium, perd non seulement son nom générique, mais aussi son nom spécifique.
L'espèce parasitaire ainsi débaptisée est celle qui cause les fièvres pernicieuses, quotidiennes, continues ou subcontinues. Le 31 octobre 1891, Grassi publie une note (2) oii il distingue, pour ces types fébriles, trois parasites différents : Hxmcimaba prsecox, H. immaculata et Laverania nialariae. Ce dernier nom n'est pas admissible, ainsi que nous venons de l'établir ; mais que penser des deux autres, qui ont du moins le mérite de s'appliquer à des parasites intra globulaires, les uns pigmentés, les autres sans pigment ? Aucun de ces deux noms n'est valable.
En effet, l'espèce Hsemamœba prœcox a été établie par Grassi et Feletti en avril 1890 pour une Hémosporidie des Oiseaux (3) ; dans la suite du même travail (p. 6), ce même nom se trouve attribué en outre à un parasite humain qui (( ne peut être distingué de celui des Oiseaux » et qui produit des fièvres du type quotidien. En 1891, l'identité des parasites aviaire et humain ici confondus est considérée comme douteuse ; en fait, elle n'est pas soutenable. Le Plasmodium prœcox est donc exclusivement un parasite des Oiseaux; il ne s'observe pas chez l'Homme.
D'autre part, l'espèce Hppmamœba immaculata a été établie par Grassi, le 31 octobre 1891 (4), en faveur d'un parasite du Faucon cresserelle (Falco tinnuncuius) ; mais, un peu plus loin, le même auteur inscrit ce même parasite au nombre des Hématozoaires de l'Homme. Cette assimilation est évidemment inexacte, d'où la conclusion que Hœniainœba immaculata, ou plutôt Plasmodium immaculatum, ne saurait être qu'un parasite des Oiseaux.
Schaudinn a donc raison de rejeter le nom de Pl. prœcox, mais il a tort de lui substituer celui de Pl. immaculatum : ni l'un ni l'autre de ces deux noms n'est valable pour un Hématozoaire de l'espèce humaine. Dès lors, le seul nom qui convienne à la Plasmodie qui cause les lièvres irrégulières est celui de Plasmodium falciparum (Welch, 1897), ainsi que le montreront les listes synonymiques données plus loin.
(1) B. Grassi und R. Fkletti, Weiteres ûber Malaria. Centralblalt fiir Bakteriol., X, p. 481, 1891; cf. p. 484 et suivantes.
(2) B. (iBAssi, Verschieilene Untersuchungen. Ceiitralblutl fitr Bakteriol.. X, p. 517, 1891.
(3| Grassi et Fkletti, Ancora sui parassiti malarici degli Uccelli. BuUcttiito meusile dell'Accad. Gioeniadi se. nat. in Catania, XIV, p. 2, avril 1890; cf. p. 2. (4) B. Grassi, Loco citato, p. 517.
Nous décrirons d'abord Pl. vivax, dont on connaît le mieux la structure et les métamorptioses (1).
Plasmodium vivax (Grassi et Feletti, 1890).
Synonymie. — Hœmamœba vivax Grassi et Feletti, 1890; Ross, 1900. — Amœba fehris tertianae Marchiaiava et Bignami, 1891. — Plasmodium malariae tertianae Celli et Sanfelice, 1891 ; Mannaberg, 1891 ; Kruse, 1892. — Hœmamœba febris tertianae Sakharov, 1892. — Hœmamœba Laverani var. tertiana Labbé, 1894; von Wasielewski,
1896. — Cytamœba tertianae Danilevsky, 1895. — Hsemosporidium tertianae Lewkowicz, 1897. — Hœmatozoon fehris tertianae Welch,
1897. — Plasmodium malariae tertianae Weichselbaum, 1898. — Pl. malariae tertianum Labbé, 1899. — Hœmamœba malariae var. magna Laveran, 1900, pro parte. — Hœmamœba malariae var. tenianae Laveran, 1901.
Ce parasite cause la fièvre tierce bénigne, simple ou double. Il est très répandu dans les régions où le paludisme sévit avec intensité, notamment aux Indes et en Amérique; à l'bôpital des marins, à Londres, où l'on soigne des gens venus de tous les coins du monde, on l'observe à peu près dans 60 pour 100 des cas. Il se propage au moyen de divers Anophelinae ; en Europe, Anophèles maculipennis est son principal agent de dissémination.
L'Insecte infesté par ce parasite est, à un certain moment, capable de l'inoculer avec sa salive à un Homme sain, dont il vient de sucer le sang. De la sorte pénètrent dans les capillaires de la peau certains germes ou sporozoïtes, qui se trouvaient daus la glande salivaire du Moustique et dont l'origine sera indiquée ci-après. On peut facilement suivre sous le microscope les phénomènes que nous allons décrire, si l'on a soin de porter dans une goutte de sang humain, légèrement diluée par l'eau physiologique, les sporozoïtes recueillis par dilacération des glandes salivaires d'un Anophèle infesté; on borde la préparation à la vaseline et l'on examine sur la platine chaufîante à 37°.
(1) P. -M. Argoutinsky. Contribution à l'étude de la morphologie et de la biologie du parasita lualarique. Archicex des se. hiol.. X, p. 12-48. 1903. — C. SchaI'dinn. Studit'n ûb(^r krankheitserregende Protozoen. — II. PUisniodiuiii rivii.v iGrassi und Feletti). der Erreger des Terlianflebers beim Mensclien. Arheiteti aus dem kais. Gesundheitsumt. XIX.
Schizogonie (cycle de Golgi). — Cette phase se passe fout entière clans le sang humain, depuis le moment où les sporozoïtes ont été inoculés par la piqûre du Moustique jusqu'à celui où les gamètes vont être repris dans le sang par un autre Moustique. Les divers états sous lesquels l'Hématozoaire peut se rencontrer dans le sang ont été reconnus par Laveran, mais Golgi a montré de quelle manière ils dérivent les uns des autres et a établi leur filiation.
Les sporozoïtes, tels que l'Insecte les inocule dans la petite plaie produite par son rostre, sont des organismes allongés, fusiformes ou falcifornies, longs de 10 à 20 u., larges de 1 à 2 [j-, très effilés à leurs deux extrémités, la plus fine étant tournée en avant lors de la marche. Leur protoplasma finement granuleux, très réfringent et de structure alvéolaire (1), renferme vers le milieu de la longueur un noyau ovale, plus réfringent et aussi de structure alvéolaire. Le noyau se colore aisément; les grains de chromatine, de taille diverse, sont dans la paroi des alvéoles et, par conséquent, disposés en réseau; il est rare de les trouver agglomérés en une seule masse constituant un nucléole ou un caryosome.
Le spoiozoite est capable de mouvements divers. Sur place, il accomplit des torsions et des mouvements péristaltiques, soit isolément, soit en même temps, ce qui produit alors des changements de forme très variés. La torsion se limite presque toujours à la moitié antérieure; elle est lente, mais le redressement est brusque. Les mouvements péristaltiques se font d'avant en arrière : une sorte d'onde se propage le long du corps avec la rapidité de l'éclair ou, au contraire, marche avec une grande lenteur; dans ce dernier cas, on peut voir deux ou trois ondes se suivre le long du corps. Quand l'organisme se déplace, il se comporte à la façon du sporozoïte des Coccidies, avec lequel il a d'ailleurs la plus grande ressemblance : il excrète par son extrémité postérieure une substance hyaline, collante, de consistance gélatineuse, qui adhère par coagulation à la surface sur laquelle repose le sporozoïte et le pousse en avant. Quand cette substance a été utilisée en totalité, l'animalcule s'arrête et en fabrique une nouvelle provision ;
(1) On attribue généralement à Bùlschli la découverte de l'état alvéolaire du protoplasma. C'est là une erreur : celte découverte appartient à J. Kûnstler, de Bordeaux, qui l'a exposée dès 1882 et l'a confirmée depuis lors par de nombreuses publications.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDLSME
pendant ces pauses, les mouvements de flexion et les contractions peuvent continuer.
Parvenu au contact des hématies, le sporozoïte s'attaque à l'une d'elles et cherche à y pénétrer (1). Il presse par son extrémité antérieure contre le globule et produit ainsi une petite perforation dans laquelle il s'engage : à l'aide de mouvements variés et de fortes contractions, il s'enfonce progressivement dans le globule et finit par y pénétrer en entier (fig. 262). Dans une préparation de sang, cela demande de 40 minutes à une heure, mais il est
Fig. 262. — Invasion du sang et schizogonie observées à l'état frais, d'après Schaiidinn. — u-e. sporozoïtes attaquant une hématie, pénétrant à l'intérieur de celle-ci et s'y transformant en un corpuscule amiboïde semblable à un jeune schizonte; /, schizonte âgé d'environ 12 heures; g, schizonte adulte, très actif, âgé de 24 à 28 heures; li, schizonte adulte préludant i» la multiplication nucléaire; i, schizonte à noyaux multiples.
vraisemblable que, dans le sang en circulation, la pénétration est beaucoup plus rapide.
Après s'être intj'oduit dans l'hématie, le sporozoïte entre en repos : il prend une forme plus ou moins arrondie. 11 mesure alors de 1 [JL 5 à 3 [X : son protoplasma finement granuleux, alvéolaire, est moins réfringent que celui du globule; son noyau arrondi, large de 1 à i a 25, est assez apparent : soit par l'acide osmique, soit par la coloration de Romanovsky, on distingue en sou centre un caryosome volumineux.
(1) Laveran a longtemps soutenu et croit peut-être encore que l'Hématozoaire est simplement accolé au globule rouge; Lewkowicz partage cette opinion pour le parasite de la fièvre tropicale et Argutinsky pour celui de la tierce. (îolgi a pourtant démontré, dès 1883, que le parasite de la fièvre quarte pénètre réellement à l'intérieur de l'hématie.
