‹ Les mouvements de l'atmosphère et les variations du tempsChapitre 131 sur 150 · TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE

sidérée, la direction qu'il doit suivre, la vitesse avec laquelle il se transporte. Là s'arrête, pour le moment, le pouvoir de la ^iencedu temps. Une certaine périodicité dans l'ampleur du courant équatorial nous parait incontestable tant qu'on reste dans \c^ généralités. Dès qu'on veut préciser un peu à l'avance le retour de chaque période, les bases de l'appréciation font défaut et les fréquentes erreurs auxquelles on est exposé montrent l'impuissance des statistiques, fondées sur des recueils de faits observés loin des causes premières auxquelles ils se rattachent. Nous n'entendons nullement par là préjuger de l'avenir de la science; nous constatons son état présent, mais nous avons une foi entière en ses progrès. Les études statistiques ont un très-grand intérêt ; il importe d'utiliser tout ce que la science possède en faits bien constatés ; la comparaison intelligente dfe ces faits doit conduire à des résultats très-précieux, surtout si on l'étend à toute la surface du globe*. En dehors de la constatation des faits et de leurs rapprochements, le but capital que l'on ne doit jamais perdre de vue, c'est la recherche de leurs causes. Les cartes synoptiques étendues d'abord à la surface de l'Europe, puis sur l'Atlantique sont un grand pas fait dans cette voie : elles ne suffisent déjà plus. Il est indispensable qu'elles embrassent dans l'avenir l'Amérique, puis l'Océan Pacifique et enfin l'Asie pour l'hémisphère Nord : un jour elles comprendront les deux hémisphères. Dans l'état actuel de la science, nous avons la conviction que des dépêches télégraphiques, venues d'Amérique ou de Sibérie, nous permettraient de prévoir huit ou dix jours à l'avance les grands changements du temps : la prévision des détails sera nécessairement toujours plus limitée.

IjC météorologiste qui veut prévoir le temps doit suivre avec

^ Nous faisons ici particulièroiiiont allusion à un Iravail de ce genre enlrepris |)ar M. Charles Saintc-Claire-Deville, cl dont les résullals Irès-remarquables n'ont pas encore été publiés.

soin la marche de tous ses instruments et rester attentif aux moindres signes présentés par Taspect du ciel.

Les renseignements expédiés par télégraphe aux stations en correspondance avec l'Observatoire sont reproduites intégralement par le Bulletin inlernationaly et, dans leur partie concernant la France, par les journaux. L'Observatoire peut fournir chaque jour des renseignements sur l'état général de Talmosphère, sur la situation et l'intensité du courant équatorial, sur le sens dans lequel ce courant tend à se déplacer, sur les mouvements tournants dont il est parsemé, sur les points menacés par chaque tourbillon, sur les variations accidentelles que le météore doit amener dans l'état du ciel et des vents. Ces renseignements deviendront sans doute plus précis et embrasseront une plus longue période à mesure que la science du temps sera plus avancée. Dès aujourd'hui, ils pourraient, pour chaque lieu, servir de base à l'interprétation des indications fournies par les instruments météorologiques et par les sign4i% du temps; mais, on aucun cas, ils ne doivent dispenser dcTobsQi'vation directe ou locale.

La nature des indications devant dilTérer, suivani qu'elles s'adressent aux marins ou aux cultivateurs, nous examinerons séparément ces deux points.

^ VI. — Service des port».

Le service des averlissenienis aux ports était à jKîinc organisé, lorsqu'un violent ouragan vint en démontrer Tefliciicité.

I^ 28 novembre 1805 nous annoncions déjà la situation atmosphérique comme tres-doutcuse ; le V décembre nous signalions l'arrivée d'un tourbillon sur le Nord-Ouest de l'An-

gleterrc. ce La baisse rapide que l'on constate ce matin sur l'Irlande, disions-nous dans le Bulletin du 1*', la position des courbes d'iîgale pression barométrique et Torientation des vents qui ont pris de la force du S. ou S. 0. montrent que le phénomène s'incline vers l'Est pour aborder les cotes d'Europe par le Nord de l'Angleterre. Li tempête qui s'étendra probablement à toute la France, parait devoir être assez forte. » Le 1"^, à midi, tous les ports de l'Océan furent avertis qu'une tempête fondait sur l'Angleterre et la France. Le 2, à H heures et demie, nos ports de la Méditerranée, déjà prévenus la veille, sont informés qu'ils sont fortement menacés ; Madrid et Turin reçoivent des avertissements analogues concernant les côtes Catalanes et celles du golfe de Gênes. Ces avis sont renouvelés h une heure cinquante minutes pour les côtes de Civilà-Vecchia h Païenne.

