‹ Les murailles révolutionnaires (volume 2)Chapitre 261 sur 295 · AUX TRAVAILLEURS · texte numérisé non relu

AUX TRAVAILLEURS

CITOYENS

Je suis des vôtres, et d'abord un enfant du pays.

Mon père était labounnir. Il est resté ouvrier. C'est à sa parfaite honnêteté smile qu'il doit d'èlre, depuis plus do vingt ans, conseiller municipal ou adjoint au raaire de Méru. Vieux déjii de soixante-cinq ans, il m'a toujours dit que notre nom, à Méru, devait avoir l'âge même de la ville.

Je viens vous demander vos suffrages pou r la Représentation nationale.

Dans ce but, je vous raconte ma vie. — Le temps presse, et je livre mes feuillets à l'impression, à mesure que je li.-s écris.

Je pourr.ais, presque, lemotuer au temps de ma toute enfance, au temps où mon digne grand-père m'entreten.ait des infamies de l'ancien régime.

Je commence à 1824.

A celte époque, j'étais second clerc chez M. Minière, notaire à Beauvais. Un jour, un ancien émigré vient à l'étude. Il s'agit de rechercher des titres relatifs à des propriétés qui avaient été vendues comme biens nationaux. « Oui, nous dit le patron, retrouvez le$ titres dei biens gui ont été VOLÉS à Moiisitur. > A ce mot. une discussion s'engage entre nous clercs. J'étais p(!ut-ùtrc s>;ui contre tous. Indigné des outrages qui s'adressaient a notre

première Révolution, je saisis un buste de Bourbon, celui, je crois, de Charles X, et, devant tous, camarades, patron, client, je le brise en mille éclats. Je n'avais pas dix-sept ans. Mais je savais par cœur l'iiistoiie de nos quatorze cents ans de monarchie ; je savais que la royale f.unille nous était revenue, à califourchon, sur des chevauxde Cosaques, de Prussiens et d'Anglais. — Le même jour j'entrais, comme maître clerc, chez l'avoué Canard.

De 1826 à 1829. je suis à Méréville, petite ville do l'arrondis-^ement d'Étampes, ou à Sèvres, près l'aris, M.\I. Corpscliot et Deniontmort, not:iircs. et les personnes qui faisaient leur société habituelle, diraient, au besoin, comme je répondais aux attaques à l'adresse de mes convictions.

Au commencement de 18ô(), j'habite Paris, où je fais mon droit, me destinant au barrCuu, en dépit du peu d'estime que m'ont toujours inspiré les to(jues d'avocats. La Révolution éclate. C'est corps perdu que je me jett»; dans le mouvement.

Je croyais à la guîrre : Avec la décoration de Juillet, j'acceptai une sous-lioutenance dans l'armée.

Trois mois ne s'étaient pas écoulés, et déjà, dans une brochure ayant pour litre :

Pn mot sur la crise actuelle (Pal:)is-Roval, cercle Valois), je criais à la désenion (!«■« principes qui iiousavaieiii mis IfS armes à la main, è l'indignili' de l.oni<-Phili[)pe, à sa trahison; je le dénonçais au Pays !

La brochure linil par ces mois ( Ji- cite, je citerai, beaucoup peut-être ; maispotir beaucoup aussi, ce sera «lu nouveau, de l'histoire ignorée ou oubhee : ce sera un enseisneincnt. Os citations, ilailleurs, ne sortent pas de n!0ii cadre : elle< apiiartiemienl à mon • passé. Mes écrits me révèlent) :

■ Le Pt>upl.> don. Mais c'est le sommeil du lion. Gare • le réveil ! Au peuple, au Peuple, qu'il parle, il n'y a « de maître que lui. «

Je (lentandais alors ce que nous allons avoir : une Assen>blée cunstilnanlo!