Cependant, l'animalcule change d'aspect et se transforme en jeune schizonte. Son protoplasma et son noyau deviennent hyalins et plus réfringents, puis il commence à se mouvoir lentement, en même temps que sa réfringence diminue. Par différents points de la surface, sa substance se soulève lentement en courts et larges l)seudopodes ; puis les mouvements s'accélèrent et le schizonte roule de côté et d'autre, d'autant plus activement que la température est plus élevée. Il apparaît alors, auprès du noyau, une vacuole qui s'élargit rapidement et qui est en rapport avec la
Fig. 263. — Schizogonie étudiée sur des préparations colorées, d'après Schaudinn. — a. jeune schizonte, peu après la pénétration du mérozoïte dans l'hémat'c ; II. schizonte Agé de 10 heures environ; c. hématie parasitée, montrant les granulations de Scliûtïner; d. schizonte vers la 30' heure, très amiboïde; r. schizonte un peu plus âgé, à noyau alvéolaire; f, schizonte adulte, préludant à la multiplication nucléaire, par suite de la fusion des grains de chromaline en une plaque équatoriale; g, h, divisions nucléaires successsives ; /, début de la schizogonie ;j, fin de la schizogonie et dissociation des mérozoïtes.
destruction de la substance globulaire par le parasite. En effet, celui-ci s'étale autant que possible à l'intérieur du globule; il augmente ainsi ses points de contact avec le protoplasma de ce dernier, se nourrit plus abondamment et croît plus vite. La vacuole donne au parasite un aspect annulaire, caractéristique du jeune schizonte; elle est prise le plus souvent pour la partie achromatique du noyau.
Ce stade correspond à peu près à la sixième heure après l'infestation de l'hématie : le parasite a notablement grossi ; son diamètre égale environ le quart de celui du globule. Deux heures plus tard, le schizonte est devenu plus pâle et immobile.
En cet état, la Plasmodie a la même structure que les mérozoïtes auxquels elle va donner naissance; elle ne ressemble plus au sporozoïte, dont elle dérive pourtant directement. On ne saurait donc admettre l'opinion de Grassi, qui pense que le sporozoïte, en arrivant dans le sang, s'y multiplie par scissiparité ou par gemmation, donnant ainsi naissance à des produits qui seuls seraient capables de pénétrer dans les hématies pour s'y transformer en schizontes.
L'apparition de la vacuole à l'intérieur du schizonte ne précède i que de fort peu celle des granulations pigraentaires. Celles-ci se déposent dans le protoplasma; elles résultent de la transformation de la substance du globule et spécialement de l'hémoglobine; on les assimile ordinairement à la mélanine, mais à tort : leur teinte n'est pas noire, mais brun jaunâtre foncé, tirant sur le vert olive. Ces granules cristallins sont immobiles et relativement rares et | fins; ils sont doués de la double réfringence, propriété optique très précieuse, puisque, sur des préparations colorées, elle permet de les distinguer sûrement des grains de chromatine.
Au bout de 24 heures, le globule parasité est déjà très gonflé ; il ] est plus pâle et se colore moins vivement par les réactifs. L'Héma- J tozoaire a grossi lui-même et son protoplasma se colore mieux. La vacuole est plus vaste, souvent même on en compte deux ou trois; l'amiboïsme est plus actif, ce qui donne aux parasites les aspects I les plus divers. Le pigment et le noyau sont à la périphérie ; souvent même, le noyau fait hernie et ne se trouve plus recouvert que d'une très mince couche protoplasmique.
Dans les dix à douze heures qui suivent, le schizonte se montre doué de mouvements amiboïdes extrêmement actifs; il change de forme sans trêve ni merci : des vacuoles se montrent, grandissent, ^ puis disparaissent; des pseudopodes s'allongent, puis se rétractent; I l'aspect du parasite varie sans cesse, ce qui lui a valu son nom de i vivax. Le pigment devient plus abondant et se trouve ballotté d'un j côté à l'autre. Le noyau a grossi, mais pourtant n'a pas plus de 3 p. de largeur; son caryosome n'est plus compact, mais est creusé de J vacuoles. Celles-ci s'élargissent progressivement et empiètent sur j le noyau, qui présente finalement, dans sa totalité, l'aspect d'un i fin réseau à mailles claires, dont les nœuds et les fils sont chargés de grains de chromatine.
Vers la 40« heure, le parasite ralentit ses mouvements, arrondit son contour et croît plus lentement. Vers la 44» ou la 45« heure, il devient immobile et cesse de s'accroitre; il se passe alors à son intérieur des phénomènes qui aboutissent à sa muliplication. Le noyau se divise par un i)i-océdé de mitose simplifié : la plaque équatoriale, bien accusée au premier dédoublement, ne l'est plus guère au second et fait défaut à partir du troisième ; la division du noyau ne se fait plus que par simple étranglement.
Il se forme ainsi de 12 à 24 noyaux-filles, ordinairement 16, qui s'arrondissent. Cependant, le pigment se condense vers le centre en un ou plusieurs amas, puis le protoplasma commence à se diviser : il se soulève à la périphérie en autant de mamelons qu'il y a de noyaux, puis des sillons naissent des intervalles de ces saillies et marchent vei'S le centre. Ainsi se constitue le corps en rosace de Laveran; ainsi prennent naissance des cellules-filles ou m& ozoïtes, qui finissent par se séparer entièrement les unes des auties, ainsi que de la masse pigmenlaire. Les mérozoifes sont sphériques ou ovalaires; ils mesurent 1 [jl 5 à 3 jx; leur caryosome, également arrondi ou allongé, mesure de 0 ;x 5 à 1 a 25; on observe parfois des mérozoïtes avec deux caryosomes et même deux noyaux.
A ce stade le globule rouge n'est plus constitué que par une coque très mince et très pâle, qui entoure les mérozoïtes : il éclate et ceux-ci tombent dans le plasma sanguin; le résidu pigmentaire tombe aussi dans le plasma ou reste, suivant les cas, dans les débris de l'hématie.
Les phénomènes que nous venons de décrire se sont accomplis plus ou moins exactement en 48 heures. T^e plasma renferme maintenant des organismes qui se trouvent dans les mêmes conditions que les sporozoïtes inoculés par l'Anophèle et qui vont se comporter identiquement comme ceux-ci. En effet, les mérozoïtes ne restent pas inertes; ils y accomplissent des mouvements assez lents, mais d'ailleurs très semblables à ceux des sporozoïtes. Ils s'accolent aux globules rouges et y pénètrent de la même manière que ces derniers; sur la platine chauffante, l'invasion des hématies s'accomplit en moins d'une heure; elle est sans doute plus rapide dans le sang en circulation. Le protoplasma et le noyau des méro zoïtes sont de structure alvéolaire; ce dernier, |)lus ou moins central, renferme un gros caryosome.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
Comme il a été dit, les inérozoïtes se comportent de la même façon que les sporozoiles; ils deviennent donc, eux aussi, des schizontes très mobiles, à large vacuole, d'aspect annulaire, et produisent, dans l'espace de 48 heures, une nouvelle génération de mérozoïtes. Ceux-ci se comportent à leur tour comme les précédents, et ainsi de suite. Grâce à la répélition incessante de la schizogonie, le nombre des Hématozoaires va sans cesse en augmentant et l'on trouve dans le sang un nombre toujours croissant d'hématies parasitées. On voit même, quand l'infestation est très intense, des globules qui renferment deux, trois et jusqu'à quatre Plasmodies; mais celles-ci restent toujours indépendantes les unes des autres, sans jamais se fusionner.
Phagocytose. — La fin de chaque cycle schizogonique est donc marquée par la destruction d'un grand nombre de globules rouges (1), ce qui a pour conséquence de déverser dans le plasma d'abondants détritus pigmentaires. Ces débris divers ne restent pas longtemps en circulation; les leucocytes s'en emparent et les font disparaître; lis peuvent de même se saisir des mérozoïtes qui tardent trop à s'enfoncer dans les globules. Les parties protoplasmiques (débris de globules et mérozoïtes) sont simplement digérés, tandis que les leucocytes mélanifères, c'est-à-dire les phagocytes chargés de pigment, s'acheminent vers la rate et s'y arrêtent. C'est ainsi que cet organe augmente progressivement de volume et acquiert la coloration noire caractéristique de l'infection palustre.
Lésions du globtde ; granulations de Schiiffner. — Pendant que le schizonte accomplit son évolution, le globule rouge parasité subit luimême des modifications caractéristiques. 11 grossit, devient nettement vacuolaire et se décolore. De plus, déjà deux à trois heures après son infestation, on peut constater que le pfitoplasma est infiltré de granules très réfringents (fig. 263, c) ; ceux-ci deviennent plus manifestes par l'hématoxyline ou la méthode de Romanovsky, qui les colorent respectivement en bleu ou en rouge. Ces granulations disséminées sont parfois très abondantes ; elles sont caractéristiques de Plasmodium vivox et se voient dans tous les globules parasités. Schûffner, qui les a découvertes, les considère comme des produits excrétés par le schizonte (2); Schaudinn a rectifié cette opinion.
Les hématies de l'Homme sont sans noyau apparent, non que le noyau fasse réellement défaut (il existait chez le fœtus), mais parce que sa substance s'est répandue dans tout le globule et s'est intimement mélangée
(1) L'examen au compte-globules ou h l'iicmatocrito révèle en ellet une diminution progressive du nombre des hématies, parfois jusqu'à un chiffre très faible.
(2) W. ScHUFFNER, Beitrag zur Kenntniss der Malaria. Deulsclies Àrchiv fur klin. Med., LXIV, p. 428-449, pL xv. 1889.
au protoplasma. Or, le parasite, qui est très étalé dans le globule, ainsi que nous l'avons vu, détruit activement celui-ci : il soutire d'abord les parties liquides, plus aisément absorbables; le plasma sanguin pénètre par osmose pour combler les vides, d'où gonflement et hypertrophie du globule, d'où encore pâleur et vacuolisation progressives. La substance chrouiaf ique, plus résistante à la digestion que le protoplasma lui-même, se trouve donc isolée au milieu des vacuoles; à mesure que celles-ci grandissent et s'oorreftt les unes dans les autres, les grains de chromatine se rassemblent en masses plus ou moins volumineuses, qui constituent les granulations de Schùffner.
