‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 201 sur 236 · ANTÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS

Né en J798, je suis petit-fils du citoyen Etienne Borda qui a laissé dans Auxerre des souvenirs honorables; il y a même exercé les fonctions dejus^c de paix et de président du tribunal de commerce; élevé par lui, je surai, pour ainsi dire avec le lait , les principes démocratiques dont il fut un des plus zélés apôtres , tout en déplorant les excès de la Terreur dont il faillit être la victime.

Citoyens électeurs , j'ose affirmer n'avoir jamais dévié des nobles sentiments qu'il s'est plu à m'inspirer.

Sorti de France en 1817, pour éviter d'embrasser l'état ecclésiastique que voulait m'imposer mon oncle maternel, je restai quatre ans au Brésil d'où je passai en Portugal ; là m'attendaient en 18*28 et 1830 les persécutions de ce dom Miguel, soi-disant roi de Portugal, et surnommé ta si juste titre le Néron de la Lusitanie :

Ce misérable osa , pour insulter la France de 1830 , me faire plonger dans des cachots humides et malsains où je restai enseveli dix n^ois sans soleil et presque sans air, après avoir été flagellé publiquement à tous h^s coins de Lisbonne, et d'où je ne devais sortir que pour aller mourir cfes lièvres contagieuses sur la côte d'Angola en Afrique, où j'étais condamné à rester dix ans déporté.

Mais le soleil de juillet n'avait pas encore eu le temps de s'obscurcir, et le ministère Casimir Perrier qui gouvernait alors, forcé sans doute par l'opposition de la chambre des députés et surtout par les discours des généraux Lamarque et Lafayetle, qui m'élevant déjà presqu'à la hauteur- du titre que je vous demande aujourd'hui, dirent que le jour où je serais flagellé ce serait flageller la France, envoya une escadre qui força le Tage à coups de canon , exigea la répa-

ration, et me rendit à ma patrie à laquelle tout mon sang ne paiera jamais ma dette.

De retour en France, j'achetai un titre d'huissier, et pendant douze ans, j'ai exercé cette profession à Coulanges sur Yonne , sans qu'il se soit élevé , j'ose le dire, aucune plainte fondée contre/noi ; mais m'étant permis, quoique fonctionnaire non salarié par le gouvernement , d'assister au banquet réformiste qui fut organisé à Auxerre en septembre I8/1O , sous la présidence des citoyens Larabit etCormenin, j'ai été depuis en butte à des chicanes du parquet si injustes et si vexatoires, que j'ai fini par céder mon étude et par aller me fixer à Paris où j'exerce aujourd'hui l'état de professeur de français, de géographie, d'arithmétique et d'histoire.

Voilà, citoyens électeurs, ma vie tout entière. J'ai, comme vous le voyez , souffert, et je n'ai été choisi par dom Miguel pour victime de son injuste tyrannie, que parce que parmi tous les Français résidant alors à Lisbonne, je passais pour un des plus ardents libéraux et qu'il voulait insulter en moi un des symboles vivants de notre glorieuse révolution de 1830, à laquelle je suis consolé de n'avoir pu concourir, puisqu'il m'a été donné de pouvoir aider de tous mes moyens celle que Paris vient d'accomplir si héroïquement en février dernier.

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