Je nf vous dirai pas toutes les persécutions dont j'ai été I objei au fiS* de lia;ne, mon régiment, .MM. Trappier etCarel en étant les colonels; ce serait trop lonj; : Ces .Messieurs connaissaient une certaine noie sur moi, émanée du P.dais-Royal. Cette note, que voici : Homme ftienjique, dangereux, à ne pas nommer ou à jeter sur Us côtes d'Afrique, > cette note, dis-je. .MM. Tiappier et Carel ne l'ont j^nlais perdue de vue. .M. le duc d'Orléans, d'ailleurs, ne manquait pas de la leur rappeler, quand il les voyait : « Je tous le rieommande, » leur disait-il.

Parque au fon<l du dé|>arlemei)t de la Meuse, je n'étais pi<inl aux idriiies des o et 6 jum, a Paris. Mais le 7, au soir, je me trouvais sur la roule, m'y rendant. Kst-d besoin de dire que je repoussai avec déjtoûl la fameuse ailres.se de dévouement au roi, qui fut, il la suite de ces journées, proposée à toute la signature de l'armée'/

Que d'écrits, étant au régiment, et bien qu'à mes ilevoirs d'ofFu-irr, écrits qui, alors, me venaient de Paris, j'ai répandus dans nos garnisons et autour! On appelait nia chambre un iiteiier de propagandiste, cl on avait Pdiion.

Je ne pouvais cire là où étaient les princes, et, à chaque mslanl, j'étais rejeté d un bataillon dans l'autre : i Tétais, c'est ici le lieutenant - eéni rai Jamin qui parle , un homme qu'on ne potivait tenir assez éloigné, t

<juerie acharnée, de tous les instants, sans repos ni Irève," par les panqihlets, par la pa-

I rôle, par les alTiliations. c'est celle que j'ai faite .TU pouvoir, de IS.IO à 1834, mesépaulettessur le dos.

Mnis. patience, lo 10 mars de cette même année IS 1 1, convocation, à Dijon, d'un conseil d'encpiéte !

Ma défense devant ce conseil, comjïosé d'un général, dedeuxcolonels. de deux chefs de balailion et de deux capitaines, a été impi iiiiee. C'est l'histoire liu règne des quatre premières années Je Louis Phili|)pe, c'est-adireun véiitulileacted'accusation. Je nomme l'ex-roi par son nom. Je l'ai^pelle \i; préfet de police de la sainte alliance, au dedans, au deliors. CVsl surtout son infâme conduite à l'extériiMit que j'iiieriniine, en raison de la honte qui en rejaillissait sur la France. Je terminais ainsi :

a Le Peuple dort. Mais c'est le sommeil du lion. « Gare le réveil! Au IV'Ui'l-, au Peuple, qu'il parle, a. Il n'y a de maître que lui. ■>

« Louis-Philippe est bien coupable, Mes.«ieurs. « Mais il était lii.>urbon. il était roi, et, il faut le re- II connaître, ce qu'il a fait, il a dû le faire. II a » obéi à son institution.

a Vovez, Messieurs.

« Si en France on réclame des tètes, si on dé- « porte, si on en«evflii le.s horauics tout vivaiiU, tt Comme au fort Saint-Mithel, si ou enibrig.ide des « assoiiimcurs, si on f<iit ma-sacrcr. assassiner les u citoyens au milieu des rues, si on fait égorger sur « le pont d'Arcole et jeter à la Seine des rcpubli- « cains chaulanl la Marseillaise au deuxième anni- « versaire de juillet; si on dit, ensuite : la /ie/iu- « bliiiuf a pâli, pendant que le Figaro dit ; la lié- « publique a fait le plongeon, voyez.

a Nicolas, eu Pologne, tortuic, immole tout un ( Peuple.

« Charles-Albert, à Turin, à Gênes, àCharobéry, « préside aux fusillades de ses sujets.

M Ferdinand, en Espagne, peu d'heures avant de « m>iurlr, répond à la feiume qui vient lui demana der la grâce de son mari : Oui, je lui fais grâce.. , < d'être ecartelé après qu'on Caura étranglé.

u Miguel, le roi module, dresse .ses listes de proa scriptionsau milieu d'orgies.

« Le pape ordonue les massacres de Césènes et « de Forli.

