‹ Les murailles révolutionnaires (volume 2)Chapitre 239 sur 295 · CITOYENS DE L'OISE · texte numérisé non relu

CITOYENS DE L'OISE

Le grand événement qui vient de s'accomplir n'est pas seulement la chute d'un gouverru^ment (néprisé, c'est une révolution complète dans l'ordre soi ial . c'est l'avènement du peuple entier à l'exercice des droits politiques qui avaient été jusqu'ici l'apanage exclusif de la noblesse d'abord, de la bourgeoisie ensuite, c'est, en uit mot. rétablissement définitif du rèijne de la nÊNrocr.ATiE.

Envisagies de cette hauteur, toutes les questions changint nécessairement d'aspect : la naissance, la propriété, le cens, qui avaient été considérés jusqu'ici comme des garanties indispensables pour pojnoir exercer les droits politiques, s'évanouissent comme de vains fantômes à l'apjiroche du jour; il lU' reste à la place que la morauté. Et. parce mol, j'entends l'honnêteté, le dt'voùnient. la grandeur d'Une, la fermeté de caractère, éclairés par le savoir et l'inlelligence. Voil.'i aujourd'hui les seules garanties que l'on ait à denuinder aux citoyens qui aspirent aux fonctions publiques.

Prolondcment pénétré de ces sentiments et convaincu qu'ils sont aussi les vôtres, mes chers Concitoyens, j'ai osé concevoir la pensée que peut-étn^ vons ne me jugeriez pas tout-à-fait indigne de vos sjifl'rages, el qu'il pouvait mètre permis d aspirer à 1 honneur de \ous re|)résenter dans la grande Assemblée qui va donner à la France sa Constitution réguhère et déHnilive.

\ous le sa\ez, républicain par principe el par sentiment, je n'ai jamais recuh'' devant la manifciitation coniplète de mes conviclions, et quelques-uns d'entre vous ont peut-être gardé le souvenir d'une vive polémique que j'ai soutenue en août et septembre 1834, contre le journal de la préfecture de l'Oise, et dans laquelle j'ai hautement professé mes opinions républicaines. Pendant les quatre années que j'ai passées au barreau de Beauvais, entouré de la bienveillance, et, je le dis avec orgueil, de l'estime de tous, je n'ai pas un seul moment abaissé mon drapeau «levant le Pou\oir. J'ai même pu, dans une discussion publique avec M. l'eulrier, alors préfet du département, recueillir de sa bouche cet hommage rendu à la loyauté de mes convictions : • Si tous les républicains vous ressemblaient, à l'instant même je serais républicain. • Plus tard, en 1837, forcé de

renoncer à une profession qui s'alliait mal avec la nature de mon caractère et avec la direction philosophique de mes études, je revins à Paris, où, depuis ce temps, je n'ai cessé de me trouver aux prises avec les dures nécessités de la vie. Mais ceux d'entre vous avec lesquels j'ai conservé des relations, peuvent attester que Fues opinions sont restées les mêmes , ou plutôt qu'elles n'ont fait que se fortifier encore au spectacle navrant des souffrances et des humiliations de mon pays.

Nul n'a donc plus que moi le droit de se dire républicain.

Quant au désintéressement, à la générosité de caractère qui fait préférer le bien public- à l'intérêt personnel, j'ose à peine m'en vanter, car il n'est pas un de ceux qui me connaissent qui n'ait cru devoir, par amitié, m'en faire quelquefois nn n'|>roche, en m engageant à penser un peu plus à moi.

Je ne dirai rien des deux dernières qualités, le savoir et l'intelligence. A cet égard, je sens que je ne saurais être mon juge, et il me conviendrait encore moins d'être mon avocat.

Je prévois pourtant une ol)jection : on sait que ma foi religieuse n'est pas moins vive que ma foi politique. De là peut-être une double défiance : défiance de la part des calliolicpuîs, défiance de la part des réjîublicains.

Aux uns, comme aux autres, je ré])onds :

Dans ma conviction profonde, le principe de la République prend sa source unique dans l'Évangile; il est contenu tout entier dans ces paroles du Christ :

« Vous êtes tous les enfants d'un même père qui est dans le ciel

« Vous êtes tous frères

« Aimez-vous les ims les autres »

L'Évangile, voilà donc mon drapeau ; et c'est le drapeau de riiun)anité, car il porte dans ses plis celte devise immortelle, inscrite par Dieu lui-même :

LIBERTÉ! ÉGALITÉ! FRATERNITÉ

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