La fièvre; son éfioloqie; couses de sa périodicité. — La schizogonie, en se répétant un grand nombre de fois, constitue donc un mode de reproduction endogène, grâce auquel le parasite se multiplie avec une extrême rapidité et envahit l'organisme dans le minimum de temps. Dans la fièvre tierce, dont l'accès revient toutes les quarante-huit heures, il se produit tous les deux jours une génération nouvelle. Admettons, comme chiffre moyen, que chaque schizonte donne naissance à 15 mérozoïtes : deux jours après l'inoculation du sporozoïto initial, le sang renfermera donc 13 mérozoïtes, d'où dériveront 13 schizontes de première génération; au quatrième jour, il en contiendra 15 x 15 = 223 de deuxième génération; au sixième jour, 223 x 15 = 3.373 de troisième génération; au dixième jour, 7.59.373 de cinquième génération; au vingtième jour, 376.650.390.623 de dixième génération, etc. Le nombre des parasites qui se développent ainsi dans le sang dépassent d'ailleurs ces chiffres dans d'énormes proportions : il devient véritablement fantastique; dans certaines infections graves, presque toutes les hématies contiennent un parasite, et on trouve même un bon nombre de globules rouges qui renferment deux, trois ou quatre Plastnodies.
Dans la réalité, la multiplication des parasites est bien plus rapide que nous ne l'avons supposé, car la piqûre du Moustique déverse dans le sang un grand nombre de sporozoïtes. Pendant les premiers jours de l'infestation, il n'y a point de fièvre; elle ne se manifeste que quand les Hématozoaires sont devenus assez nombreux.
Ce sont les parasites, en effet, qui provoquent l'accès fébrile; le fait n'est pas douteux, mais on n'est pas d'accord sur la cause physiologique du phénomène. Laveran admet que le frisson et l'élévation de température sont des phénomènes nerveux, résultant de l'irritation des centres cérébro-spinaux par les parasites sans nombre qui se trouvent dans les capillaires : explication que rien ne justifie et qui ne rend point compte de l'intermittence des accès.
De son côté, Schaudinn considère la fièvre comme une réaction de l'organisme envers les dégâts causés par les schizontes devenus très nombreux dans le sang; les gamètes ne se montrent que quand le sang est saturé de schizontes : leur formation serait donc déterminée par la réaction de l'organisme. Mais une telle hypothèse n'explique en aucune
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
façon la périodicité des accès ; elle est d'ailleurs en contradiction avec l'apparition précoce des gamètes, qui peuvent apparaître dès le troisième accès, par conséquent alors que le nombre des parasites est encore loin d'être excessif. Enfin, les gamètes ont une toute autre signification que celle que Schaudinn leur attribue.
La fièvre est le résultat d'une intoxication et non d'une réaction spontanée de l'organisme. Les schizontes, dont l'évolution est si rapide et qui détruisent un si grand nombre de globules rouges, sont le siège d'échanges nutritifs très intenses : comme tout être vivant, ils éliminent •des déchets chargés de substances toxiques. Tant que les schizontes sont confinés dans les hématies, les toxines s'accumulent à l'intérieur de ces dernières; donc, aucune répercussion possible sur l'organisme. Mais voici que la schizogonie est achevée et que les globules rouges éclatent, mettant les mérozoïtes en liberté : les toxines sont alors déversées dans le sang et les phénomènes d'intoxication s'ensuivent. L'accès fébrile prend donc naissance : il est d'autant plus violent que les toxines sont déversées dans le plasma en plus grande abondance, autrement dit que les hématies parasitées sont elles-mêmes en plus grand nombre; il dure tant que les substances toxiques n'ont pas été éliminées par la sueur et l'urine. La toxicité urinaire augmente, en efïet, à la suite des accès de fièvre, ainsi que Brousse, puis Roque et Lemoine 1 ont reconnu dès 1890.
Cette théorie de l'accès fébrile est la seule conception qui puisse mettre d'accord les données actuelles de la science avec les faits cliniques et expérimentaux; elle explique d'une façon très satisfaisante la périodicité des accès. Depuis sept années, nous l'enseignons dans nos cours publics et il nous est arrivé aussi de l'exposer par écrit (1). Klle a été reprise plus récemment par .1. Regnault (2).
Formation des f/amètes. — Après s'être longtemps multipliées par simple scissiparité, les Amibes s'enkystent et se divisent un grand nombre de fois, par une sorte de sporogonie qui s'accompagne peut être d'actes sexuels ; de même, les Infusoires qui vivent dans les eaux stagnantes, à la suite d'une longue série de multiplications par scissiparité, procèdent à l'acte de la conjugaison, dont les phénomènes intimes équivalent à une vraie fécondation, après quoi les deux individus se séparent et recommencent à se reproduire par scissiparité. Ces faits sont très généralement répandus chez les Protozoaires; il était utile de les rappeler au début de ce chapitre, pour faire comprendre la signification zoologique des phénomènes
(1) R. Blanchard, Climat, hygiène et maladies, in Madagascar au début du XX' siècle. Paris, F. R. de Rudeval, 1902; cf. p. 419. — Les Moustiques propagateurs de maladies. La Nature, If, p. 163, lo août 1903.
(2) J. Regnault, Toxines pyrétogènes dans le paludisme. Revue de médecine, XXIII, p. 728, septembre 1903.
que nous devons décrire maintenant. La production des gamètes par les Hémosporidies n'est donc pas le résultat d'une réaction de l'organisme contre les parasites, comme l'admet Schaudinn ; elle est l'aboutissant normal des nombreuses générations schizogoniques et le prélude d'un rajeunissement de l'organisme par l'acte de la fécondation. Aussi bien, dans les eaux croupissantes où ils vivent, les Inlusoires ne sont soumis à aucune réaction qui puisse les inciter à accomplir périodiquement une évolution analogue.
Les gamètes ou gamétocytes correspondent aux corps sphériques de Laveran. Libres dans le plasma, ils sont demeurés sans signification précise jusqu'à ce que Mac ('allum, en 1897, eût observé leur nature sexuelle, dans le sang des Oiseaux Cette notion capitale s'est trouvée exacte aussi pour les Hémosporidies du paludisme humain; elle a été le trait de lumière d'où sont dérivées toutes les découvertes récentes. On sait actuellement que les gamètes se développent à l'intérieur des hématies, comme le font les schizontes, et qu'ils sont de deux sortes, les uns mâles ou microgamétocgies et les autres femelles ou macrogamètes. Par éclatement des hématies parasitées, ils tombent dans le plasma et y persistent sans subir aucune modification. Nous avons vu qu'ils n'y apparaissent en grand nombre que quand les parasites ont été épuisés par la répétition prolongée de la schizogonie. Toutefois, même dans les cas d'infection récente, on peut trouver déjà dans le plasma quelques gamètes précoces dès les premiers accès : dans le cas de Th. P. Manson, cité plus haut, ils se montraient dès le troisième accès ; on en trouve même parfois dès le premier accès.
Les gamètes ont la même origine que les schizontes de génération, c'est-à-dire qu'ils dérivent de mérozoïtes (fig. 265, a); mais, au lieu de suivre l'évolution générale des schizontes, ils se différencient dès le début et restent aisément reconnaissables pendant tout le cours de leur développement. Celui-ci est d'ailleurs au moins deux à trois fois plus lent que celui des schizontes; il s'accomplit dans la rate et dans la moelle des os, plus rarement dans le sang périphérique.
Le gamète cf ou microgamétocyte est reconnaissable à son protoplasma peu abondant et à son gros noyau. Le protoplasma est formé de larges alvéoles; il reste toujours pâle et n'est que faiblement amiboïde; il se charge de très bonne heure de gros grains de
RÔI^E DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
pigment, animés d'actifs mouvements browniens. Le noyau est biréfringent; d'abord arrondi, il grossit vite et devient ovalaire, puis fusiforme; il finit par mesurer 10 a de long sur 3 à 4 [j. de large (lîg. 26i, h-c); il est largement alvéolaire et très riche en gros grains de chromatine.
Le microgamétocyte est alors achevé; contrairement aux schizontes, il ne présente jamais de vacuole. Il tombe dans le plasma sanguin et y subit certaines modifications qui parachèvent sa maturité sexuelle. A l'intérieur du noyau fusiforme ou rubané (e), la chromatine se répartit en huit caryosomes (/).
Si nul Moustique ne vient puiser le microgamétocyte, celui-ci
Fig. 26i. — Développement du microgamétocyte étudié sur des préparafions colorées, d'après Schaudinn. — a, pénétration du mérozoïte dans le globule rouge (à l'état frais) ; b-e, développement du microgamétocyte; stade de la multiplication nucléaire; g, les caryosomes se rapprochent de la surface; h, microgamétocyte émettant trois microgamètes; i, microgamèle libre.
continue de circuler dans le sang, mais sou protoplasma peu abondant et l'absence de réserves alimentaires ne lui permettent qu'une très courte survie. 11 montre bientôt des signes évidents de dégénérescence : il se gonfle, son noyau se colore de moins en moins et finit même par rester indifférent à l'égard des substances tinctoriales ; finalement, le protoplasma n'est plus qu'un déliquium chargé de pigment, dont les phagocytes ne vont pas tarder à s'emparer. Ces états dégénératifs, qui correspondent aux formes stériles de Ziemann, apparaissent de très bonne heure : moins d'une semaine après le dernier accès fébrile, on constate déjà que le nombre des microgamétocytes a diminué ; deux à cinq semaines plus tard, ils ont entièrement disparu.
Le gamùte 9 ou macrcgamète (fig. 265) se distingue à son protoplasma volumineux, très réfringent, sans vacuole, de structure alvéolaire et lixant énergiquement les réactifs colorants. Le pigment se montre très tôt ; il est plus volumineux, plus foncé et plus abondant que chez les schizontes et se présente sous l'aspect de bâtonnets. Le noyau est généralement sphérique, large de 4 à 5 et notablement plus gros que celui du schizonte ; il peut s'allonger et mesurer alors 7 à 8 jx de long sur 1 à 2 [j. de large ; c'est une vésicule claire, peu réfringente, finement granuleuse et constituée })ar de laiges alvéoles ; de gros grains de cliromatine sont épars dans la paroi et les neuds de ceux-ci. L'organisme est dépourvu d'amiijoisme, mais les grains de pigment sont animés d'un actif mouvement moléculaire ; toutefois, vers le ((uatrième jour de son
Fig. àiii. — Développement du macrogamèle observé à l'état frais, d'après Schaudiiui. — a. jeune mérozoite évoluant vers l'état de macrogamète; b, état plus avancé ; c. macrogamète adulte, libre dans le plasma sanguin ; d-e, production du globule polaire.
évolution, il est le siège de mouvements amiboïdes assez obscurs.