« J'ai reçu dans la journée du 2, écrivait à M, Le Verrier le président de la Chambre de commerce de Toulon, les deux dépêches annonçant qu'une tempête allait envahir la France. Elles ont été publiées et affichées sur Theure, et les navires de commerce présents sur la rade ont pu prendre et ont pris immédiatement les mesurer nécessaires j)our parer à toute éventualité. I^a préfecture maritime, de son côté, ordonnait à tous les officiers à terre de regagner leur bord. L^ tempête s'est déchaînée vers trois heures et demie de TapnVmidi. Le télégramme du 2 confirmant celui de la veille, avait donc gagné quatre heures d'avance sur la tempête, et tout était prêt pour y faire face. Il n'y a eu, grâce aux précautions prises, aucune avarie, aucun sinistre à déplorer. »

« Hier, 3 décembre, le jour s'est levé dans une atmosphère chaude et calme. Les probabilités indiquées pour le temps du 5, par la dépêche du 2, indiquaient des rafales de S. 0. ou de N. 0. C'était un démenti apparent donné par le temps à vos pnWisions ; mais avant quatre heures du soir les rafales du N. 0,

se sont déchaînées ; elles ont soufïlé toute la nuit du 3 au 4 : elles durent encore. »

lia note suivante était publiée le 3 dans le journal de Gênes: « Le présage de l'observatoire de Paris s'est complètement réalisé. Les premiers signes de l'ouragan se sont fait sentir hier vers sept heures et demie du soir; dans la nuit, il s'est déchaîné furieux ; il ne «parait pas toutefois que des sinistres aient eu lieu dans nos parages. Le commandant du port s'était hâté de prendre les mesures opportunes, et nous n'avons eu qu'à nous en louer. »

Le nombre des sinistres fut considérable dans la Manche el sur les côtes de Bretagne. Dans la nuit du 1*^' îiu 2, dans le port de Camaret, situé dans le goulet de Brest, 13 navires ont été jetés à la côte, plusieurs autres ont résisté sur leurs ancres en sacriQant leur mâture. A cette époque, le port de Gamaret ne recevait pas encore les avertissements émanés de l'Obsei'vatoirc. Relativement à la direction du vent qui battait généralement en côte, les précautions étaient plus difliciles à prendre. En dehors de Camaret et de plusieui's petits ports non prévenus, les sinistres ont particulièrement porté sur les navires venus de la haute mer. D'après une lettre de M. le président delà Ghanibre de commerce de Brest, « le 30 novembre les marins se sont bien gardés de quitter le port, malgré la belle apparence du temps. »

La tempête éclata sur nos côtes Nord avec une soudaineté et une violence extrêmes, A Gherbourg, par exemple, il y avait très-peu de vent et de mer le matin ; des embare^itions légères ])ouvaient circuler dans la rade. Le baromètre, cependant, était d'accord avec les prévisions pour annoncer le mauvais temps. A huit heures, il était descendu à 757 millimètres. A dix heures, l'ouragan arriva comme un coup de foudre. Des |>arties d'édifices furent renversées, des toitures enlevées. Sur la rade, la mer était soulevée en poussière et formait comme un épais

rideâu de brume. D'énormes vagues passaient par-dessus la digue.

Une chaloupe de la frégate cuirassée la Couronne était partie pour secourir un bAtiment de commerce près de sombrer. Après y être parvenue, elle le remorquait vers le mouillage, quand la tempête se déchaîna. Un petit bateau à vapeur du ])ort lui vint en aide pendant quelque temps, mais il fut obligé de quitter la remorque |)our ne pas sombrer lui-même. I^ marée descendait, et tandis que le navire allait s'échouer sur une plage moins dangereuse, la chaloupe était entraînée au large. On la perdit de vue, et le soir on recueillit, près du cap Levi, deux matelots couverts de blessures, évanouis et n'ayant gardé qu'un souvenir confus de la catastrophe. Ils étaient les seuls survivants de l'armement de cette embarcation commandée par un vaillant oflicier, M. de Besplas, et montée par des hommes intrépides qui, conduits par un digne chef, n'avaient pas hésité à faire le sacrifice de leur vie i)our accomplir un acte de dévouement et d'humanité*.

