‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 17 sur 236 · DES BOUCHES-DU-RHONE · texte numérisé non relu

DES BOUCHES-DU-RHONE

Chers Concitoyens!

Si pour aspirer à l'honneur de vous représenter, je ne consultais que les droits que je puis avoir pour y prétendre, je me renfermerais, si modeste qu'elle soit, dans la carrière où je me trouve engagé. Attaché depuis plusieurs années à la rédaction de divers journaux et recueils démocratiques, je me bornerais, dans des circonstances ordinaires, à servir, dans la mesure de mes facultés , la cause qui eut toujours mes sympathies, et j'aurais attendu pour m'offrir à votre choix que des travaux plus importants et quelque renommée accise vinssent me désigner naturellement à vos suffrages.

Mais il est des temps où les règles ordinaires ne sauraient être suivies. Aux époques de révolution, dans ces moments solennels de la vie des peuples où les bases et les éléments de l'ordre politique et social se déplacent et se transforment, le citoyen doit à son pays le renoncement à ses goûts, l'abnégation de ses préférences, au besoin le «acrifice de sa fortune et de sa vie. A ces époques, l'ambition est un devoir pour les hommes que leurs convictions mettent au-dessus de leurs intérêts personnels.

Tels sont, mes chers concitoyens, les motifs qui me décident, malgré l'insufiisance de mes titres, à me présenter devant vous.

Né dans le clid-licude cedépartement, j'y suis connu, directementou par ma famille, d'un grand nombre d'entre vous et j'y suis lié par tous mes intérêts. Fils d'un négociant qui a dû sa fortune à la prospérité commerciale de Marseille, je sens quelle importante place les développements du commerce maritime devront

tenir dans les préoccupations du nouveau gouvernement, et je m'estimerais heureux d'en être auprès de lui le représentant actif et dévoué.

Mes opinions politiques sont celles qui ont triomphé dans la Révolution de Février. Sans nier les services que la forme monarchique a rendus à la France à d'autres époques, déjà fort éloignées, je la trouve aujourd'hui diamétralement opposée aux tendances et aux besoins de la civilisation moderne. Les trois essais ( qui en ont déjà été faits dans la première moitié de ce siècle en démontrent a mes yeux l'insuffisance et les dangers d'une manière irrécusable.

La France n'a point, à vrai dire, encore vécu en République. Nous avons eu pendant notre première révolution la dictature sous forme républicaine, nous n'avons point eu un état régulièrement organisé sur les principes républicains. La justice et l'humanité trop souvent violées dans cette grande et terrible crise, ne permettent pas de considérer, comme réelle et définitive, l'épreuve qui a été faite des institutions démocratiques à cette époque.

Mes précédents politiques sont faciles à constater : je suis tout-à-fait ce qu on appelle aujourd'hui Mn^é;}M6//cam de la veî/Ze. La Révolution de Février m'a trouvé attaché à la rédaction du Courrier Français, de la Revue Nationale, fondée peu de mois auparavant par MM. Ruchez et Bastide, de la Revue Indépendante dont je suis copropriétaire, ainsi que du journal le Peuple Constituant, fondé le lendemain de la Révolution , par quelques écrivains de cette revue sous la direction et avec le concours personnel de M. Lamennais.

Un passé si net , si bien défini , pourrait, ce me semble, me dispenser d'une profession de foi détaillée ; cependant , comme je suis encore pour la plupart d'entre vous un homme nouveau, je vais, en peu de mots, exposer mes principes sur les points les plus importants de la constitution politique et économique à donner à notre République.

Voici comment j'interprète et comment je voudrais voir appliquer la sublime devise que la Révolution de Février a inscrite sur son drapeau, de\^.e empruntée à l'Evangile par notre première révolution , souvent obscurcie et faussée par le malheur des temps, et qu'il appartient à notre pays et à notre siècle de faire briller aux yeux du monde dans toute sa pureté et dans toute sa splendeur.

