‹ Les murailles révolutionnaires (volume 2)Chapitre 182 sur 295 · CITOYENS DU DÉPARTEMENT D'ILLE-ET- VILAINE · texte numérisé non relu

CITOYENS DU DÉPARTEMENT D'ILLE-ET- VILAINE

En acceptant la mission dinicile que le Gouvernement provisoire m'a confiée, j'ai compté sur le patriotisme intelligent dont vous avez donné tant de preuves. Membre de la Commission départementale, je viens continuer son œuvre déjà sanctionnée par vos suffrages. J ai besoin, pour l'achever, de votre loyal concours ; je le réclame , vous ne me le refuserez pas.

Une 6re nouvelle s'ouvre pour la France. Que sur le seuil de ce glorieux et fécond avenir tous les partis déposent leurs vieilles haines et leurs vieux préjugés. Comme il n'y a qu'une patrie, qu'il n'y ait non plus qu'une famille politique. Frères , marchons fraternellement ,

unis de cœur, les mains entrelacées, vers cet âge heureux, qui hier encore n'ét.iit qu'un rêve , et qu'aujourd'hui la liberté Iriomphanto nous montre d'un geste assuré.

Depuis quarante ans la royauté, toujours la même sous ses formes diverses , s'est attachée à répandre la crainte de la Républiiiuo.

Dans ce but, elle avait falsifié l'histoire, perverti l'éducation, corrompu les notions du ilroit et du devoir.

La Hépubli(|uc n'était, à l'en croire, que le pillage et le massacre organisés. Avec le mot magi(]ue de Terreur , elle tenait rivés à sa chaîne les propriétaires, les commer(;ants, les rentiers, tous les possesseurs du capital, et jusqu'aux prolétaires eu.\-

mèmes qui contemplaient leur propre image dans le miroir trompeur qu'elle leur présentait.

Vains efforts ! sous ces mensonges officiels, se formait la raison publi(]uc. Plus on la comprimait, plus elle acquérait do puissance ; si bien que, lorsqu'elle a enfin éclat , la force de l'explosion a été telle f|ucrien n'y a résisté. On croyait renverser un ministère, c'était la monarchiequi s'écroulait. Pruuve évidente que la révolution était depuis longicmps faite dans les esprits. Exenij)lc frappantde l'inanité de la matière contre la foi, triomphe admirable de la force morale sur la force physique !

Quel (iouvernement posséda jamais de tels moyens de compression, et quel au-

tr<^ fut plus vite renversé?

Un soufllo (lu peuple a suffi pour 1(> balayer. Kt voyez quoi abanilon! L'Empire et la Restauration laissèrent au moins quelques regrets; ils trouvèrent des amis clans le malheur. La dynastie d'Orléans ne rencontre pas un dévoûment pour la conso-».

1er, pas une fidélité pour l'accompagner sur le chemin de l'exil. Ah! c'est qu'elle avait elle-même achevé le suicide de la royauté.

Dépouillée du prestige que le cuite de la gloire et le culte des traditions formaient autour des deux dynasties précédentes, elle apparaissait dans ses conditions naturelles, c'est-à-dire avec le seul cortège de l'égoïsK e et de la corruption, qui sont les étais nécessaires de tout Gouvernement fondé sur un intérêt distinct de l'intérêt du puuple. Dès lors la cause des rois a été définitivement peidue. Aucune voix ne s'élève pour la défendre. La République reçoit un hommage unutiimo. Il n'y a plus de royalistes en France; les légitimistes euxmêmes se sont ralliés à l'ordre nouveau.

Cet accord spontané de toutes les volontés, cette fusion soudaine de toutes les opinions, révèlent bien le caractère de la révolution nouvelle. Auraient-ils existé après la victoire d'une faction? Cette révolution réalise ce qui était dans les vœux de tout le monde. En effet, ceux mêmes qui réprouvaient la forme républi-

caine en professaient les principes. Leur erreur était de croire que ces principes fussent compatibles avec la mon.iichie. Ils reconnaissaient la République pour l'idéal du gouvernement; ils l'auraient désirée, s ils l'eussent crue possible.

