POUR L'ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE
Concitoyens de Seine-et-Oise ,
Je sollicite l'un des douze suffrages que chacun de vous est appelé à donner pour «^lirc SCS Représentants à l'Assemblée nationale constituante. Voici les titres que je soumets à votre confiance.
Depuis longues années Maire de Versailles, depuis neuf ans Député de Seine-et- Oiso, je m'honore de six élections qu'aucun pas, au aucune démarche n'a jamais sollicitées.
J'avais dit au début de ma carrière politique :
< Je ne suis pas homme de parti : libre de tout engagement, si vous m'élisiez, Messieurs, je me placerais dans une sphère d'impartialité, de vérité et de moralité politiques; je n'examinerais pas quelles mains me proposent les projets de lois, mais les projets de lois eux-mêmes; puis me renfermerais dans ma conscience pour adopter ou rejeter; je ne me Herais donc ni aux partis qui se passionnent,
ni aux Ministères qui peuvent se tromper. » Electeurs, j'ai fait ce que j'avais dit, ce
que je promets aujourd'hui de faire
Quoique Député conservateur, j'ai voté notamment contre le droit de visite, contre l'indemnité Pritchard, contre la flétrissure des 'Députés légitimistes, et dans la dernière session des Chambres, contre le ministère Guizot dans les deux questions de cabinet.
Convaincu de la puissance du désintéressement et de l'action dissolvante delà corruption et de l'égoïsme, j'ai nettement et résolument proposé le premier, dans une forme adoptée depuis, la Réforme parlementaire : j'ai fait le premier cette proposition qui retentit longtemps sous le nom de Proposition Remilly : « Les « Députes ne peuvent être promus à aucunes fonctions, charges ou emplois pu- « i) ics salariés, dans le cours de leur législature et de l'année qui suit » , et je l'ai votée huit fois! » ^ l ' J
Llccteurs de Seine-et-Oise, vous apprécierez vos candidats par leurs actes surr ^^J^J "^ paroles d'hier bien plus que par celles d'aujourd'hui. Ln 18/iG, après mon élection, j'ai dit à l'Assemblée électorale ces paroles pui)liees alors : r x
« Député conservateur, mais homme de progrès, de progrès sans secousse, je « SUIS convaincu que les révolutions sont aujourd'hui plutôt en arrière qu'en
a\ant; que celui qui voudrait reculer ou rester immobile quand tout marche, « serait, a son insu, véritable artisan de révolution. » ~ Le fait l'a bientôt prouve.
J ajoutais ; . Le labeur d'un demi-siècle a enfin établi la liberté des personnes ; « 1 i.uit maintciiniif vouloir la liberté dans les choses : je voterai donc la liberté « <in..s(M^,HMiunl, IK.r respect pour le droit de famille. «
Enfin, disais-je, « Dans l'ordre intellectuel, moral et matériel, je désire une vive « sollicitttde pour les classes laborieuses; la politique (et c'est le progrès du siècle, « l'honneur de notre pays, la gloire de nos deux révolutions et leur mérite de- « vant Dieu) n'est plus l'art d'exploiter, d'asservir; que l'esprit chrétien la pé- « nètre, que le bonheur de tous, que le Gouvernement au profit de tous soit de plus « en plus son but, la politique s'élèvera et se consolidera d'autant plus désormais « que sa sollicitude et sa prévoyance descendront dans les masses. »
Ce que j'ai dit, ce que je voulais, il faut aujourd'hui plus que jamais le vouloir ; un souffle du Peuple a renversé soudainement ceux que leur force et leur fortune aveuglaient; une dernière révolution s'accomplit.
Le Gouvernement républicain établi tout-à-coup, s'efforce de nous sauver par l'ordre; ses intentions sont pures; il faut s'y rallier de cœur ou par raison : c'est ce que j'ai fait. Trois monarchies écroulées en quarante ans doivent ouvrir tous les yeux. — Mais fondons bien le Gouvernement de tous au profit de tous, et non celui de quelques-uns contre les autres; un Gouvernement respectant la propriété sous toutes ses formes, les droits, les intérêts légitimes, et voulant accorder à tous, sans exception, les satisfactions dues à tous.
Messieurs, si un homme d'ordre, jde désintéressement (1), et d'indépendance est ce que vous désirez, je m'offre à vous spontanément, moi qui voulais, il y a 3 mois, pour cause de santé, me démettre de mon titre de Député; moi qui priais mes concitoyens, aux dernières élections, de ne point me réélire et qui (honneur insigne que ne méritait point ma modeste individualité), obtenais cependant des diverses opinions, 3/i/t voix sur Mb suffrages! Mais se retirer en ce moment serait désertion, désertion au jour du péril; — aujourd'hui le pavs notre chère France, a plus que jamais besoin de tous ses enfants; il faut des dévouemens absolus : cœur, âme, vie, biens. Chers concitoyen^, si mon passé de vingt ans, si la confiance de ma ville natale, pour qui j'ai tant d'amour et de reconnaissance, d'une ville qui de simple fils de marchand m'a tant de fois élevé si haut; si, dis-je, cette confiance et ce passé vous sont garans de 1 avenir, choisissez-moi, comptez sur moi.
Mais, vous ne l'ignorez pas, ce ne sont point, avec le suffrage universel, quelques centaines de voix que devrû compter chaque élu; 15 ou 20,000 peut-être seront nécessaires dans Seine-et-Oise. Chacun doit donc apporter au candidat de son choix, non-seulement son vote, mais son active influence; de vive voix sur ceux qui l'entourent, par correspondance sur ceux du dehors. La situatiou actuelle, dont la gravité frappe les moins clairvoyans, réclame l'action éncr-^ique des hommes de bien, des bons citoyens; il s'agit pour tous aujourd!hui d'ordre ou de désordre, — de conserver ou de perdre, d'être ou de n'être pas. Versailles, mars 1848.