• L'empereur d'Autriche et le rot de Prusse font « la police en Allemagne à coups de baïonnettes et a de canons.

a l'n roi ne peut être bon, a dit Caton, il y a deux • mille ans. >

Une suspension de trois ans fut prononcée contre uioi, à la majorité de cinq voix sur sept.

Voici en quels termes le Patriote de la Côled'Or. du 11 mars 1854, journal d'une modération infinie, a rendu compte de ma condainnulion :

L'armée passe à l'opposition. Aussi chaque jour, la crainte et ta fureur du pouvoir se traduisentetles par l'excès de sévérité des subordonnés du îuaréchal Soult. Ici, M. le lieutenant Dtmaij vient d'élre auspendu de ses fujictions pendant trois ans, par un conseil d'enqui'te. Quel est le crime de cet officier ? C'est de professer les opinions pures et élevées qui, en juillet, miretit les armes aux mains du Peuple. Décoré de juillet, M. Dematja pris part aux sublimes combats des ijrands jours, et M. Demay, plein des nobles souvenirs de cette époque, trouve que le Peuple a été indignement trompé et que Von a escamoté les conséquences de la Révolution. Les injustices, les cruautés qui souillent et ensanglantent le pouvoir ont ému son âme ardente et généreuse, et il tt' a point caché son indignation.

M. Demay a été frappé dans une position acquise au prix de son dévouement à la Patrie. .\ous aimons à croire que le cœur de quelques-uns de ses juges saignait à cette condamnation. Quand on connaît \ M. Demay, il est impossible de ne pas re^^sentir pour lui l'estime la plus vive et la plus profonde.

La condamnation de if. Demay a été iciVoccasion d'une manifestation républicaine vraiment imposante. Plus de mille citoyriis l'ont recorutuit chez lui, après lui avoir exprimé leur sympathie. Pas un cri n'a été proféré. Le calme et le recueillement seuls protestaient contre l'incroyable rigueur du conseil d'enquête. C'est ainsi qu'un parti se montre fort et puissant, etc.

J'oublie le conseil de guerre, — subi trois semaines avant le conseil d'enquête. Qu'avais-jc fait? J'avas soullletc le rédacteur e\^ clief du journal luinislériel de Dijon, qui avait refusé de me rendre raison d'une offense à propos do l'expression de citoyen, employée par moi au théâtre de la ville, théâtre où j'étais de i^^rde. il est vrai que ma condamnation par le conseil de guerre a été vingt iou» d'amende.

Je ne mi- bornais pas à endoctriner, à républicaniser. Laciion surtout était mon clément.

C'est ainsi que j'avais enrôlé , dans la société des droits de l'homme, mon bataillon tout entier, et des soldats, des sous-o(ïiciers d'autres régiments, de passage où j'étais, ou pris dans leurs propres garnisons, et cla, presque toujours en p/ein air, à la face du soleil, sur nos poignards ou nos sabres, et sous le serment d(! haine à la royauté, de fidélité à la Képublique.

C'est tout un peloton de mon bataillon qui, à mon coinmantlement et il ma dernière garde d'oUicier, à Dijon, présenta les armes et mit le genou en terre devant l'arbre de la liberté, salut d'adieu, bien digne de la ville à latjuelle il su faisait !

l'dur empêcher cette démonstration, on

n'avait voulu tju'une chose toute simple

me tuer. Dix minutes avant, en effet, j'avais reçu deux coups de feu eu pleine poitrine. Mais c'était du journaliste ministériel, et, comme il l'a dit lui-même, il ne savait maniei' {\uii sa plume. Je n'ai pas été atteint.

Ne m'est-il pas permis de croire que c'est un |)eu à moi que Paris doit la nobhî conduite «lu '62° de lignt; dans notre révolution de 1818 •? A moi qu'il <loit, lui, le 52", d'avoir été i)roclamé le !«' régiment d? la Républi(iue française?

Sous le poids de deux mandats iramener, lancés, l'un par le préfet île la Côte-d'Or, l'autre par le lieutenant -général Uoltembourg, commandant la di\ ision, le 20 n)ars, je donne ma démission, et, pendant deux mois, j'erre de France en Suisse, de Suisse en France.