Eh bien! l'expériewce est faite. Qui pourrait aujourd'hui nier la possibilité du gouvernement républicain?

Il vit Cl il vivifie le pays.

En quinze jours, la République a plus f'aitpour le bonheur et la gloire du peuple, que le gouvernenient monarchique en quinze ans.

L'hostilité des classes a disparu. L'avènement de la République les a toutes ralliées et fondues ensemble.

La République est donc le contraire de la guerre civile.

L'honneur national, sacrifié par l'inlérôt dynastique aux étrangers, recouvre sa splendeur. La France brise les traités de sainte-alliance, et reprend paciliquemunt sa place à la tùte des puissances. Les nations qu'on lui représentait comme ses ennemies, applaudissent avec transport à sa régénération.

La République est donc le contraire de la guerre étrangère.

La peine de mort a élé abolie en matière politique; les lois contre la presse et contre le droit d'association ont été abrogées; la liberté des opinions a été pleinement assurée. La République est donc le contraire de la tyrannie.

Les querelles entre le pouvoir temporel et le pouvoir

spirituel se sont calmées subitement Le clergé a adhéré avec empressement au mouvement populaire, et chaque jour il appelle les bénédictions du Ciel sur notre jeune République, réalisant ainsi l'alli ince définitive de la Religion et de la Liberté. La République est donc le contraire de l'athéisme et du renversement des autels.

La conciliation s'opère entre le capital et le travail. Les maîtres et les ouvriers s'entendent pour reconstituer amiablement l'économie du régime industriel. .\u premier appel de l'autorité, les propriétaires se sont hâtés de solder des termes anticipés de leurs contributions.

Les impôts, exagérés pour mieux enchaîner la liberté du pays, vont être réduits.

La Républi(|ue est donc le contraire de la loi agraire.

Laissons là ces préjugés.

La République de 18iH n'est pas celle de 1793. Un demi siècle de progrès social les sépare. La première avait pour mission de détiuire, la seconde a pour mission d'organiser. Nos pères ont déblayé le terr.iin, nous n'avons plus qu'à construire.

Leur sang a fécondé le sol, nous recueillons la moisson.

Concitoyens , unissonsnous autour du drapeau qui porte, gravée dans ses plis, la sainte devise de l'Evangile ; Liberté, Égalité, Fraternité. Cette devise nous trace nos devoirs. Je les remplirai, jo l'espère, avec votre secours. Vous me connaissez ; vous m'avez vu pendant bien des années lutter

contre l'oppression; croyez (ju'cn prenant à mon lour lo pouvoir, je n'ai pas changé lie principes. UépuLlicain , ji; veux que uns actes répontlonl à ce titre. C'est assez dire que je ferai respec-

ter tout ce qui est respectable : la religion, la liberté, la propriété ; je ne souffrirai aucune alteinti' à l'ordre ni aux droits acquis. Je lùchcrai d'élje ferme sans violence , modéré sans faiblesse.

Aidez-moi, mes chers concitoyens, et le succès couronnera nos elïorts.

Le Commismiie (In (jouverne-

mtiil pnnisoiri- de la liépU'

h liquc française,

l. IIAMON.

Rennes, typographie de A. Martoville et Lefas.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FR.^TERNITÉ

AU NOM DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE

Le niiaistrc des finances,

Considcranl quil importe au bien-être de la République que tous les travaux reprennent leur cours et que le coniuierce rentre le plus proniplcmenl possible . dans ses voies normales d'a'Mivilé;

Considcranl i\uv le meilleur moyen d'atteindre ce double but est de rétablir la prompte circulation du numéraire ;

Considérant que les nouvelles parvenues de tous les points do la Républiciue établissent (jue la perception des impùls s'oijère régidièrenicnl, et que de toutes part la maniléslatioud'un véritable patriotisme lait espérer des rentrées continues et Irnclneuses;

Considérant que le Trésor a, dès à présent, à sa disposition le numéraire nécessaire à racquitlenunl du semestre des rentes 5 p. 0,0, 41/2 p. 0,0 et 4 p. 0/0;