Vers le sixième ou septième jour, le globule rouge éclate et le macrogamète tombe dans le plasma ; il continue d'y grandir. Quand sa croissance est achevée, c'est un corpuscule plus ou moins arrondi, large de 12 à 16 ; son noyau est excentrique, sans pigment, finement granuleux, de forme variable. Il se montre dans le sang en même temps que le microgamétocyte, mais, grâce aux réserves alimentaires dont il est bourré, il est doué d'une bien plus grande résistance. En effet, alors que les microgamétocytes diminuent de nombre, puis disparaissent en peu de jours, les macrogamètes persistent dans le sang périphérique et peuvent s'y retrouver pendant plus ou moins longtemps.
Guérison spontanée ; rechtites. — Les parasites, épuisés par la répétition de la schi/ogonie. liiiisseiit donc par aboutir à la production des gamètes. Ou'ils meurent de bonne heure dans le sang et soient détruits par les phagocytes, ou ([u'ils y séjournent au contraire, ceux-ci sont incapables de se nmltiplier davantage, sauf le cas de rechute, dont il va être question :
le nombre des parasites cesse donc d'augmenter; il diminue même, par suite de la disparition des uiicrogamétocytes. Grâce à leurs réserves, les macrogamètes restent en vie plus longtemps, mais sans éliminer des toxines en quantité suffisante pour provoquer la fièvre ; leur nombre, avec le temps, diminue d'une façon progressive. Le paludisme devrait donc finir par la guérison spontanée, terminaison dont les coccidioses nous offrent de nombreux exemples.
En réalité, la guérison spontanée est loin d'être la règle : après plusieurs mois de répit, sans la moindre manifestation morbide préalable, la lièvre réapparaît et l'on retrouve alors dans le sang les trois éléments parasitaires qui nous sont déjà connus : schizonte, microgamétocyte et macrogamète. Cette rechute peut résulter d'une inoculation nouvelle de sporozoïtes par les Moustiques, mais elle tient le plus souvent à une auto-infestation dont Schaudinn a l'ait connaître le mécanisme.
Grassi pense que les deux sortes de gamètes peuvent se multiplier dans le sang par parthénogenèse, soit par division, soit par gemmation. Le fait
Fig. 2(j(). — Schizogonie régrossivf d'un inacrogamete 48 heures avant une récidive, étudiée sur des préparations colorées, d'après Schaudinn. — a. ditïérenciation du noyau en deux parties inégales et inégalement colorées ; b, les deux moitiés du noyau sont séparées l'une de l'autre ; c, le noyau le plus coloré, c'est-à dire le plus riche en chromatine, prélude à sa multiplication ; rf, multiplication nucléaire très avancée ; e. ditïérenciation des mérozoïtes.
est exact, mais seulement pour les niacrogamètes. Quand ils ont épuisé leurs réserves, ceux-ci retombent, pour ainsi dire, à l'état de schizontes : les uns meurent, comme il a été dit, tandis que les autres subissent des modifications remarquables. Leur noyau, plus ou moins ovalaire, se différencie en deux moitiés (fig. 266, «). La plus grande est très pâle et se colore d'une façon diffuse ; on n'y trouve que peu ou point de chromatine. La plus petite se colore bien ; elle renferme une grande quantité de chromatine disposée en amas ou en cordons.
Un peu plus tard (b), les deux moitiés du noyau se sont séparées l'une de l'autre. Le noyau clair est noyé au milieu du pigment ; il ne subira par la suite aucune modification importante. Le noyau chargé de chromatine a tout-à-fait l'aspect de celui d'un schizonte ; il s'allonge bientôt et sa chromatine se dispose en une plaque équatoriale (c), indice d'une prochaine division. En effet, ce noyau se nmltiplie successivement en deux, en quatre, etc., en même temps que la partie pigmentée du protoplasma, qui contient l'autre noyau, tend à se séparer par un étranglement plus ou moins marqué (d). Même si ce dernier n'est pas manifeste, le phénomène
de la multiplication nucléaire se poursuit, jusqu'à production de 13 à 20 petites cellules à gros noyau, pauvres en pigment et de structure alvéolaire (e). Ces cellules lilles se séparent de la masse pigmentée, puis s'enfoncent chacune dans une hématie ; elles sont donc identiques à des mérozoïtes, dont elles ont d'ailleurs la structure, sinon l'origine. Quant à la masse pigmentée, elle n'est plus désormais qu'un résidu dont les phagocytes vont avoir promptement raison.
Ainsi se produit l'auto-infestation : les nouveaux schizontes sont le point de départ de la rechute. Celle-ci suit la même marche que l'infection primitive, passe par les mêmes phases et aboutit de même à la production des gamètes (1).
Infestatioii multiple des liématies. - - Quand le sang est envahi par un grand nombre de parasites, il n'est point rare de trouver des hématies qui en renferment plusieurs. En général ce sont deux schizontes grandissant côte à côte ; parfois on en compte trois ou quatre, sans que ces indi-
Fig. 2i67. — Infection double et action de la quinine sur les Plasmodies, d'après Schaudinn. — a, liéiniilic conlenant un macrogamète à moilié de sa croissance et un jeune schizonte ; b, microgamétoc\ te et schizonte au stade de la production des mérozoïtes. provenant l'un et l'autre d'une même hématie. — .\ction de la quinine sur des Plasmodies à différents stades : c. au stade de scliizonte amib'ïde; d, à la fin de la schizogonie ; à l'état de macrogamète à moitié de sa croissance.
vidus diflérents manifestent jamais la moindre tendance à se fusionner en un seul. On peut voir aussi dans une même hématie des corpuscules de nature différente, tels qu'un schizonte et un macrogamète (fig. 267, o) ou un schizonte et un microgamétocyte (6) : chacun d'eux poursuit son évolution normale, sans être influencé par son voisin.
Action de la quinine. — On sait, depuis Maillot, que les sels de quinine sont très efficaces contre les accès fébriles ; voyons de quelle manière ils agissent sur les Hématozoaires. Si l'on administre 1 gr. 50 de chlorhydrate de quinine à un malade atteint de lièvre tierce, environ deux heures et demie avant l'accès, celui-ci se produit, mais est moins fort que les précédents.
Examinons alors une goutte de sang. Les jeunes schizontes à large vacuole sont. déliquescents, sans contour net ; ils ne se colorent plus que
(1) Manson s'exprime volontiers ainsi : a Vous pouvez oublier votre fièvre, mais votre lièvre ne vous oubliera pas ». Rapprocher de cet aphorisme le proverbe malgache : <> C'est l'Oiseau qui oublie le piège, mais non le piège qui oublie l'Oiseau » ; ny vorona no manudino ny fandrikafany fandrika tsy ntaiiaiHno ny voi ona).
RÙLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
faiblement et d'une façon diffuse; le caryosoine est ratatiné, de forme irrégulière (fig. 267, c). Le schizonte plus âgé (d) a subi des modifications de même ordre ; son noyau est réduit à l'état de fragments épars. On ne trouve pas de raérozoïtes libres dans le plasma, si ce n'est à l'état de débris informes. Les gamètes intra-globulaires, en voie de croissance (e), présentent des altérations toutes semblables : ils sont dilacérés, la chromatine nucléaire est dispersée ou détruite. Par contre, les gamètes libres restent intacts et conservent la faculté de se développer dans le corps des Moustiques : Schaudinn a pu infester des Anophèles niaculipeiinis avec le sang d'une personne qui ne présentait plus que des gamètes et qui prenait de la quinine depuis un mois, à la dose d'un gramme tous les deux jours (1).
Les sels de quinine n'agissent donc que sur les parasites intra-globulaires : ceux ci subissent facilement l'influence du médicament parce que, étant à leur période de croissance, ils empruntent des matières alimentaires non seulement au globule qui les renferme, mais encore au plasma sanguin ; d'où un flux osmotique qui facilite la pénétration de la quinine. Les cliniciens administrent de préférence la quinine quatre ou cinq heures avant l'accès ; c'est, en effet, le moment le plus favorable pour tuer les schizontes en voie de segmentation et les mérozoïtes en voie de formation.
Sporogonie (cycle de Ross). — Un paludique, dont le sang ne renferme que des scliizontes, même en nombre immense, est infectieux, mais non contagieux : son sang, inoculé expérimentalement à un individu sain, déverse dans l'organisme de celui-ci des parasites qui vont s'y multiplier et produire la fièvre ; ce même sang, puisé par un Anophèle, n'infeste pas ce dernier et, par conséquent, ne le rend pas capable de propager la maladie par contagion. Un paludique, dont le sang ne renferme plus que des gamètes, les schizontes ayant disparu, est contagieux, mais non infectieux : son sang, inoculé expérimentalement à un individu sain, déverse dans l'organisme de celui-ci des parasites qui sont incapables de s'y multiplier et de produire la fièvre, sauf le cas de régression schizogoni([ue des macrogamètes, aboutissant à la rechute ; ce même sang, puisé par un Anophèle, infeste ce dernier et le rend capable de propager la maladie par contagion.
Ces deux aphorismes, dans leur formule absolue, définissent le rôle des Moustiques dans la propagation du paludisme. C'est ce rôle, observé d'abord par Ross chez les Hématozoaires des Passereaux, que nous devons maintenant exposer.
(1) Sclioo admet, au contraire, qu'une seule dose de sul[;ite de quinine, donnée avant l'accès, est suffisante pour arrêter complètement l'évolution des gamètes.
Technique. — Les phénomènes que nous allons décrire peuvent s'observer de diflérentes façons, suivant l'endroit où ils s'accomplissent. Pour les premiers stades, qui se déroulent dans l'estomac, on extrait de cet organe une goutte de sang et on l'examine soit à l'état frais, soit après l'avoir traitée par les méthodes indiquées ci-dessus. L'examen à l'état frais est indispensable pour suivre la succession des faits et l'acte très rapide de la fécondation : on dilue le sang par l'eau physiologique ou mieux par le liquide organique obtenu en dilacérant sur une lame l'abdomen d'une dizaine d'Anophèles ; si l'examen doit être prolongé, ou prépare une goutte pendante, que l'on maintient à l'étuve à une température de 25° environ. Quant aux stades ultérieurs, qui s'accomplissent en dehors de l'estomac, on les étudie le mieux sur des dissociations ou sur des coupes microscopiques des organes.