Depuis cette époque, la tempête du 11 janvier 1866 peut seule être comparée à la tempête de décembre 1865. Les dét^iils suivants sont eitmits d'une note de M. le vice-amiral de la Roncière-le-Nourry, commandant le Alagenla* :

liCS journées qui ont précédé le 1 1 janvier n'avaient rien présenté d'insolite sur la rade de Cherbourg. Le 9, il ventait grand frais (très-fort) d'O.N.O. avec des grains de pluie ou de grêle; le baromètre était en moyenne à 741 milHmètres. Dans la nuit du 9 au 10, le vent mollissait et le temps s'éciaircissait. IjC 10 au matin, le vent, assez faible, tournait au S. 0., au S. et au S. E. Cela indiquait que le mauvais temps n'était pas fini; s'il eût dû finity les vents d'O.N.O. du 9 auraient remonté au

* Les Météores, par MM. MargoUé et Zurcher, p. 205.

* Bulletin international du samedi, 20 janvier 1866.

iV. 0. et au N.N. 0., où ils auraient cessée et il aurait fail calme.

Toute la journée du 10, les vents sont restés au S. et au S. E. forte brise, le baromètre baissant lentement d*abord, puis ensuite avec une extrême rapidité. A minuit, il était à 727. Il baissa alors de plus en plus rapidement jusqu'à huit heures et demie du matin, où il s'arrêta à 721 millimètres et commenta de monter. Les vents étaient toujours au S. E. tournant à l'E. S. E.; le temps était couvert et pluvieux. Sauf la situation si exceptionnelle du baromètre, rien n'annonçait une tempête prochaine. Quelques pilotes rentraient, et les nombreux bâtiments de commerce en relâche sur la rade n'appareillaient pas, le signal du mauvais temps ayant été hissé et le retour du vent de rO. N.O. au S.E. par le S. annonçant, comme il a été dit plus haut, que l'état du temps en mer n'était pas satisfaisant. A dix heures du matin, le vent tourna assez rapidement à l'E., au N. E. et au N., où il se fixa et fraîchit rapidement. Les coups de vent de cette partie sont excessivement rares à Cherbourg, et le vent ne souffle violemmt^nt de c^tte direction que dans un grain de courte durée. A dix heures et demie, il ventait grand frais. A onze heures et demie, le vent avait pris toute sa foî-ce. lia surface des lames était pour ainsi dirt* enlevée et un nuage ' de poussière d'eau, s'élevant à une certaine hauteur, empêchait de voir l'état du ciel. F^e temps était certainement très-couvert et il devait pleuvoir un peu, mais la pluie se confondait avec l'eau de mer.

De onze heures et demie à trois heures et demie, le baromètre monta de 9 millimètres ; le vent souffla avec la mémo violence, au point qu'à bord il était impossible de s'y exposer sans se tenir solidement à un point fixe. A trois heures et demie, le vent mollissait un peu par moments; à cinq heures, ce n'était plus qu'un grand coup de vent ; puis il diminua successivenienl jusqu'à minuit où il devint très-maniable. En mol-

SERVICE DES PORTS. i4i

lissant, le vent avait passé du N. N. 0. au N. 0.. A minuit, le baromètre marquait 751 millimètres.

Le temps s'est ensuite tout à fait remis. Le 12 au matin, il faisait très-beau avec une jolie brise du N. 0. qui a duré toute la journée.

Sur trente-deux bâtiments de commerce qui étaient en petite rade le 12, neuf seulement ont pu entrer dans le port de commerce au commencement du coup de vent, en faisant quelques avaries ; vingt-deux ont été s'échouer sur le cà\é devant la ville, les uns' à droite, les autres à gauche du port ; un seul a pu tenir.

Les bâtiments de guerre avaient pris de bonne heure les précautions nécessaires. Ils avaient calé leur mâture, allumé leurs feux et mouillé des ancres, bien que tenus par des chaînes de corps-morts d'une grande puissance. Néanmoins, une des chaînes qui retenait le Magenta a cassé à une heure et demie ; le vaisseau a abattu rapidement ; il a incliné considérablement sous la puissance de la brise ; mais bientôt il a senti l'effet des autres ancres qui avaient été mouillées, et l'immense masse revenait debout au vent en se redressant. A trois heures, la même avarie arrivait à la frégate la Forte^ qui heureusement aussi put tenir sur d'autres ancres.

T^a digue, qui depuis qu'elle est achevée n'avait pas encore passé par une telle épreuve, n'a subi aucune avarie sensible. L'œuvre de M. Rebell est définitivement jugée et constitue un des plus beaux et des plus solides travaux des temps modernes. Des pierres de deux à trois mille kilogrammes, formant l'extérieur de l'enrochement sur lequel elle repose, ont été lancées par les lames par-dessus le parapet ; quelques-unes sont restées sur le parapet même ; elles ont par conséquent été soulevées à une hauteur verticale de 8 mètres environ. En frappant la digue, les vagues s'élevaient à une hauteur égale à trois fois la hauteur du fort central qui a 20 mètres de haut ; puis, entrai-

nées presque horizontalement par le vent, elles venaient tomber en poussière h une grande dislance et couvraient les bâtiments placés à Tabri sous la digue.