Rendu à la lioerté par la notilication de l'acceptation de ma démission, je m'étais fixé à Dijon. Fin de 1834 à 1859.

Je SUIS entré dans les affaires. Mais j'y étais peu propre, et surtout je continuais, au milieu des populations de la l^ôte-il'Or et des dépaitements voisins, le métier que je faisais dans l'armée.

Je n'exagère pas, disant que des centaines de mille exempli;ires, a une feuille ou demileuille, ont été imprimés et répandus par mes soin=), — écrits des uns, des autres ; ijuelques-uns de moi : J'ai ijuitté le couimurce, y laissant ijuarante mille francs de dettes. Mon avenir en répond.

Je cite, je cite, — ce qui est de moi :

Lettre à la Tribune, « Paris ; à la Glaneuse, à Lyon, 21 février 1854 :

« Voyez l'année, Ué()ubiicains, ne dérlaiguez pas

« le troupier. Kclairez-lc; il est bon. Ah! si vous

« saviez (piels nobles cœurs battent sous nos vi-

« laines capotes! Ki;lairt.z, je le répète, éclairez le

(I soldat. Dites-lui bien : La République, ce n'est

« pas réchafaud. Ce n'est pas noa plus la liberté,

u ['honneur, la vie des citoyens livrés à la valetaille

« d'un VIdocq. Ce n'est pas un régime de bagne.

Paris.— Imprimerie LACOURet Comp., rue Soufflot, 16.

iOO —

« C.f ii'i''il |>Hs iinn S(int-R.-ir'holf'nii H- h n ition a f ntiiTo (<(i fier'sperliTe. O n'est (iiis le (joiivi-rni*- « m^nl de Coniitmtiii'ipli' à P.iris. Co iiVsi [ms 5(1 « niiliioiis anuui;ls pour une fdiiiillt-, sjiiis rumptor a ri'xp!i>ilalii<n (l'r.n liiidget d- l.^iOO tiiilliniis. (Ii» c n'('5t pas ilVtrp dcTant IVtr inscr h pi'nniix on à « plat-v.M.lrtui*n<< U lirttic. (> ii'rsl pas rh<pi)frhi>; « lai'orriiplioii et lascéli'TaU-ssi'atlelérsauttinoii il.; « l'Klil. Dili's-liii ce 'iiie c'est i|ue la rfpiiblii|uc. a nilcs-\ui, dt-monirez-lui, el rv ne vous S'-ra (tas « diflicil'', qui' li'nt r-» i|ui n'psl pa< répiililirain et « cr.i^scnicnl iiiiliiciif ou fripon. I)ilcs-iiii quo li c Ri;pii)<liqiie à qui Chnmanité devra l'abolition de « /(i peine de mort (c'est fiil). est la skuIc fijrm" de I coiiv.'rmïmont en harrnoiii>! avec la dig.'iilé d>' a l'hoinmo. Difcs-liii, avef Thicr< le ^ellé^^l que « rV.«( la passiim de toutex les âmes qénêreti^ea .

« I)il?s-|iii, «vec Loiii>-)'liilippe le (|iip c'est la

n forme la plut vraie, la filws pure et la plus belle. « Dit's-lui t lUl r''a, ri'.oycn-;. la ;,Mniis()n de l)ia jon vous dit par ir.i voix : L'arruO'- est h, si la « RcpuHiqne pnKlanièe, les vils soldats de< roi> « enva'iis-eii! la France; l'aruiM est là! La Patrie « peut conipb'r sur fclle.

a I.'i RêpuliUque, et, s'il le faut, la guerre.

« Tout au IV'uple, rien qu'au F'f'uple. »

C'est dans ccHh li-tire qiin ji- iiotiiine Louis-Phili|i[H' un effronté coquin |i(iiir avoir apppli^ notre Révolution ilc juillet une catastrophe.