Préparation de l'estomac et des tubes de Malpiglii. — On recueille dans un tube à essai le Moustique qu'il s'agit d'examiner, puis on le tue par des vapeurs de chloroforme ou d'éther. On lui transfixe alors le thorax avec une aiguille montée, on ampute les pattes et les ailes, puis on le place dans une goutte d'eau physiologique, sur une lame de verre. On comprime alors légèrement l'abdomen avec l'aiguille ou avec la lame d'un petit scalpel, puis l'on pratique, vers le sommet du sixième anneau, soit une encoche de chaque côté, soit une compression sur toute la largeur (fig. 268, A, ab\ Cette pratique a pour efïet de diminuer en ce point la solidité du tégument. Aussi est-ce suivant cette ligne qu'il va se rompre au temps suivant. L'aiguille transthoracique étant maintenue immobile, on tire sur l'extrémité de l'abdomen, soit au moyen d'une pince fine, soit simplement au moyen d'une autre aiguille : la rupture se produit et, la traction continuant à s'exercer doucement, le tube digestif finit par se briser à sontour, presque toujours sur le trajet de l'œsophage.
On obtient donc ainsi l'estomac, l'intestin et les tubes de Malpighi (lig. 268, B, C) ; très fréquemment, on extirpe en même temps des. trachées, les deux paires d'ovaires et une partie plus ou moins considérable du corps adipeux.
Toutes ces parties n'ayant rien à voir avec l'évolution de l'Hématozoaire du paludisme, il importe de les enlever, ce qui ne peut se faire que sous la loupe. Toutefois, il n'est pas inutile de les examiner au préalable, attendu que nous sommes bien loin de connaître l'évolution de tous les parasites que les .Mousti(iues peuvent être appelés à propager : la Filaria immitis, du Chien, se développe dans les tubes de Malpighi de certains Moustiques et peut-être en est-il de même pour quelques Pilaires sanguicoles de l'Homme ? Les Babesia, qui sont inoculés par des Ixodes, se transmettent chez ceux-ci, d'une génération à l'autre, par l'intermédiaire des produits sexuels : il n'est pas impossible que des phénomènes analogues s'observent aussi chez les Moustiques, pour quelques parasites de l'Homme.
Quand la dissection est achevée, le tube digestif et les cinq tubes de Malpighi flottent librement dans le liquide. Qu'il renferme ou non du
sang, l'estomac est encore trop opaque pour permettre un bon examen in loto: on exerce donc une série de légères compressions sur la lamelle, de manière à tapoter l'estomac: le sang sort par les deux bouts du tube digestif, l'épithélium interne se détache plus ou moins complètement et s'échappe par les mêmes voies ; il suffit alors de laver ou mieux de transporter sur une autre lamelle les organes ainsi préparés (1). 11 ne reste plus qu'à fixer ceux-ci et à les colorer par le carmin ou par les couleurs basiques, pour obtenir des préparations très démonstratives. Si le temps presse, comme cela peut être le cas en exploration, il suffit de conserver
Fig. 268. — Divers temps de l'extraclion de l'tstoinac et des tubes de Malpighi d'un Moustique. — a-ft, ligne suivant hiquelle doit être faite l'incision du 6" anneau de l'alidomen.
dans l'eau formolée le tube digestif et ses annexes, après une dissociation sommaire ; la pièce se colore bien, même au bout d'un temps assez long. Il va sans dire que les coupes donnent de meilleurs résultats que les préparations totales de l'estomac.
[i] Schaudinn préfère pratiquer l'examen dans le liquide organique de l'Insecte lui-même. Il arrache l'abdomen à 6 à 10 Anophèles, le coupe par le milieu, puis presse légèrement sur chaque moitié pour en faire sourdre le liquide viscéral. On finit par recueillir ainsi, sur une lame de verre, une gouttelette dans laquelle on porte l'intestin à examiner. Si l'on recouvre d'une lamelle et borde à la vaseline, on peut procéder à une étude prolongée : les parasites continuent de vivre et peuvent môme continuer de se développer, tout au moins pendant 24 heures, si l'on place la préparation dans l'étuve à 28 ou 30°.
Le mode opératoire qui vient d'être indiqué ne peut être suivi utilement que 3() heures environ après l'infestation du Moustique ; pour les stades antérieurs, il sufilitde procéder à l'examen pur et simple, par les méthodes connues, du sang extrait de l'estomac de l'Insecte. Vers la 36'' heure, on voit déjà, à la face externe de l'estomac, des oocystes guère plus gros que des hématies; ils grossissent vite et atteignent en peu de jours une taille de 50 \i. On ne connaît encore aucun caractère positif qui permette de distinguer à quelle espèce de Plasmodie appartiennent les oocystes trouvés à la surface d'un estomac de Culicide; on ignore même, quanta présent, s'il s'agit d'Hématozoaires de l'Homme ou de quelque espèce animale (1). Bastianelli et Bignami ont cru trouver des distinctions qui tiennent évidemment à des différences d'âge des oocystes décrits par eux.
C'est encore sur les glandes salivaires que l'examen doit porter. Pour
Kig. 269. - Divers temps de l'ex- res, puis on coupe au ras du cou le traction des glandes siilivaires canal excréteur des glandes sali-
organes, on obtient des préparations suffisantes en les séchant sur la lame de verre, ce qui donne une intéressante vue d'ensemble; toutefois, les coupes sont toujours préférables pour une élude un peu délicate. Les sporozoïtes se montrent particulièrement nouibreux dans les petites cellules du lobe moyen ; on les trouve aussi dans celles des lobes latéraux et dans le conduit excréteur à épithélium cubique. Nous sommes encore incapables de discerner si des sporozoïtes, trouvés dans l'appareil salivaire d'un Moustique, appartiennent au cycle évolutif d'un Hématozoaire de l'Homme ou des Oiseaux ; il ne suffit donc pas de faire une telle constatation pour considérer comme pathogène pour l'espèce humaine le .Moustique ainsi parasité; des expériences d'infestaf ion sont seules capables de trancher la question.
(1) Par exemple, Galli-Valcrio a vu sur l'eslomac de Nyssorhyiichut! Lutzi des oocystes appartenant à un Hématozoaire d'espèce indéterminée.
procéder à leur extraction, on incise la partie supérieure du thorax, au moyen d'une aiguille coupante, suivant une ligne antéro-postérieure (lig. 269). Une incision latérale est faite ensuite perpendiculairement à la preuiière, au niveau de la 2' patte ; on enlève délicatement avec une pince fine toute la partie antérolatérale du thorax. On tire alors sur la tète : le cou et l'œsophage se rompent, mais les glandes salivaires sont entraînées avec une certaine quantité de trachées. On les débarrasse à la loupe de ces derniè-
d'un Moustique.
vaires, qu'il ne reste plus qu'à fixer et à colorer. Vu la petitesse de ces
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME 469
Les gamètes dans l'estomac du Moustique ; formation des microgamètes ; fécondation. — Le raicrogamétocyte sollicite très vivement l'attention : d'abord immobile, il devient soudainement le siège de contractions énergiques, qui agitent violemment son pigment. Puis sa surface se soulève çà et là par saccades : il se forme ainsi des saillies hyalines, plus ou moins proéminentes, qui se rétractent pour reparaître ailleurs, de plus en plus longues ; elles se produisent d'une façon si violente que des grains de pigment peuvent être pi'ojetés au loin. Ces convulsions s'arrêtent et tout semble rentrer dans l'ordre, mais lout-à-coup le gamète recommence à se contracter fortement, son pigment se rassemble en une masse
Fig. 270. — Maturation et fécondation du inacrogamète étudiées sur des préparations colorées, d'après Schaudinn. — a-b, production du globule polaire ; c, fécondation du macrogamète par un microgamète ; d. zygote se préparant à s'éloigner des restes des microgamôtes ; e-g, divers aspects du zygote en marche dans l'estomac de l'Anophèle.
unique et de divers points de sa surface naissent, soit avec la rapidité de l'éclair, soit plus lentement, de longs filaments hyalins, onduleux et ressemblant à des pseudopodes ( fig. 264, A). Ces filaments se rétractent et se reforment tour à tour, puis se détachent et se lancent vivement dans le liquide, à la façon de petits Serpents (fig. 264, i).
Ce spectacle curieux a été très bien observé par Klencke, en 1843 ; il a été revu par Laveran, qui a introduit dans le langage les expressions de corps flagellé et de flagelles, demeurées longtemps en usage. On a émis les opinions les plus diverses quant à la signification des flagelles et l'on s'accordait à peu près à les considérer comme des produits de dégénérescence, avant-coureurs d'une mort prochaine, quand Mac Callum reconnut que, bien loin de là, c'étaient
des produits sexuels ayant le même rôle physiologique que les spermatozoïdes. Le llagelle est donc un gamète : c'est le véritable gamète cf, appelé microgamcte, eu égard à sa faible dimension par rapport au gamète 9 ou macrogamète.
Le microgamète prend naissance peu d'instants après que le sang est sorti des vaisseaux du malade : on peut le voir se former dans des préparations microscopiques de sang frais. C'est dans de telles conditions qu'il a été découvert et qu'il peut être vu par chacun, mais on ne doit pas méconnaître que ces conditions sont tout artificielles et que le lieu normal de sa production est l'estomac du Moustique.
On peut suivre sur des préparations colorées les actes intimes de cette production. Dès que le microgamétocyte se contracte, son noyau éclate et le pigment vient s'y rassembler ; en même temjjs, les huit caryosomes se portent vers la périphérie. C'est à leur niveau que se produisent les soulèvements de la surface, puis les microgamètes. Les grains de chromatine fusent le long de ces derniers, produisant cà et là des varicosités, tandis que le gros du caryosome reste à la surface du microgamétocyte ; il s'en sépare finalement avec le microgamète, dont il fait partie intégrante et dont il occupe ordinairement le milieu (fig. 264, i). On n'observe pas trace de cils ni de membrane ondulante.
Les microgamètes sont longs" de 20 à 25 [j. et larges de 1 au maximum. 11 s'en forme de 4 à 6, rarement plus ; ils ne se séparent d'ailleurs pas tous en même temps. Comme les caryosomes sont au nombre de 8, il est donc exceptionnel que tous soient utilisés. Ceux qui sont sans emploi restent dans le microgamétocyte ; celuici n'est plus qu'un détritus, qu'on peut encore assez longtemps retrouver dans l'estomac du Moustique et qui finit par disparaître.