La Liberté , cet élément essentiel de la grandeur et de la moralité humaines , je la voudrais s'exerçant dans toutes les voies de l'activité sociale , sans autres limites que celles imposées par le respect du aux droits de chaque citoyen , et garantie par l'application du système électif à tous les pouvoirs et par la responsabilité de tous leurs agents. En ce qui concerne les rapports de l'Etat avec les Citoyens , je la voudrais , tout en reconnaissant la centralisation nécessaire pour la bonne gestion des intérêts généraux , appliquée aux intérêts locaux par leur attribution aux municipalités , ces écoles primaires de l'esprit politique et de la pratique administrative.

L'Egalité , sans laquelle la liberté n'est souvent qu'uae tyrannie déguisée, je la voudrais appliquée par la protection et l'encouragienient accordés aux travailleurs les plus délaissés , aux branches de la production lis plus négligées sous le dernier règiie , à la Marine, au Commerce, à la Colonisation et à rAgriculture ; par une assiette plus équitable de l'impôt , par renseignement gratuit et obligatoire pour tous les Citoyens, par la fondation d'institutions de crédit destinées à seconder parmi les Citoyens pauvres l'esprit d'association.

Enfin, la Fraternité, ce principe par lequel on peut tout transformer sans rien détruire et qui ne permet pas que le bien de l'un devienne le mal de l'autre, je la voudrais pratiquée au moyen d'une indemnité accordée à tous les intérêts froissés parles réformes accomplies, de telle sorte que la France républicaine réalisât dans ses institutions cette devise si éminemment chrétienne de la vieille démocratie helvétique : un pour tous, tous pour un.

En un mot, les trois termes de notre devise Nationale me paraîtraient toujours indivisibles , et je refuserais mon concours à toute loi qui n'aurait pas su les réunir et les concilier.

Tels sont , mes chers Concitoyens , les sentiments qui m'animent et les principes qui serviraient de règle à ma conduite , si vos suffrages m'appelaient au difficile et dangereux honneur de vous représenter. Retenu loin de vous par mes occupations d'écrivain politique, je regrette de n'avoir pu venir plus tôt m'oflfrir a votre choix, mais si néanmoins , à défaut d'un plus digne , il se fixait sur moi , voici l'engagement solennel que je prendrais vis-à-vis de vous : nonseulement je renoncerais pour l'avenir à toute fonction salariée, mais encore , et bien que je sois partisan de l'indemnité accordée aux Représentants de la Nation, je ne l'accepterais , vu les circonstances difficiles où nous nous trouvons , que pour la mettre à la disposition de l'autorité départementale, afin de contribuer à donner du travail à ceux de nos frères restés sans ouvrage.

Aux temps nouveaux qui se préparent, le seul privilège de la fortune devra être dans une plus grande somme de devoirs et dans la possibilité de manifester un dévouement plus grand.

Salut et fraternité !

* Benjamin RAMPAL.

Marseille.— Typ.Barlalier-Feissat et Demonchy, Canebière, i9.

J'accepterai avec reconnaissance les suffrages de mes concitoyens, je n'en solliciterai aucun.

Le Gouvernement républicain est le seul possible; aveugle qui ne le voit pas.

Je veux donc la République et contribuerai de tous mes efforts à la consolider.

Deux mots seulement pour expliquer comment je la comprends : je ne la comprends qu'établie sur les bases de toutes les sociétés humaines, sur le respect de la religion, de la famille, de la propriété.

Tels sont mes principes , rien ne m'en fera dévier.

DE FOURNAS aîné.

Lorienl. — Imp. de Ch. Gousset, place Bisson, 4.

PAGMEURE

AUX ELECTEURS

du département de

Scinc-et-Oîse.

MES CHERS CONCITOYENS

Les causes impérieuses et toutes patriotiques qui m'ont empêché de me rendre devant vos réunions préparatoires ont été interprétées contre moi. On a répandu le bruit que je renonçais à ma candidature dans le département de Sfine-el-Oise.

Ce bruit, je crois devoir le démentir.