Notes, r.'imprnssion il'un discour.'i du colonel et député Jiricqueville sur l'organisation de /■(/rmee, discours où lo tnaréclial Smilt, duc de Dduiatie. major-pénéral à Waterloo, ce soldat vini;ifciiN niiliionn.rnv-, <;sl accuse d èlre ia cause pi incipidc, viilfmi:iire delà perte de la bataille :

0 Les rois sont les mêmes partout, y l'ils rigueut « à Pélersboure. .i Li&lionne ou à l'iris; qu'ils « s'appellent ab-olu-i ou ronsliiutionnels, au fond,

■ e'e^t tout un. Cesoiu des monstres dont la mission « est de rrabrutir le G'>nre humain. a(in de le « mieux asservir et d'.n tir>'r le plus d':ir;;eiit poste sible. La luoiiareliie rcpré-n^'itativi- e-t uiieioveu- 0 tion de fripon; il n'y a id is q l'iiu aliiinn'; au a Con.t(ifu(ionn«^ Je veux dire nn niais, qui puisse y « avoir fui. Il y a incomiiatibilité. guerre à mon o cuire II uionarcliic, d^; quelque nom qu'elle se « décore, 'U la liberté. La royauté a fait son ti'iiiiis. « Place. place nette àlaSouvèrain.'b; dé iioeraiiq le. « au gouvernement du Peuple par lo Peuple, p'aee

■ à la République. Avec elle, avec elle seule les « grandes chos> s, etc. »

La Monarchie selon la Charte •

« D'ignobles fripons, de làch«s scélérats , à la « suite de-qunls se traîne toujours le ((«uple di.'s o gobe- mouches, ont .-euls présenté la lteiiub:ique « comme un gouvernement vinjateiir de la pro- • priéié, aiiarchiquo et sanguinaire. Des excès, il

« est vrai, ont souillé O.'l ; mais ces exrès eu ^ranie « parti", je le prouverai, sont le fait de l'infernale « roya'ite. de ctt g «uverneinent dos li!inps d'ii^no-

0 raiire cr.i.'vsc it de v.i'.selige Ils sont le fait de

1 l'ancien régiiiic. d.inl l'interél anti-liiimiin éluit « de dév'oi^ler du régime noiiviMu. Il uiinies qui m; « demande; qu'à vous érlaM-er. oiitendez-le bien, n La Répiibliqui' n'est autre chose ciue ra[iplieatinn a du la Souveraineté nationale. C'est la mise en M action, comme pouvoir, de la volonté du Pt!U|»le. « C'est le gouvernement de tous pir tous, c'esl-à- « dire le gouvernement de tous par les fonclion- « naires élus, révoi-ables et responsables, ("est le « seul gouverueiu-iit à bon marrlié. ("est l'impôt « progresail à la place de l'iiupol prop utiiuinel, cl « non la loi agr.iM'e ( la 'oi agiairi-! et, |- partage « des terres doiiii'Taili'i peine à chacun de nous un « revenu de soixante fra ics). C'est la destruction <i des privilèges, des monopoles. C'e.st la r.présen- « tatioiide tous les interéls, sausexcliision d'aucun, n C'est re-;alilé p'diti rie entre tous; rin^triiclion « de tous. C.'est l'abolilion d" In peme de mort, « C'est le gouvernement des vertus, du mérite, des « talenLs. C'est le gouvernement des Tiieite. des Il Montesquieu, des J.-J. Rousseau, des .Mably, des « Francklin, des Wasliinglon, desDeslutl deTracy « le père, des Carnoi, des Lafayelte. C'esl le ^roii- « verneuient de tous les bouillies pour qui la di- « gnité humaine n'est pas un vain mot. C'est le . gouvernement prédit par l'anglais (;annin;,', par « Béranger. par CliAtciubriand, par le premier ca- « pitaine du mou'le, Napoléon, el par tant d'autres. « C'est le goiivernemenl qu: nous aurons. »

Une pai lie de mes poblicalions se trouvent chez mon p^re, — Deinay lladaiicourt, ou riiez moi. Chacun peut les consulter.