Le macrogamète adulte, à noyau excentrique et de contour irrégulier (fig. 263, c), s'arrondit dans l'estomac de l'Anophèle ; le pigment se condense et suspend tout mouvement. Au bout d'un quart d'heure environ, le noyau se soulève et projette hors delà cellule une partie de sa substance, par un processus comparable à la production des globules polaires de l'ovule des Métazoaires (fig. 263, d e ; fig. 270, a-b). Ce phénomène peut se renouveler une ou deux fois ; il s'accomplit, chaque fois, en cinq à dix minutes. Le noyau s'enfonce alors dans le protoplasma, mais reste rattaché à la périphérie par une traînée claire.
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La fécondation peut alors s'accomplir : le macrogamète est prêt à se conjuguer avec le microgamète ; l'ovule est prêt à se fusionner avec le spermatozoïde. Elle commence environ 20 minutes après que le sang est sorti du vaisseau et se poursuit pendant une heure et demie à deux heures ; on l'observe aisément en préparation fraîche ou en goutte pendante, et c'est ainsi que Mac Callum l'a découverte.
La réduction du noyau est, de la part du macrogamète, la condition essentielle de la maturité sexuelle : tout macrogamète à noyau périphérique, c'est-à-dire qui n'a pas encore subi cette épuration, n'exerce aucune attirance sur les microgamètes et ne subit aucune modification quand ceux-ci passent à sa portée ou viennent à son contact. Il en est tout autrement pour le macrogamète mûr, à noyau plus ou moins central : dès que les microgamètes s'agitent autour de lui, il soulève en bosse la zone claire qui va de la surlace au noyau, comme pour marcher au devant d'eux. Un microgamète vient-il s'y engluer (fig. 270, c), il l'entraîne aussitôt dans le protoplasma, par une rétraction brusque de cette saillie ; une partie du gamète cf reste au dehors et continue de s'agiter, mais sa masse entière se fusionne progressivement avec le gamète 9, grâce à de violentes contractions qui agitent ce dernier. Les microgamètes qui n'ont pu féconder le macrogamète frétillent encore autour de celui-ci et font de vains efforts pour pénétrer à son intérieur ; mais leur agitation est de courte durée : le macrogamète rejette une substance toxique qui les tue sur place.
Le macrogamète est alors immobile ■ le noyau est au centre et le petit noyau , reconnaissable à son gros grain de chromatine, lui est étroitement accolé. Au bout de quelque temps, l'organisme émet lentement une large expansion hyaline (fig. 270, d) dans laquelle le protoplasma s'écoule peu à peu, entraînant le pigment et les deux noyaux ; il prend ainsi un aspect vermiforme et se met à ramper.
Les deux noyaux ne sont pas encore fusionnés, mais pourtant Voocinète ou zygote a déjà son individualité : il se déplace assez rapidement, en accomplissant des mouvements identiques à ceux des sporozoïtes et des mérozoïtes. L'extrémité antérieure, claire et très mobile, montre ordinairement une grande vacuole, derrière laquelle sont les deux noyaux ; le pigment se trouve presque entiè-
1-ement iiccunuilé en arrière. Grâce aux coiitraclions du protoplasma, les deux noyaux peuvent s'écarter plus ou moins l'un de l'autre, celui du microgamète étant toujours en arrière; ils finissent par s'accoler d'une façon plus intime, puis par se fusionner. Le zygote est alors délinitivement constitué (fig. 270, e-g) : à l'état d'extension, il est long de 18 à 25 [x et large de 3 à 5 [a ; sa structure est nettement alvéolaire.
Formation de l'oocysle. — A mesure que la digestion s'avance, les zygotes deviennent plus rares dans l'estomac; quand elle est achevée, tous ont disparu. Ils ne sont pas évacués, comme on pourrait croire, bien que quelques-uns d'enire eux puissent parfois passer dans l'intestin ; bien au contraire, ils se sont enfoncés dans l'épaisseur de la paroi de l'estomac. Cette paroi est de structure très simple : elle est constituée par une couche épithéliale, doublée extérieurement d'une mince couche élastique amorphe ; dans celle-ci sont comme enchâssées des fibres musculaires disposées sur deux couches, l'interne circulaire et l'externe longi- ""TestïmacTpo^ur^mon- tudinale ; ces deux couches sont d'ailleurs trer la position qu'oc- très incomplètes et ne forment qu'un réseau
cupe le parasite entre y larges mailles.
l'épithélium interne et i , ■ i .
la tunique élastico-mus- ^ est donc dans la paroi de 1 estomac que cuieuse, d'après Grassi. le zygote pénètre, pour y poursuivre son évolution ; il s'arrête entre l'épithélium et la couche amorphe et celle-ci produit autour de lui une capsule adventive transparente et finement ponctuée. Nourri par les sucs organiques, le parasite grossit progressivement et ne tarde pas à faire saillie à la surface de l'estomac; il proémine de ])lus en plus et déprime, pour se loger, soit l'ovaire, soit le corps adipeux ; sa capsule s'élargit concurremment, grâce à son élasticité, sans s'épaissir. On a dès lors affaire à l'oocyste. Large de 4 à o jx au début, il atteint communément 30 à 50 [x, parfois même plus encore; d'abord elliptique, il devient ovalaire, puis fusiforme.
Les oocytes n'occupent guère que les deux tiers postérieurs de l'estomac; on les voit très rarement dans le tiers antérieur (fig. 268, c). Leur nombre est très variable, suivant l'abondance
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
des gamètes ingérés par l'Insecte, et plus encore suivant la maturité de ces gamètes; Grassi a pu en compter plus de 300 chez uq même Anophèle.
L'oocyste est incolore et transparent ; il rappelle l'œuf ties Echinodermes et d'autres animaux marins (fig. 271). Il renferme une petite quantité de pigment noir qui, d'abord superficiel et réparti entre plusieurs petits amas, s'écarte bientôt de la surface et se dérobe aux regards; il ne disparaît point, ainsi que nous le verrons. On observe en outre des granules incolores, arrondis, très réfringents, dont le diamètre est un peu supérieur à 1 ; ils se montrent de bonne heure et augmentent de nombre, mais leur nature resle incertaine.
Comme le zygote dont il dérive, l'oocyste ne renferme d'abord qu'un seul noyau. Celui-ci subit une série de divisions successives par voie directe; du moins, on n'a pas encore observé la caryocinèse (fig. 272). A mesure qu'il grandit, le parasite se remplit donc de noyaux de ])lus en plus nombreux et de plus en plus petits, qui se rapprochent progressivement de la surface. Cependant, le protoplasma se condense autour des noyaux et se raréfie dans l'intervalle de ceux-ci ; il en résulte des vacuoles, des lacunes, des fentes plus ou moins nombreuses, dans lesquelles s'accumule un liquide coagulable (fig.
273). Finalement, l'oocyste se résout en masses protoplasmiques. dont le nombre et la forme sont très variables : sur des coupes, ces masses peuvent sembler isolées les unes des autres, mais en réalité elles tiennent entre elles par des [jonts de substance i)lus ou moins étroits. On assiste ainsi à la formation des sporoblastes, appelés encore zoïdophores par quelques auteurs.
Formation des sporozoïtes. — Les noyaux continuent à se multiplier ; ils sont tous superficiels et excessivement petits. Autour de
Fig. 21-2. — Coupe d'un oocyste âgé de 4 à 5 jours, d'après Grassi. Noyaux multiples.
Fig. 273. — Coupe d'un oocyste âgé de 5 à 6 jours, d'après Grassi. Fragmentation lacunaire du protoplasma.
chacun d'eux se difïérencie une parcelle de protoplasma beaucoup moins granuleux que le reste : d'abord largement fusionnée par sa base avec le spoi-oblaste, elle s'en sépare de plus en plus, s'allonge, devient fusiforme et constitue ainsi un sporozoïte. La surface tout entière de l'oocyste est donc occupée par des sporozoites ; ceux ci sont étroitement serrés les uns contre les autres et disposés en rangées parallèles suivant un ordre admirable (fig.274).
Parvenus à maturité, ils sont longs de 14 ij., larges de 1 [j. environ et pourvus d'un noyau central plus ou moins allongé, avec un ou plusieurs grains de chromatine; leur protoplasma est dense, homogène et réfringent. Bientôt ils entrent en mouvement ; leur nombre, toujours élevé, peut atteindre et dépasser 10.000. Ils se nourrissent aux dépens des sporoblastes, dont la taille va en dimi-
Fig. 274. — Section de deux oocystes âgés de 9 jours, d'après Grassi.
nuant, puis finissent par s'en séparer; ils continuent de frétiller dans la capsule. Cette dernière contient alors deux sortes d'éléments : les sporozoïtes en nombre immense et des masses protoplasmiques résiduelles, généralement dépourvues de noyaux, mais renfermant toute la mélanine.
Les phénomènes qui s'achèvent se sont accomplis dans l'espace de 12 à 15 jours, suivant la température ambiante; pendant ce temps, l'oocyste n'a cessé des'accroitre; sa capsule très mince finit par se rompre, soit sous la poussée des sporozoïtes, soit par suite du gonflement osmotique des masses résiduelles. Grâce à cette déhiscence, les sporozoïtes sont déversés dans la cavité générale de l''Insecte ; les masses résiduelles sortent aussi plus ou moins complètement et la capsule ne tarde pas à se résorber; on n'en trouve plus trace au bout de quelques jours.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
En extirpant par les procédés indiqués plus haut, puis en examimantdans l'eau physiologique l'estomac d'un Anophèle infesté, on peut très facilement observer au microscope les différentes phases de cette évolution; les phases ultimes sont les plus instructives. Beaucoup de capsules éclatent d'elles-mêmes dans l'eau et se vident en dispersant autour d'elles leurs sporozoïtes et les masses résiduelles. Celles qui restent intactes offrent un spectacle vraiment curieux : les sporozoïtes s'agitent à la surface des sporoblastes, comme s'ils étaient entraînés par un tourbillon; s'ils sont déjà séparés des sporoblastes, ils se heurtent, se bousculent et perdent leur disposition primitive. Par une température de 20 à 23°, leur activité est déjà considérable ; elle l'est beaucoup plus vers 40^'; alors, on ne distingue plus les sporozoïtes et tout le contenu d u kyste semble bouillonner. Au bout d'une demi-heure à une heure, dans ces conditions artificielles, les mouvements se ralentissent, puis s'arrêtent ; les sporozoïtes sont morts et gisent en extension plus ou moins complète.