Je suis né, j'ai été élevé dans l'arrondissement de Pontoise; je suis conseiller municipal d'une de ses communes; j'y ai toute ma famille; j'y compte de nombreuses et chères amitiés. Depuis quarante-deux ans, je n'ai pas cessé d'y vivre, et'd'y entretenir des rehilions qui me sont précieuses.

C'est là que j'ai porté personnellement ma candidature ; les suffrages que je recherche, ce sont les vôtres; et j'ai été profondément touché que, dans la dernière assemblée électorale des délégués de l'arrondissement de Pontoise, au nulieu de compatriotes qui connaissent ma vie tout entière, sur 79 votants, j'aie obtenu 79 voix.

Si je n'ai pu me présenter devant toutes les autres réunions, c'est que les devoirs si nombreux et si graves qui me sont imposés, comme secrétriiie-généial du Gouvernement provisoire, directeur du cotnptoir natiorud d'escomj.le, maire du X® arrondissement, ne me l'ont pas permis. En présence des agitations que font inopinément surgir, à chaque heure, à chaque minute, les événements du dehors et du dedans, c'est au centre, où se décident les destinées du pays, qu'était le poste du danger et du devoir. Mes conci-

toyens m'auraient blâmé si je l'eusse déserté dans l'intérêt égoïste d'une candidature. Depuis deux mois, jai consacré à la chose publique, avec on dévouement sans bornes, a\ec un désintéressement complet, j'<-se le dire, ei mes jours et mes nuits. Je suis bien convaincu d'ailleurs qu'on méiile mieux vos sympathies par des actes que par des paroles.

Ces actes vous sont assez connus depuis la révolution de Février; quant à ceux de ma vie passée, il m'est permis peut être de ne point vous les rappeler, car ils ont reçu leur consécration par le triomphe de la République, auquel j'avais travaillé sans relâche pendant vingt ans.

La République, je veux vous dire pourtant, ainsi que je l'ai dit à mes compatriotes de l'arrondissement de Pontoise, comment je la comprends, comment je l'ai toujours compi ise :

« Je veux qu'en faisant concourir à l'intérêt commutj la puissance du fort, elle soit aussi la protectrice du f.iible; qu'elle soit, dans tous sec actes, cahne, modérée, magnanime, redoutable à tous ceux qui voudraient la combattre, mais clémenle et généreuse envers ses ennemis vaincus.

w Je veux (pielle apporte dans l'administration des intérêts publics, la prudence, l'ordre, l'économie, la réizularilé du bon père de famille, sans cesse préoccupé de l'avenir et de la prospérité de ses enfants.

« Qu'elle ne demande au pays que les sa-

crifices rigoureusement nécessaires, et que, par un emploi intelligent de la fortune publique, elle féconde nos richesses au lieu de les dissiper.

a Je veux qu'elle conserve un inaltérable respect pour la propriété, pour la famille, ces bases éternelles de la société, qui retomberait nécessairement dans la servitude et la barbarie, si l'on y portait une sacrilège atteinte.

« Je veux qu'elle conGe la propagande durable de ses principes à la sympathie des peuples, plutôt que d'en imposer par des conquêtes la violente et passagère domination. Porté par nos armes, le drapeau de la France a flotté sur toutes les capitales de l'Europe : c'est un souvenir dont nous devons nous gloriûer ; mais je veux que le drapeau de la République nouvelle, porté par nos idées, déploie pacifiquementsur le monde

le symbole de la Liberté, de l'Égalité, de la Fraternité universelles.

« Je veux qu'elle soit puissante, glorieuse, aimée des citoyens, estimée des nations, admirée du monde, digne enfin, comme l'a dit mon illustre ami Lamartine, que l'histoire puisse lui consacrer un jour une de ses plus belles pages.

« En un mot, ma République à moi, ce n'est pas la République rouge, c'est la République tricolore. »

Voilà, mes chers concitoyens, la République que j'ai, pendant vingt ans, chérie comme une noble maîtresse? avec ardeur, avec amour, respectée comme une mère, la République que j'ai voulue, que je veux, que je voudrai toujours.

Cette République, chers concitoyens, n'est-ce pas aussi la vôtre?

Page 1