Je compte plus (!•• vinijl proi-èspolitlipies. r.Dinnie j'avais subi le.^ jiiridiclions militaires : conseil de guerre el conseil d enipiôle , j'ai sulii les juriiiiclions civiles : cour d'nssises et police correctionnelle, .le connaissais ia prison militaire, sans parler de cent cinquanl'.' jours d'arrêts en trois ans de ser- \ii'"; — j'.ii coiiiiu la prison livile, el de prcvr-niion el de correction. J'étais à la cour des pairs, en 1835, comme l'un des 1 )2coniseils des prévenus d'avril. J'y ai été pn-venu moi-même. Je suis un iics 10 défenseurs que la cour avait retenus.

.Mais il est îles limites atix forces liumaines. I.as, on philôt épuisé, j'ai quitté l'arône, en même temps que les all'aircs. Deux ou trois républicains de Dijoti, les officiels du parti, me saiiroiil gré, peut-être, d<; ne pas dire ici lis [Tremicrs motifs de ma retraite. C'était à la lin de 18Ô9.

Ce que j'ai fait, depuis ce temps?

J'ai souffert. — J'ai cto oCRcicr d'administration en Afri(|ue ; el je suis attaché au ministcMe de la guerre, voilà cinq ans.

Qui, devant le passé que je viens de reproduire, me soupçonnera d'avoir faibli, d'avoir fait imipnMe honoiable, pour réobtenir une position? Personne.

C'est par le générai Préval que j'ai été placé dans l'administration militaire. C'est par M. de K:iferronnays, homme excellent, que je continue daimer, bien qu'il ne soit pas des miens, c'est par lui que j'ai été nommé au ministère di' la guerre. Tous deux vivent; ils peuvent parler.

Sans crainte d'être démenti, c'est ma déclaration de principes républicains, à la main, que je suis rentré à la Guerre. Seulement, en quittant Dijon, j'avais renoncé à la vie politique.

Ma place ! Je n'ai point de place. Je n'en ai jamais eu. Je ne dépends , ne relève que de ma conscience. Tous ceux (]ui me connaissent savent cela. On le sait aussi à la Guerre.

Le 22 février, j'étais au milieu des rues. Je ne les ai cpiitlées que pour courir à Neudly, arrêter l'incendie du château, vengeance que je comprenais d'ailleurs dans un tel moment.

Je crois avoir, dans cette seconde Révolution, comme dans celle de Juillet, fait tout mon devoir de républicain et d'homme d'action.

1.0 combat terminé, je veux dire la victoire remportée, les Bourbons cadets, tombés comme les aînés, vingt rois écrasés à coups de pavés, la monarchie à tout jamais anéantie cii France, j'étai.-^ rentré dans mon obscurité. Je pensais, je voulais y rester.

Mais bientôt, à la vue de certains actes du Gouvernement provisoire, à la vue de ce fait capital, que tous les fonctionnaires du pouvoir dé<:hu j;ardaient leurs postes ; de vanl cette [icnsée que les élections de la Représentation nationale pouvaient se faire sous la présidence, avec le concours, des serviteurs de la monarchie ; à la vue des hommages odiciels rendus à Armand Carrel, et comme refusés à Godefroy Cavaignac; à la vue du déciel sur les élections; à la vue de Raspail, de Lamennais, de Béranger, de

Trélat, restés loin des affaires, je me suis défié ; j'ai compris que mon rôle n'était pas lini : qu'il y avait autre chose à faire qu'à prier Dieu, au fond de ma retraite, de protéger la République ! Je suis rentié dans l'a-

réne.

rentre pour y rester.

Venu à Méru, dans les premiers jours «le ce mois, j'y ai leçu d un homu e honoré, jouissant de toute l'influence que lui donnent son caractèie et sa position, l'offre de la députation républicaine.

J'ai accepté.

C'est ainsi, Travailleursdii département de l'Oise, que j'ai été amené à faire ce que je fais aujourd'hui, à m'annoncera vous comme candiilat a la Représentation nationale, à solliciter vos votes.

Me demanderez-vous un programme?