Corps bruns. — On voit fréquemment, au milieu des oocystes clairs, tels que nous venons de les décrire, d'autres kystes de même forme et de même taille, mais d'aspect bien différent : ils renferment des corpuscules d'un brun plus ou moins sombre (1), de forme variée et n'ayant aucune ressemblance avec le pigment noir qui imprègne ordinairement le parasite (fig. 273). Ross, qui les a découverts chez les Cw/ea; infestés par Hsemoproteus Danilevskiii les considérait comme des kystes résistants, destinés à se développer de quelque manière indéterminée. Grassi les a retrouvés chez les Anophèles infestés par l'une ou l'autre des trois espèces de Plasmodies; il crut d'abord qu'ils
(ij Black spores de Ross, broiun spores de Nuttall, corpi hnnii et corpi giallobruniÂe Grassi.
avaient pour rôle de répandre l'infection parmi les générations successives de Moustiques, mais on sait que celles-ci ne sont pas infectieuses, au moment de leur naissance, et toute tentative pour infester les larves ou les nymphes au moyen de ces corps bruns est demeurée sans résultat.
En réalité, leur signification est tout autre. Les corps bruns ne s'observent guère qu'en hiver, chez des Anophèles passant en liberté la saison froide. Sans admettre expressément que leur production soit déterminée par l'abaissement de la température, on doit l'attribuer plutôt au vieillissement des oocystes, d'où la régression ou l'involution de certains des éléments qui s'y trouvent inclus. En fait, les corps noirs sont de deux sortes : les uns ont la forme de bâtonnets et dérivent des sporozoïtes; les autres, de taille variable et plus ou moins arrondis, dérivent des sporoblastes et des masses résiduelles. Ils sont disséminés en nombre très variable, de 20 à 30, soit dans une masse plus ou moins granuleuse, soit dans des oocystes remplis de sporozoïtes.
Pénétration des sporozoïtes dans les glandes salimires. — Déversés dans la cavité générale jjar la rupture de l'oocyste, les sporozoïtes se répandent dans tout le corps de l'Insecte ; toutefois, au bout de quelques heures ils sont tous réunis autour des glandes salivaires. Celles-ci, comme on sait (p. 64 67), sont formées chacune de trois lobes : le lobe moyen a une toute autre structure que les deux lobes latéraux ; une même glande donne donc deux produits de sécrétion chimiquement distincts, dont le mélange constitue la salive. Néanmoins, les trois culs-de sac glandulaires exercent une même attirance sur les sporozoïtes, qui se rassemblent indifféremment autour d'eux.
Les sporozoïtes sont très actifs : ils assiègent littéralement la glande et luttent entre eux d'énergie pour pénétrer à son intérieur (fig. 276) ; ils s'y enfoncent, par le procédé qu'ils mettront plus tard en œuvre pour entrer dans les hématies, et s'y accumulent. On les voit d'abord dans la partie externe des cellules glandulaires (fig. 276), mais i)rogressivement ils se rapprochent de la partie interne (fig. 277), c'est à-dire de la surface cellulaire. Ils sont là, toujours mobiles, disposés en faisceaux parallèles ou rayonnants, attendant que la cellule éclate et les déverse dans le canal excréteur de la glande, en même tem[)s que son produit de sécrétion. Grâce à
HÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
ce mécanisme, la lumière des culs-de-sac glandulaires se remplit donc de sporozoïles de plus en plus nombreux, qui refluent tout le long des canaux excréteurs. La salive finit ainsi par contenir une énorme masse grouillante de ces animalcules, qui sont doués d'une vitalité considérable. Transportés dans l'eau physiologique, ils restent vivan's pendant 10 à 12 heures ; dans la salive de l'Insecte, qui est leur milieu normal, ils vivent pendant des semaines.
L'Anophèle est désormais infectieux pour l'Homme : en piquant celui ci, il déverse dans le torrent circulatoire un certain nombre de sporozoïtes, qui sont les germes de l'infection paludique.
Fig. 276. — Coupe du lobe moyen do la glande salivaire d'Anoplieles mncnlipeninx d'après Grassi. De nombreux sporozoïtes attaquent la surface externe de la glande; d'autres en grand nombre sont déjà dans les cellules épithéliales, spécialement dans leur partie externe.
Fig. 277. — Coupe de l'un des lobes latéraux de la glande salivaire, d'après Grassi. Les cellules glandulaires renferment de très nombreux sporozoïtes, spécialement concentrés vers la partie interne.
L'Insecte n'a d'ailleurs pas épuisé en une seule piqûre son pouvoir infectieux ; il peut contaminer successivement plusieurs individus, tant est grand le nombre des sporozoïtes contenus dans son appareil salivaire. Grassi a observé qu'un Cule:T pipicns, qui a piqué une seule fois un iMoineau très infesté par les Hœmoproteus, peut infester au moins 6 ou 7 autres Moineaux. 11 en est certainement de même pour les Anophèles et ce fait joue un rôle important dans la diffusion du paludisme, eu égard au nombre relativement petit des Insectes infectieux.
Influences diverses agissant sur la sporogonie. — Quand la température se maintient depuis plusieurs jours aux environs de 25", la sporogonie s'actiève dans l'espace de 12 jours et les sporozoïtes se trouvent dans les
glandes salivaires dès le W jour après l'infection du Moustique. Quand celui-ci s'est Infecté par une température favorable, la suite de la sporogonie n'est pas influencée, si, après le 2* jour, la température tombe à 10 ou lo"; mais si, aux premiers jours de l'infection, la température oscille entre 10 et 15°, le développement des zygotes devient très difîicile ou même peut être entièrement arrêté. A 18", le développement est raJenti, mais d'ailleurs suit une marche normale: tel est, en Hollande, le minimum de température pour le niois d'août ; il faut alors 18 jours et même beaucoup moins, pour que les sporo/oïtes arrivent à maturité; par une température de 30°, ceux-ci se forment très vite, en un laps de temps notablement inférieur à 12 jours (1).
D'autres conditions influent encore sur la marche de la sporogonie. Schoo a constaté en Hollande que les Moustiques nourris de fruits acides ne se laissent pas infester par les Hématozoaires; en Italie, Celli a remarqué (jue le paludisme est rare dans les contrées où l'on cultive la Tomate. Dans les cas de ce genre, l'innnunité de l'espèce humaine n'est que consécutive à celle des Culicides ; cette dernière semble due à ce que les sucs acides qui remplissent l'estomac des Insectes exercent une inflénce novice sur les gamètes et les tuent avant que la conjugaison ait pu s'accomplir.
Pu ijs pal a cliques et pays sans paludisme. — Tout pays ou prospèrent les Anophèles ou d'autres Moustiques de la sous-famille des Anophelinae esl, a été ou peut devenir un pays à paludisme. Tout pays sans paludisme est un pays sans Anophelinae ou bien un pays où les Anophelinae ne trouvent pas l'occasion de s'infester. Un pays salubre ne peut-être, par définition, qu'un pays sans Anophelinae.
Expliquons ces aphorismes.
Il est évident, par tout ce qui précède, que le paludisme et les Anophelinae sont en étroite relation : un pays à paludisme est donc un pays où se rencontrent des Anophelinae en quantité plus ou moins grande. On a cru maintes fois observer l'endémie palustre dans des localités où l'on ne trouvait point d'Anophèles; un examen plus attentif a toujours prouvé que ceux-ci existaient réellement (2). On ne doit accepter qu'avec réserve l'assertion des personnes qui, atteintes de paludisme, certiflent de bonne foi n'avoir pourtant jamais été piquées par les Moustiques ou même n'en avoir jamais vu. N'oublions pas que les Moustiques sont des animaux nocturnes, qu'ils piquent pendant le sommeil de leur victime, qu'une seule piqûre est suffisante pour produire l'infection, que cette piqûre n'est pas toujours douloureuse et qu'enfin elle peut siéger en un point quelconque de la surface du corps, ce qui en rend parfois la constatation difficile.
(1) II. J. M. Sciioo, Over malaria. — J. VVelke lemperaluur is noodig voor de amphigonie van Plasinodiuni cicax '! Terderl. Tijdschrift voor geneeskunde, II, p. i:i38-1345, 1901.
(2) Edm. el Et. Sehgent, Existence d'Anophèles constatée dans des localités palustres prétendues indemnes de ces Culicides. C. R. Soc. biol., LV, p. 660. 1903.
RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME
Un pays où les Anophelinae existent peut avoir été et n'être plus un pays insalubre. Il est notoire que l'assèchement du sol, la culture, l'exten sion des villes, etc. font rétrograder le paludisme et peuvent même le faire disparaître entièrement de localités ou il sévissait autrefois. Les eaux stagnantes étant plus rares, les Anophèles sont eux-mêmes moins abondants, et, d'unr façon absolue, les chances de rencontre entre l'Homme et l'Anophèle sont moins nombreuses. Il en résulte que le paludisme s'éteint de lui-même, par défaut d'infestation des Moustiques. Une fois l'endémie éteinte et même si les conditions hydrologiques du pays deviennent moins favorables, les générations successives d'Anophèles ne sont plus infectieuses. Certains pays à .4nophèles, jadis insalubres , peuvent donc devenir salubres.
Cette notion importante est loin d'être purement théorique. En France, la Sologne était autrefois ravagée parles fièvres; elle est salubre maintenant, sans que V Anophèles maculipennis en ait disparu. Nuttall, Cobbett et Strangeways-Pigg ont fait en Angleterre une enquête (1), dont il résulte que l'extinction du paludisme dans la région orientale n'est nullement liée à la disparion des Anophèles: les Àiiop}iele,s maculipennis et bifurcatus s'observent, au contraire, dans une foule de localités. En France, j'ai fait connaître l'abondance de ces deux mêmes Insectes, et spécialement du dernier, dans une localité des environs de Lyon où le paludisme n'existe plus (2) ; Sergent a fait des observations semblables dans la vallée de l'Essonne (3). Galli- Valerio rapporte des faits identiques en ce qui concerne le canton deVaud(4); on pourrait citer encore d'autres exemples en Allemagne.