Plusieurs officiers, qui étaient également en rade lors du coup de vent du 2 décembre 1865, s'acxîordent à dire que le vent et l'ensemble du temps étaient alors bien moins mauvais que le H janvier; la tempête de décembre a été d'une plus courte durée, le vent avait soufllé du N. 0. et non d'une région insolite, comme dans ce dernier ouragan.

La tempête du 11 janvier est en effet très-remarquable par ses allures, bien que dans son ensemble elle n'ait pas eu le degré de gravité présenté par la tempête de décembre. Cette dernière nous arrivait du Nord-Ouest. Son centre avait traversé l'Angleterre, avait poussé une {)ointe sur la France, dans l'Est de Cherbourg, puis avait rapidement rebroussé chemin sur l'Angleterre. Cherbourg était donc resté dans son demi-cercle méridional avec des vents du quart 0. N. 0. La tempête du 11 avril est au contraire venue du Sud-Est par l'Ouest delà France ; en marchant vers le Nord-Est, son centre a passé dans le Sud-Est de Cherbourg à une jietile distance de ce port ; aussi les vents y onl-ils subi une rotation complète et inverse. C'est un cas excessivement rare. Le plus grand rapprochement du centre a eu lieu a huit heures et demie, heure du minimum barométrique. Le port se trouvait alors dans l'accalmie centrale ; ultérieurement, il se trouva dans le bord occidental du tourbillon, où le vent, soufflant du N., était dans les conditions les plus défavorables pour la rade ouverte dans celte direction.

En dehors de la route insolite suivie par la tourmente de janvier, nous avons tenu à reproduire ici l'opinion d'un marin aussi exercé que le vice-amiral de la Roncière-le-Nourry, sur les pronostics tirés du sens de la rotation des vents et des indiciitions du baromètre. L'aspect général du ciel fournit incon-

testabicment des indications d'une grande valeur qu'il ne faut jamais négliger; mais le baromètre est Tinslrument météorologique par excellence du marin qui doit le consulter sans cesse, comme il doit consulter les allures du vent soit à la surface du sol ou de la mer, soit dans la région des nuages.

La tempête de décembre 1865 eut une grande influence sur l'organisation des communications rapides entre l'Observatoire cl les divers ports du littoral français, à une époque où les électro-sémaphores n'étaient pas encore établis comme ils le sont actuellement. Aujourd'hui, que l'annonce d'une tempête soit expédiée sur une région quelconque du Nord, de l'Ouest ou du Midi de la France, des signaux d'alarme sont immtkliatement hissés sur des mâts installés d'avance, de manière à mettre sur leurs gardes les marins au port. Les électro-sémaphores, distribués comme des sentinelles sur tous les points avancés de nos côtes, peuvent, de leur côté, se mettre en correspondance avec les bâtiments passant en vue, les prévenir du gros temps qui s'avance et les mettre en mesure de chercher à temps un port de refuge, ou de s'éloigner d'une côte dont la proximité peut devenir pour eux une source de dangers. La partie matérielle du service des avertissements aux ports est à très-peu près au complet.

Les avis transmis aux marins ne doivent pas être reçus |)ar eux comme des oracles ; ils doivent être soumis au contrôle d'une expérience acquise dans chaque lieu et soutenue {>ar l'observation attentive des instruments et des signes du temps.

Nous réunissons dans le paragraphe suivant quelques préceptes généraux basés sur l'étude suivie des caries synoptiques. Pour donner au langage plus de précision, nous laissons de côté la forme dubitative, tout en i*appelant qu'il s'agit de simples probabilités.

g VII. — L^aa^ de l>aroiiiéir« ponr la iprévIaloB dln

La marche simultanée du baromètre et des vents change un peu suivant les régions. Nous diviserons donc les instructions sommaire qui vont suivre en quatre parties distinctes, se rattachant aux quatre divisions du littoral français adoptées par l'Observatoire dans ses avis aux ports. Nous serons ainsi nécessairement conduit à des répétitions, parce que les conditions climatologiques de ces quatre régions présentent des différences et non pas des oppositions tranchées ; mais nous espérons y gagner en netteté, point essentiel dans un sujet où la précision et la netteté sont difficiles à garder.

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