Mon programme, à moi, c'est mon passé ; c'est ce que vous venez de lire. C'est un républicanisme, en quelque sorte aussi vieux que moi ; c'est toute ma vie. Ce sont mes quarante ans. C'est mon nom.

Quel(|ues mots, toutefois, de mes idées de constituant.

La République est simple ; elle ne comporte ni faste, ni prodigalité. Un budget de GOO millions au plus (il est aujourd'hui do 1,700 millions). Aux ministres et aux consuls à l'étranger, 15.000 fr. Aux re|)résentanls ilu peuple, lOàlofr. par jour, — 25 f. c'est trop, beaucoup tro|>. Au chef du pouvoir ixéculif, lOO.dOO fr. En dehors, point (11! traitement'^ au-delà de 6 mille fr. A ces conililions seules , la corruption cessera d'être possible. C'est surtout à la réalisation de ce plan de réforme dans les dépenses que je travaillerai. C'est qu'aussi, pour mni, tout est la. Sous la monareliio, on recherchait lés fonctions pour l'aigeni (]u'elles donnaient. Sous la République, on les rechercliera pour l'himneur d'être utile à son pays. — A bientôt, d'ailleurs, toutes les fonctions à l'élection.

Une seule chambre. Une seconde chambre ne pourrait être «pie la représentation de l'aristocratie, et l'aristocratie, comme la rovanté. est morte à toujours.

AVANT TOUT, que la France .soit et reste organisée, avec loulereconomie possible, du reste, de manière à repousser, en tout temps

l'invnsion dos rois! — Quand l'armc'e ne se buUra pas, elle Irav aillera.

Amitié el protcclion aux Poupics nos voisins. S eux, nos haiaillons, s'ils ne sont pas assez forts contre leurs tyrans. Ce n'est pas seulement notre tievoir ; c'est aussi mitre intérêt. La l<épul)li(|iie fran(;aise ne peut périr; mais son iininortalité sera bien plus assurée, quami, au lieu d'une ceinture de monarchies autour d'elle, elle aura une ceinture de ili-puitliipu's !

Point de guerres pour des conquêtes de territoires. Mais acceptons, dans lu limite de nos Iroritièros naturelles, les Nations ou les f)Ortions de Nations qui voudront faire partie du grand Peii[)le de France.

Liberté illimitée, sans entrave aucune, d'écrire, de parler, des assembler. L.i Hé|iiiblique n'a qu'à gagner à la discussion, tllc n'a rien à en craindre. Le bon sens public est là pour faire justice des aberrations. Il doit suflire.

Éducation giatuitoeiéL:ale pour tous.

.Arrière les utofiies impraticables! M. lis faisons une révolution complète dans la répartition de l'impôt. I)échari;e()ns entièrement le pau\re, et dccreluns limpôt progressif. (Jue le rielie paie!

Ainsi respect aux propriétés, respect à la famille.

Enfin, je serai de ceux qui dcmandeioni le maintien de l'aliulilion absolue di; la peine de nioil La guillotine n'est plus. Klle a servi de barricade! lit si nous condsquons au prfjfit de l'État les biens des fauteurs d'anarchie, de quehpies monarchi ns en révolte, des contre-révolutionnaires pris >ur le fait; c'est que le salut public l'.iur.i vnulu. Quant aux assassins ei aux voleurs, iJe même qu'il y a des médecins pour le corps, il y en aura pour l'àme. Des scélérats, nous ferons des honnêtes gens. Kien n'est impossible avec ce mot : Fraternité! fraterniié ! Uientôl môme, avec ce mot, les grandi, comme on les appelle, les nobles, les hauts bourgeois, seront avec nous, dans nos rangs. Ils y seront, aussitôt qu'ils auront cortipris que, pour continuer d être, il leur faut se f.iire Peuple ! Pour aujourd'hui, ce n'est point à eux que je fais appel, mais à vous. Travailleurs! Bientôt

nous serons, tous, pauvres et riches, de la même famille. Bientôt, Krères, nous n'aurons plus à nous défier que des avocats !

Après les granils intérêts généraux, les intérêts partiels, comme la question d'organisation du travail.