Il est donc manifeste que dans le cours du XIX' siècle, l'endémie palustre a rétrocédé dans une large mesure on certaines contrées d'Europe. Cet heureux résultat tient à plusieurs causes : d'abord au drainage et à la mise en culture du sol, puis à l'usage de la quinine, enfin à l'émigration, du moins pour quelques pays. Les Anophèles se sont perpétués, mais, n'ayant plus l'occasion de s'infester, ils ne sont plus dangereux. C'est cet état particulier que les Italiens désignent sous le nom de paludisme sans malaria (5). Celli estime que les Anophèles des anciens foyers insalubres
(1) G. H. F. Nuttall, L. CoriBETT and ï. Strangeways-Pigg, Studios in relation tomnlaria. — I. Tiie geograpliical distribution of Anophèles in relation to the former distribution of ague in England. Journal of Iiygiene, I, p. 4-44, 1901.
(2) R. Blanchard, Observations sur quelques Moustiques. C. R. de la Soc. de bioL, p. 1045, 1901.
(3) Et. Seugent, Existence des Anophèles en grand nombre dans une région d'où le paludisme a disparu. Annales de l'Institut Pasteur, XV, p. 811, 1901.
(4) B. Galli-Valerio, P. Narbel et G. Roghaz, Etudes relatives à la malaria. La distribution des Anophèles dans le Canton de Vaud, en relation avec les anciens foyers de malaria, et contribution à l'étude de la biologie des A nophèles. Bull, de la Soc. vaudoise des se. nat., (4), XXXVIII. p. 581-609, 1901.
(5) A. Celli e G. Gaspehini, Paludismo senza malaria. // Poticiinico, sezione pratica, VII, p. 1313, 1901.
perdent l'habitude de piquer l'Homme et s'attaquent de préférence aux animaux ; même quand ils sucent du sang humain chargé de gamètes, ils ne s'infecteraient que faiblement. Grassi et Schaudinn croient aussi qu'il peut se constituer, dans des conditions non encore détinies, des races d'Anophèles qui sont naturellement réfractaires à l'infection : l'immunité dont elles jouissent pourrait jouer un rôle considérable dans l'extinction progressive du paludisme en beaucoup d'endroits primitivement insalubres. C'est peut-être à cette cause qu'il faut attribuer l'inconstance des résultats obtenus par Grassi au cours de ses expériences d'infestation, un même sang donnant une abondance d'oocystes chez certains Moustiques et n'en donnant aucun chez d'autres individus de même espèce.
En dehors de ces conditions spéciales, la persistance des Anophèles dans une région devenue salubre constitue une menace permanente : qu'un individu atteint de lièvres intermittentes vienne habiter une semblable contrée, il pourra donc infester les Anophèles et ceux-ci propageront la maladie autour d'eux. Ainsi prennent naissance, sans cause apparente, de petites épidémies de paludisme, qui peuvent s'étendre de proche en proche, bien plus par le déplacement des malades que par la migration des Moustiques.
Un pays jusqu'alors sans fièvres, mais où vivent des Anophelinae, peut devenir insalubre; il n'est salubre que parce que ces Insectes ne trouvent pas l'occasion de s'y infester ; qu'un seul paludique y pénètre et l'endémie va pouvoir se répandre. Ce cas est très semblable au précédent ; il en dilïère, toutefois, en ce qu'il concerne des contrées où le paludisme avait toujours fait défaut. Les Mascareignes nous en offrent un remarquable exemple : la lièvre y était inconnue, quand elle fut apportée à Maurice par des coolies hindous ; elle s'y propagea rapidement et y causa une grave épidémie en 1807 ; trois ans plus tard, elle envahit la Réunion (1). Actuellement, le paludisme cause dans ces deux îles environ le tiers de la mortalité totale. Les lies Fidji sont dans une situation analogue : on y trouve des Anophelinae, mais la fièvre est inconnue; elle peut donc y éclater d'un jour à l'autre.
En revanche, les pays sans Anophelinae jouissent d'une salubrité absolue et n'ont rien à craindre du paludisme. La Nouvelle-Calédonie, la Barbade (2) et la petite île de Choie, sur la côte orientale d'Afrique, sont dans ces heureuses conditions : les Moustiques n'y manquent pas, mais on n'y connaît ni fièvres ni Anophèles. Inversement, une contrée où l'on aura pu détruire tous les Moustiques, ou du moins tous les Anophèles, deviendra très salubre, même si précédemment elle avait été décimée par les fièvres. La petite île d'Asinara, au nord ouest de la Sardaigne, naguère éminemment insalubre, présente maintenant d'excellentes conditions
(1) H. Lacaze, La flèvre paludéenne à Maurice et à la Réunion. Union méd., (3), XIV, p. 497-503, 1872.
(2) G. C. Low, Malarial and ûlarial diseases in Barbades, West Indies. British med. journal, II, p. 687, 1901 ; Journal oftrop. med., IV, p. 257, 1901.
d'habitabilité, grâce à l'anéantissement total des Moustiques qui y pullulaient (1).
Moustiques transmettant le paludisme — Les espèces suivantes sont capables de transmettre le paludisme : Anophèles bifurcalus, en Europe; A. maculipennis, en Europe et dans l'Amérique du nord; Mjjzom-ijia Christophersi et M. culicifacies, aux Indes; M. funesta, en Afrique occidentale; M. superpicta, en Italie ; Myzorhynchus paludis, en Afrique occidentale ; M. pseudopictus, en Italie; Nyssorhynchus Lutzi, au Brésil ; Pyretophorus costalis, en Afrique.
A ces dix espèces il faut peut-être ajouter les suivantes : Anophèles jesoensis, au Japon; A. Martini, au Cambodge ;7l. Pursati, au Cambodge; A. Vincenti, au ïonkin ; Myzorhynchus Coustani, k Madagascar et à la Réunion.
Schûllner a vu à Sumatra que les Hématozoaires des fièvres -ierce et pernicieuse évoluaient chez un Insecte qu'il assimile avec doute à Myzomyia superpicta (2). Adie a trouvé aux Indes, chez Nyssorhynchus fuliginosus, des sporozoïtes qui peut-être appartiennent à l'une ou l'autre des Plasraodies humaines (3); toutefois, des expériences d'infestation par la tierce et la quotidienne, tentées sur ce même Moustique, n'ont pas donné de résultats positifs.
Le peu qu'on sait actuellement permet donc d'affirmer qu'un grand nombre de Culicides sont capables de propager le paludisme. Jusqu'à présent, tous ces Insectes appartiennent exclusivement à la sous-famille des Anophelinae ; les divers types parasitaires semblent être capables d'évoluer dans chacune de ces espèces indifïéremment ; le fait est du moins démontré pour Anophèles hifurcatus et A. maculipennis.
Les Culicinae, que Grassi a soumis à de nombreuses expériences d'infestation, n'ont j.amais manifesté la moindre réceptivité : les Culex albopunctatus, penicUlaris et pipiens ne sont réceptifs pour aucune des trois formes usuelles (tierce, quarte, quotidienne) ; C. vexans et Tœniorhynchus Richiardii ne le sont ni pour la tierce ni pour la quotidienne, la quarte n'ayant pas été expérimentée; C. pulchritarsis, Theobaldinella annulata et nemorosa ne le sont pas pour la tierce. Il semble donc que les Culicinae soient incapables de propager les fièvres intermittentes. Toutefois, on ne doit pas oublier que Culex pipiens, et sans doute aussi d'autres espèces encore méconnues, transmettent divers Hématozoaires des Oiseaux qui font notoirement partie du genre Plasmodium, ce qui laisse planer une certaine incertitude sur la conclusion précédente.
(1) Cl. Fermi e ToNsiNi, La profllassi délia malaria e la distruzione délie Zanzaro neirisola dell' Asinara. Annali d'igiene sperim., (2), X, p. iO'.i, 190U.
(2) W. ScHUFFNER, Ueber die Malaria-Parasilen im Ariopheles an der Ostkûste von Suinatia. Gerieesk. Tijdschrift voor Ned. Indië, XLII, p. 8-13, 1902.
(3) J.-R. Adie, A note on Anophèles fuliginosus and sporozoits. Indtan nied. Gazette, XXXVIII, p. 246-249, 1903.
Terminologie des diverses formes évolutives des Plasmodium. — Les dénominations que nous avons adoptées pour les divers stades évolutifs du Plasmodium vivax ont été proposées par Schaudinn en 1899; elles sont très expressives et d'ailleurs conformes à celles que ce même observateur avait précédemment employées pour les Coccidies; elles ont la priorité et, par conséquent, doivent être préférées. Divers auteurs font pourtant usage de dénominations différentes, qui ne peuvent que prêter à confusion; le tableau ci-joint permettra d'établir la concordance.
La longue étude que nous venons de faire du Plasmodium vivax va nous permettre de décrire très brièvement les autres Hématozoaires du paludisme.
Plasmodium malariae (Laveran, 1881) sensu stricto.
Synonymie. — Oscillaria malariae Laveran, 1881, pro parte. — Usemamœba malariae Grassi et Feletti, 1890, pro parte. — Laverania malariae Grassi et Feletti, 1890, pro parte (non Danilevsky, 1891).
— Plasmodium var. quartana Golgi, 1890. — Amœba malariae febris quartanae Celli, 1891. — Amœba febris quartanae Marchiafava et Bignami, 1891. — Plasmodium malariae quartanae Celli et Sanfelice, 1891 ; Kruse, 1892. — Hœmamœba malariae Grassi et Felleti, 1892.
— H. f&bris quartanae Sakharov, 1892. — H. Laverani var. quartana Labbé, 1894. — Cytamœba quartanae Danilevsky, 1895.
— Hœmatozoon febris quartanae Welch, 1897. — Hœmosporidium quartanae Lewkowicz, 1897. — Plasmodium malariae quartanae Weichselbaum, 1898. — Pl. malariae quartanum Labbé, 1899. — Haemomenas malariae Ross, 1900. — Plasmodium Golgii Sambon,
Le schizonte (fig. 278, I) est plus petit que celui de Pl. vivax; il est plus réfringent, à contours plus distincts et doué de mouvements amiboides beaucoup plus lents; il se charge d'assez bonne heure de grains de pigment noir, plus volumineux et plus rapprochés de la périphérie. Le globule rouge parasité se rétracte et diminue de volume, en même temps qu'il prend une teinte plus foncée; il n'y a pas de granulations de Schiiffner.
La schizogonie s'effectue dans le sang en circulation, en sorte qu'on en peut suivre facilement toutes les phases : elle aboutit à la formation de 8 à 12, parfois de 6 à 14 mérozoïtes régulièrement disposés en rosace autour de la masse résiduelle. Les gamètes sont arrondis ; contenus encore dans le globule, ils sont assez difficiles
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