Considi rant que ranlicipalion du seaieslre, lavorable à tant d'intérêts, n'occasionne aucune perte au Trésor;

Considérant que les dépenses de tous les services sont couvertes par les recette», dont lu réalisation est assurée par le retour à l'ordre et par la sécuiilé de tous;

Ariéle ce qui suit :

Le payement du semestre des renies 5 p. 0 0, h 1,2 p. 0/0, el /i 0 0, ( cliéant le -J-J iiiars courant, seiléctuera à Paris et dans les départements, aux caisses ordinaires, savoir :

A Paris, à dater du (> nixirs c uuranl.

Dans les départements, à dater du 15 mars

Paris, le k mars 18A8.

M. GOUDCIIAUX.

Imprimerie nationale.Mars 18i8.

On avait rf p.indTi le t>niit qnp 1(> OonvpmcTncnt proTiMirn s« Iroiivaif en face (Teniltarras financiers graves et que, même. It.' paifinenl (!• s iiuCtùis ia tejneslrf îles rentes ^'..h.'ant k- 2i mars n'était las assnré. Le ministre des Ilnances répondit a ces bruits par cet arrêté. (Note des Edheubs.)

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

LIBERTÉ , ÉGALITÉ , FRATERNITÉ

LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE

Sur le rapport du ministre de la justice.

Considérant que les lois de septembre , violation flagrante de la Constitution jurée, ont excité, di^s leur présentation, la réprobation unanime des citoyens;

Considérant que la loi du 9 septembre 1835 sur les crimes, délits et contraventions de la pressect des autres moyens de publication , est im attentat contre la liberté de la presse; quelle a inconstitutionnellement changé l'ordre des juridictions ; enlevé au jurv la connaissance des crimes et des délits de la presse ; appliqué , contre tous les principes du droit, à des faits appelés contraventions, les peines qui ne doivent frapper que les délits ;

Considérant que, dans la loi du même jour sur les cours d'assises, plusieurs dispositions sont à la fois contraires à la liberté ou à la sûreté de la défense, et a tous les principes du droit public ; que la condamnation par le jury à la simple majorité est une disposition que réprouvent à la fois la philosophie et l'humanité, et qui est en opposition complète avec tous les principes pi-oclamés par nos diverses assemblées nationales ;

Décrète :

Art. 1", La loi du 9 septembre 1835 sur les crimes , délits et contraventions de la presse et des autres moyens de publication, est abrogée.

Art. 2. Jusqu'à ce qu'il ait été statué par l'Assemblée nationale constituante , lesloisanlérieiir(>srelativesauxdélilsel contraventions en matière de presse seront exécutées dans les dispositions auxquelles il n'a pas été dérogé par les décrets du Gouvernement provisoire.

Art. 3. Sont abrogés les art. Il, 5, 7 de la loi du 8 septembre 1835 sur les cours d'assises, le 4^ paragraphe de l'art. 341 du Gode d'instruction criminelle, l'art. 347 du même Gode, tels qu'ils ont été rectifiés par la loi du 9 septembre 1845 sur la rectification des art. 341, 345. 346, 347 et 352 du Gode d'instruction criminelle et de l'art. 27 fin Code pénaf.

Art. 4. La condamnation aura lieu à la majorité de neuf voix ; la décisiort du jury portera ces mots : Oui . l'accusé est coupable h la majorité de plus de huit voix, à peine de nullité.

Art. 5. La discussion dans le sein de l'assemblée du jury avant le vote est de droit.

Les membres du Gouvernement provisoire, DUPONT (dp l'Eure). LAMARTINE. GARNIER-PAGÉS, ARAGO, MARIE, LEDRU-ROLLIN. CRÉMIEUX , LOUIS BLANC, MAURAST, FLOCON, ALBERT (ouvrior).

Le Secrétaire général du Gouvernement provisoire,

PAGNERRE

Imprimerie nationale. Mars 1848.

— 2Sl —

APPEL AIX OrVRlERS.

CLIB llÉPLlîLrCAIN

DES

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