Citoyens, la Uépulilique est hi seule forme de gouvernement désormais possible en France ! Hors de là, c'est l'anarchie, la guerre civile. C'est Paris, la Fiance, à feu et à sang. C'est un incendie ;i embraser l'Europe, un sac à fair(!ri'culer le soleil. C'est ma conviction intime, profonde; c'est la vérité.

Travailleurs !

Nommez donc des Républicains éprouvés.

Amis, je suis seul. Je n'ai ni femme, ni enfants Un père, une mère composent toute ma r.iinille Celte liln'rti'. Cttc indépendance absolue, je les garde. Nul lien ne m'attache, ne m'attachi>ra; nulle considération, nul intérêt ne me préoccupent, lu.' me préoccuperont, — rien (|ue le sentiment de la conservation d'une tombe ! C'est donc corps et

àme, tète, cœur et bras, tout entier. (]ue Je serai à l'accomplissement de ma imssion, a l'édifie, ition. à la di'fense du Gouvernement républicain en France. .Mon unique passion, c'est la Hepubliipie ! Mon but, iiicm but unique, mon ambition, ma seule ambition, c'est le maintien de mon Pays, delà France, à la tête île la civilisation, à la tête des Peu()les libres !

Uarilez-vous de croire, Citoyens, que, de toute nécessité, il ne faille a l'.\sscmblée que des hommes brillants par la parole, ou que des hommes connu- de tous, — connus l"ls (picls.

C est, des sabots aux pieds, presipn- sans guides, que nus pères ont refoule l'Europe des rois.

C'est avec le sens commun, surtout, que nous constituerons la Uépubliiiue fran(,'aise sur lies bases im|iérissabli'S,

Repoussez surtout les rhi-teurs. Us sont la peste des Assemblées |)olitiques.

Maintenant, comment vont se faire les élections? Je l'ignore. Mais assurément, elles ne se feront pas par listes de département, à 8, 10, 15, îO, jusqu'à 3i noms, comme l'a prescrit le Gouvernement provisoire. Il esi

impos«il)lo que le décret du 5 mars ne soit pas rapi)orlé ; car il est inexécutiible, et dès lors n'oiilige pns, — à moins (jn'i! no renferme toute une contre-révolution...

Je ne vois, t' us les homincs do bonne foi ne voient (lu'un mode ipii puisse amener à Paris une véiitabie Représentation nationale.

C'est le vole,

Pour les campagnes, par canton, au cheflieu ;

Pour les villes, par section, par quartier.

Ce sera, me dit-on, 2,800 Représentants. Tant mietix. Et d'abord, |)oiir 30 millions du population, ce n'est pas trop. Plus l'Assemblée Constituante sera nombreuse, et plus auront de poids, plus seront imposantes ses décisions; plus auguste , plus majestueuse elle sera, moins aussi on fera de iliscours, de phrases. On proposera clairement et on votera. Plus nous péterons sur le Monde !

Seul, le mode d'élections (pie j'indique est national! Seul, il est sincère !

Citoyens, « Àcant cinqunutc ans, a dit Napoléon sur son rocher de Sainte-Hélène, — Napoléon

toml)é pour avoir voulu fonder une dynastie, — avant cinquanle ans, l' Europe sera Cosaque ou Béiniblicaiue. »

Songez il cette prédiction...

Votez tous, tons, sous peine d'indignité. Votez ; et, encore une fois, ne nomn.ez que dos hommes du Peuple, que des Républicains sûrs ! Ils ne sont pas communs dans les hautes classes.

France !

Les Nations et les rois ont les yeux sur loi, te regardent.

Les rois tremblent, les Nations espèrent.

Tu liens dans tes mains les destinées de l'Europe, les destinées du Genrehumain.

Fiance !

Sois ditîne de ta capitale, digne de Paris.

AITranchis le Monde.

Dieu le veut, ou il n'existe pas !

VIVE LA. RÉPUBLIQUE

Plaine de Passy (avenue St.-Didier, par l'avenue de St. -Cloud).

Mars 1848,

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