‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 153 sur 236 · SEPTIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME SÉANCE

Elle aura lieu le vendredi, 17 mars, à 8 heures du soir, dans la salle Valenlino. rue Saint-IIonoré , 359. Les enfants ne seront pas admis

Voir lo Populaire du IG mars 1848 , paf?. 4, col. 2. V. à la p. 233 dos Murailles, arl. Rouiiions. (1) Voir l'aiilfigraplin p. 777 des Murailles. — (2) V. p. 840 des Murailles. — V. le Vo]n;laire du 7 mars 1848, p. t, col. 3. V. lo f discours prononce par le cil. Cabet, dans la G» srance du lundi, 13 mars 1848 , p. 10 et 16, discours imprimé séparément. —V. le 3e discours prononce dans la séance du 17 mars 1848, j parle cit. Cabet.

Arrondissement d'Yssingemix, 15 mars 18/i8.

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Une grande Révolution commence! Ce serait trom2:>er tout le monde 8i nous disions, comme on le proclame, qu'elle est accomplie. Le dernier mot de la Révolution ne sera que la dernière séance dé l'Assemblée constituante.

A l'heure qu'il est, .un trône de moins en Europe, une constitution à donner à la France, voilà le bilan de la Révolution.

Et pourtant cette transformation de notre société a causé moins d'agitation que la Révolution de 1830, qui cependant laissait debout, presque intact, le vieil édifice social. C'est qu'en 18o0 un principe s'éteignait, celui de cette légitimité qui avait aussi à revendiquer ses époques de gloire et d'illustrations , mais surtout la grande ombre de sa séculaire stabilité.

Le trône de 18â0 n'emporte rien, et laisse le souvenir de sa félonie comme encouragement aux institutions démocratiques, seules capables de régir désormais la grande famille française.

La Révolution de 18/t8 est appelée à réui^ir désormais tous les Français dans un même sentiment politique. Les dynastiques consfitutionnels ont fait leur dernière épreuve monarchique, et en gémissent. Les légitimistes, convaincus qu'un vain replâtrage de restauration ne se ferait qu'au profit des enfants de la famille d'Orléans, préfèrent entrer franchement dans la voie démocratique.

Le clergé, longtemps timide aux innovations qui remuaient profondément les sociétés, mais aujourd'hui précédé de son grand cher apôtre moderne de l'émancipation politique , entre avec empressement dans la voie démocratique inhérente au christianisme.

Toute la France donc veut aujourd'hui la République.

Mais si quelques esprits suspendus en face de ce grand événement éprouvent encore une émotion craintive, c'est que le souvenir des phases de la grande Révolution française ont laissé, au milieu de leurs sublimes pages , de terribles souvenirs.

Que faut-il donc aujourd'hui [)Our nouer solidement tous les liens de la nouvelle société politique? 11 faut que la Révolution s'accomplisse a\cc sagesse, avec calme, avec sécurité pour tout et pour tous. C'est là le fardeau qui va peser sur l'Assemblée constituante.

La grande chose du moment c'est donc d'envoyer à celke Assemblée des hommes actifs mais patients, sages mais fermes, de principes politiques bien connus, bien sincères, bien invariables dans leur passé , et qui , animés de l'amour des institutions démocratiques , leur aient toujours donné l'appui d une foi inalt(Vable.

Craignez d'envoyer à l'Assemblée constituante des éléments trop hétérogènes:

ce serait s'exposer aux luttes ènervafttes , aux lenteurs dangereuses , aux crises peut-être terribles, éléments des factions et cause première des malheurs qui sortirent de la Convention pour couvrir la France de deuil!

Eh bien ! c'est celui qui vient de tracer ces lignes qui se présente à vous pour en obtenir le mandat de représentant du peuple.

Vous me connaissez tous dans cet arrondissement , vous savez que mes principes politiques n'ont jamais varié. Cherchant à marcher en avant toujours, j'espérais que la grande œuvre de rénovation s'accomplirait peu à peu et sans secousse. Une résistance à ces vœux, qui étaient ceux de presque tous, a précipité la chute du trône, et nous a donné la République. Vive la République !

Le sentiment le plus cher à mon cœur est aujourd'hui de la voir grande et prospère* à jamais. Mais c'eslici que peuvent se rencontrer les nuances d'opinion. Or, tout commettant a le droit d'interroger son mandataii^e ; voici donc en peu de mots mon acte de foi politique :

Je crois que la liberté doit être sans limites pour tout ce qui ne blesse ni les droits justement acquis, ni la propriété, ni la religion, ni la morale publique.

J^iberté delà presse, liberté professionnelle, liberté d'enseignement, liberté des cultes. Au milieu d'un peuple mûr, le flambeau de la libre discussion peut seul tout éclairer. Laissez à la vérité toute sa liberté, elle confondra l'erreur.

En politique, je crois que chaque citoyen français doit avoir la faculté d'exercer les mêmes droits. C'est l'unique moyen de rendre aux nombreuses populations d'agriculteurs le pouvoir de balancer l'influence politique des artisans des cités, seuls en possession jusqu'ici cîu droit électoral parmi les travailleurs ; le travail a besoin d'organisation, mais l'agriculture mérite toute notre sollicitude.

Je crois que la politique extérieure doit être celle de paix à tous : protection bienveillante, fraternité aux nations et socialisme international. La Révolution est plus sociale que politique.

Je crois qu'à l' Assemblée, le représentant du peuple doit arriver avec l'intention irrévocable de résister à tout ce qui pourrait déborder la pacifique organisation de la Constitution. Il doit jurer de mourir sur son banc plutôt que de fléchir devant les exigences des factions !

Voilà sommairement, mes chers Compatriotes, ma croyance, mes vœux , mes espérances.

Si vous croyez que je puisse remplir le noble mandat de vous représenter , donnez-moi vos suffrages. Si de plus dignes de votre confiance se présentent, votez pour eux, nous voterons ensemble.

Salut et fraternité.

Docteur MOURET.

Puy. — Typ. deJ.-B. Gaudelet.

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